Les 5 pistes de dirigeants emblématiques pour relancer l'industrie d'Occitanie

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L'association Tompasse propose cinq pistes pour relancer l'industrie d'Occitanie.
L'association Tompasse propose cinq pistes pour relancer l'industrie d'Occitanie.
Des dirigeants de la filière aéronautique, spatiale, automobile et des systèmes embarqués, réunis dans l'association Tompasse, proposent cinq pistes pour relancer l'industrie d'Occitanie. Exposées dans un livre blanc remis aux collectivités locales, ces pistes de travail visent surtout l'industrie dédiée aux mobilités. La Tribune décrypte leurs propositions.

Ce n'est désormais un secret pour personne : l'Occitanie est la région dont l'économie est la plus touchée par la crise sanitaire, à en croire les dernières données récoltées en région par la Banque de France. Et ce pour deux raisons, qui sont un monopole industriel dédié à l'industrie aéronautique et une région qui présente la part la plus importante de France dédiée au tourisme dans son PIB (13%). L'industrie du transport et le secteur du tourisme étant les activités plus touchées par cette crise sanitaire, la note est donc salée pour la région Occitanie.

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Afin de sortir Toulouse et l'Occitanie de "cette situation difficile", selon les mots de Christophe Cador, le PDG du groupe Satys et président de l'association Tompasse, cette dernière a travaillé sur des mesures de sortie de crise sur le modèle d'un think tank. Pour mémoire, cette structure née en 2006 regroupe une vingtaine de grands acteurs régionaux du spatial, de l'aéronautique, des systèmes embarqués et de l'automobile.

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"Nous nous battons pour le développement économique de l'Occitanie. Si nous accueillons favorablement tous les efforts de toutes les institutions pour accompagner le tissu économique, nous estimons néanmoins que le dispositif peut être amélioré. Après des dizaines d'heures d'entretien, nous en sommes arrivés à cinq propositions qui ont plutôt reçu un écho favorable auprès de différents acteurs locaux", précise Christophe Cador.

Néanmoins, si cette initiative se présente comme un livre blanc destiné à la relance de l'économie d'Occitanie, ses propositions sont très orientées vers l'industrie de la mobilité (et surtout aéronautique). Pour justifier un tel positionnement, le dirigeant de Satys évoque "une démarche complémentaire à ce qui a été fait". Il fait ainsi référence à la mission "Toulouse, territoires d'avenir", parrainée par Jean Tirole et qui a réalisé une large mission sur l'avenir économique global du territoire toulousain. Après la présentation du travail de l'association Tompasse, mercredi 7 avril, La Tribune analyse les cinq mesures des 20 dirigeants emblématiques membres de cette structure.

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1) "Mettre en œuvre rapidement le plan de soutien massif pour accompagner et transformer durablement les entreprises"

À travers ces propos, l'association économique fait principalement référence à France Relance et ses 100 milliards d'euros promis par l'État. Ces derniers mois, le gouvernement a mis à disposition des centaines de millions d'euros envers la filière aéronautique, notamment au travers de trois dispositifs que sont le PGE aéronautique, le fonds de modernisation de l'industrie aéronautique et automobile, et le fonds Corac pour financer les travaux à destination de l'avion décarboné. Sans parler des dispositifs régionaux comme le Plan Ader exceptionnel de la région Occitanie autour des axes de la formation et de l'"avion vert" notamment.

"Nous saluons les efforts engagés par l'État, la préfecture et la région Occitanie, mais nous nous apercevons malgré tout qu'il y a une méconnaissance de ces plans de soutien disponibles et accessibles à tous, notamment chez les petites entreprises. Il faut identifier celles qui ont du potentiel, les flécher et faire un travail d'accompagnement. Il y a peut-être une meilleure cohérence à organiser entre ces plans régionaux et nationaux, malgré la cellule unique instaurée au sein de la préfecture. Nous avons partagé cette idée auprès du préfet qui reconnait qu'il y a une action à avoir", explique Denis Allard, le secrétaire de Tompasse et directeur du site de Toulouse de Thales Alenia Space.

