Fonds de modernisation de l’industrie : les premiers effets sont là !

Dédié aux industries aéronautique et automobile, le fonds de modernisation de l’industrie, composante du plan de relance gouvernemental en réponse à la crise sanitaire, doit permettre à des startups, TPE et PME de mener à bien des projets d’innovation pour la conquête de nouveaux marchés. Si les dirigeants saluent unanimement la rapidité du déblocage de ces centaines de millions d’euros, cette enveloppe va surtout permettre la création d’emplois dans les semaines à venir. À la rencontre des premiers lauréats en Occitanie, Hauts-de-France et Auvergne Rhône-Alpes.

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Les berceaux de l'aéronautique et de l'automobile en France constatent les premiers effets du fonds de modernisation de l'industrie, initié par France Relance.
Les berceaux de l'aéronautique et de l'automobile en France constatent les premiers effets du fonds de modernisation de l'industrie, initié par France Relance. (Crédits : Zapp2Photo / Shutterstock)

"En période de crise, il faut être offensif par l'innovation", estime Asse Abdallah, titulaire d'un doctorat en automatisme et patron de l'entreprise Prosyst (Nord). Composée de 22 personnes, principalement d'ingénieurs, cette société est spécialisée dans la conception de solutions dédiées à l'automatisation des process. "Dans une usine, une minute, c'est le temps nécessaire pour assembler une voiture", illustre le dirigeant qui compte comme principaux clients PSA, Renault et des équipementiers automobiles. Malgré des activités dans la défense et le nucléaire notamment, plus de la moitié de son chiffe d'affaires est reliée à la filière automobile, par conséquent le confinement a eu un impact important sur l'activité de Prosyst. Et pourtant, des leçons de la crise des subprimes ont été retenues.

"Nous avons des anticorps de la crise de 2008. Après celle-ci, nous avons beaucoup investi dans le ferroviaire avant de débuter un travail étroit avec Bombardier, où nous équipons 500 trains pour faire de la prédictivité de diagnostic. Avec le soutien de la région des Hauts-de-France, nous avons également lancé le premier laboratoire de recherches public-privé sur le ferroviaire", retrace Asse Abdallah.

Par ces nouvelles collaborations, l'entreprise nordiste qui exerce dans l'industrie du futur a retrouvé le chemin de la croissance jusqu'à cette nouvelle crise, liée à une pandémie qui a ralenti l'économie mondiale. Pour passer le cap, Prosyst mise donc tout sur son projet "Strada 4.0".

"C'est un projet qui mêle de l'intelligence artificielle, de l'IoT, de la cybersécurité, etc. L'objectif est de permettre la standardisation de la transition digitale dans l'industrie automobile, et à terme sur d'autres secteurs. Concrètement, le projet Strada consiste à connecter entre eux tous les moyens de production d'un même site, d'une même ligne de production, avant de remonter toutes les données vers un même cloud. Nous voulons récolter la donnée, la maîtriser et l'exploiter afin d'offrir une meilleure traçabilité en cas de panne ou incident, augmenter la performance et améliorer les analyses", présent le dirigeant.

Une quarantaine d'entreprises déjà accompagnées

Ce projet, dont plusieurs sites de Renault vont servir de terrain d'expérimentation, vise comme terrains de jeu premiers "les sites d'assemblages de la voiture électrique et des batteries, dont la France veut être à la pointe". Évalué à un million d'euros, Strada 4.0, qui va permettre la création d'une dizaine d'emplois chez Prosyst, aurait pu ne jamais voir le jour, ou du moins pas dans un temps si court. Le projet a en effet été retenu par le gouvernement parmi les premiers lauréats du fonds de soutien à la modernisation des industries automobiles et aéronautique.

"Le soutien financier est fort ! C'est loin d'être une mesurette. Sans le soutien de France Relance (nom du plan de relance, ndlr), nous n'aurions pas pu faire ce projet maintenant et nous serions passés à côté d'opportunités. La rapidité du processus est extraordinaire et vitale pour des PME comme nous en temps de crise", se réjouit Asse Abdallah.

Après un appel à manifestation d'intérêt (AMI) fin juillet, puis un appel à projet fin août et ouvert jusqu'au 17 novembre, les premiers lauréats ont été annoncés mi-septembre, avant une seconde vague début octobre. Au total, 37 projets ont déjà été accompagnés sur 2 000 dossiers déjà reçus, "l'instruction se faisant au fil de l'eau" précise Bercy. "Ces 37 premiers projets lauréats bénéficieront d'un soutien d'environ 24 millions d'euros au titre des fonds de modernisation automobile et aéronautique", précise le ministère de l'Économie.

France Relance

La région Occitanie, avec une industrie aéronautique très forte et la région Hauts-de-France où l'automobile est très implantée, se distinguent sur cette carte.

Au total, le gouvernement a prévu de débloquer 600 millions d'euros sur trois ans pour l'industrie automobile sur les années 2020 à 2022, auxquels il faut ajouter les 300 millions réservés à la modernisation de l'industrie aéronautique sur la même période. Et malgré les sommes engagées, "je suis surpris par la rapidité de réponse", s'étonne encore Éric Masseboeuf, le dirigeant de Clufix (Haute-Savoie), lui qui