Néanmoins, quelques jours avant cette présentation, la préfecture de région et la CCI Occitanie ont annoncé le renforcement de leurs dispositifs autour de France Relance pour aller chercher "avec les dents" davantage d'entreprises. Y-a-t-il un lien entre les deux événements ? Difficile d'imaginer le contraire.

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2) "Mobiliser les industriels et les acteurs du territoire autour des enjeux de la mobilité décarbonée"

L'émergence d'un avion décarboné est fixée à 2035. En revanche, elle n'est pas la seule forme de mobilité confrontée à cet impératif. C'est également le cas pour l'automobile et le transport ferroviaire. De part cette problématique commune, Tompasse propose la création d'une filière de la mobilité décarbonée transversale à toutes les formes de mobilité.

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"Aujourd'hui, la voiture c'est quoi ? Un ordinateur sur quatre roues. Un avion reste un gros ordinateur avec des aides et un satellite est un ordinateur envoyé dans l'espace. Nous partageons des technologies similaires. Toute la question est de savoir comment nous mutualisons ces technologies en Occitanie de manière à créer un effet de levier intéressant auprès de nos laboratoires et de notre tissu académique", commente Damien Proust, le responsable ingénierie propulsion chez Airbus, et vice-président de l'association.

Ainsi, au-delà d'appels à projets sur des matériaux et systèmes innovants, le groupement d'entreprises propose la mutualisation des moyens autour de cet objectif du zéro émission polluante. Par exemple, l'association propose des rencontres régulières avec l'université fédérale de Toulouse et l'IRT Saint-Exupéry notamment pour identifier les compétences nécessaires à développer pour imaginer des circuits de formation qui correspondent aux besoins des industriels.

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3) "Financer des projets industriels à forte valeur ajoutée par la mise en commun de fonds de revitalisation économique"

À l'image du groupe Bosch qui prévoit un plan social de 700 emplois (sur 1200) dans son usine de Rodez, le groupe allemand est ainsi obligé de financer en partenariat avec les collectivités locales des mesures de revitalisation économique du territoire pour favoriser la création d'emplois. Dans le même sens, l'agglomération toulousaine qui fait l'objet de plusieurs dizaines de PSE dans l'industrie aéronautique va "bénéficier" d'obligations identiques de la part des entreprises concernées. Pour mémoire, au dernier comptage de la Direccte, pas moins d'une quarantaine de PSE liés à l'industrie aéronautique étaient recensés à Toulouse. C'est donc sur les fonds générés par ces procédures que propose d'agir Tompasse.

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L'association propose ainsi "que les obligations de revitalisation fassent l'objet d'un fléchage spécifique, établi en faveur de nouveaux projets portés par des industriels sur le territoire ou centrés sur la consolidation de la Supply Chain. Ces contributions pourraient notamment abonder le fonds Impulsion mis en place par la région Occitanie", écrit-elle dans son livre blanc.

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D'un montant total de 50 millions d'euros, cette enveloppe confiée à Irdi Soridec Gestion, un fonds d'investissement régional, est opérationnelle depuis le début de l'année et apportera des investissement entre 500.000 euros et 5 millions d'euros. Ainsi, le conseil régional veut consolider les fonds "d'environ 25 entreprises clés de la filière aéronautique en Occitanie", précise la collectivité. Néanmoins, ce fonds Impulsion ne sera pas uniquement dédié à l'aéronautique, mais bien multisectoriel.

4) "Promouvoir la création d'une Mobility Valley en Occitanie pour répondre aux nouveaux enjeux de la mobilité"

Bientôt un nouveau cluster (regroupement d'entreprises) dédié à la mobilité ? En plus du cluster Totem, de l'Aerospace Valley, du Club Galaxie, sans parler du fait que l'institut interdisciplinaire d'intelligence artificielle de Toulouse nommé Aniti est en partie dédié aux questions de mobilité, Tompasse propose la création d'une nouvelle organisation autour de la mobilité afin de concrétiser son approche cross-filière sur la mutualisation des technologies et leur développement.

"Tompasse préconise la création d'un cluster technologique centré sur la mobilité. Une "Mobility Valley" qui aurait pour principal objectif de mutualiser les ressources et les efforts entre constructeurs et sous-traitants pour créer ce nouvel Operating System, à l'image de ce qu'Airbus et Thales ont su mettre en œuvre avec l'IMA (Integrated Modular Avionics). La mobilité terrestre intelligente et durable gagnerait à s'inspirer des méthodologies déployées avec succès dans l'aéronautique afin d'aboutir à la mutualisation de projets bénéfiques pour l'ensemble des secteurs industriels concernés, et donc à de possibles transferts de technologie. Pour cela, des rapprochements devront être initiés entre les divers pôles de compétitivité et clusters du territoire"

Reste à savoir maintenant si les acteurs actuels seront prêts à ajouter un nouvel échelon fédérateur... Cependant, cela serait de bon augure pour l'avenir du territoire alors qu'il se positionne comme fer de lance sur la mobilité autonome notamment via l'ancienne base militaire Francazal qui abrite plusieurs pépites en la matière comme Hyperloop TT et EasyMile, ou encore en vue de l'arrivée prochaine du train à hydrogène sur la région.

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5) "Mettre à profit les disponibilités des salariés en APLD pour des actions ambitieuses et variées"

En raison de la crise sanitaire, l'industrie regorge de ressources humaines inexploitées. Plutôt que de les licencier, les entreprises ont préféré conserver leurs compétences en interne malgré le manque d'activité afin d'être au rendez-vous de la relance économique et des cadences de production des aéronefs. Ainsi, des milliers de salariés toulousains sont sous le dispositif APLD, ou activité partielle de longue durée.

"Nous parlons de millions d'heures de travail qui sont disponibles sur les prochaines années et que nous pourrions mettre à profit, sur la base du volontariat des salariés concernés. Cela pourrait aller de la sensibilisation dans les collèges au soutien de startups et entreprises pour concrétiser des projets innovants ou pour leur assurer une meilleure productivité", développe Christophe Cador.

Cependant, cette idée louable sera confrontée au cadre législatif. Est-ce légal de faire travailler gratuitement pour une autre entreprise ou institution un salarié en chômage partiel dédommagé par l'État ? L'idée a été soumise à la préfecture et aux collectivités locales pour être étudiée. Néanmoins des initiatives similaires ont déjà émergé à Toulouse, où par exemple Altran a mis à disposition d'Hyperloop des dizaines d'ingénieurs pour que la société avance sur son projet de transport ultra-rapide par capsule, plutôt que de mettre au chômage partiel les équipes concernées.

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Commentaires
a écrit le 08/04/2021 à 14:15 :
toute nouvelle loi ou ordonnance concernant les mesures ecolos ne doivent etre appliquer
une foi comptabiliser le nombre d'emploi a supprimer
et la creation du double d'emploi perdu ou a perdre
ceci vaut pour la recante loi macron
a écrit le 08/04/2021 à 9:56 :
L'enjeu de l'aviation civile est bien au delà d'une simple considération industrielle. Les problèmes sont tout autant environnementaux, ou écologiques. Le transport aérien est à la croisée des chemins, croire qu'il est tenable et durable de suivre la trajectoire antérieure serait une erreur qui ne ferait que précipiter encore plus durement une industrie qui ne saurait pas s'adapter.
a écrit le 08/04/2021 à 9:54 :
L'imprimante 3D permettant de relocaliser de façon chirurgicale une nouvelle façon de produire à savoir intelligente et précise maintenant c'est sûr faut passer par delà la cupidité destructrice des lobbys.
a écrit le 08/04/2021 à 9:36 :
Ils licencient des gens pendant le covid et ensuite ils expliquent quoi?

Relancer l'industrie? ah bon...

Le livre blanc, oui effectivement après avoir stratégiquement délocalisé en dogme, ils font un livre blanc.. Bon bientôt l'entreprise sans usine va aider, c'est cela?
a écrit le 08/04/2021 à 9:07 :
ILs ont cru qu'ils étaient diversifiés par ce que effectivement "l'arrêt au nautique" comporte une multitude de technologies.
Seulement voilà, elle constitue aussi un unique débouché... résultat c'est bouché !

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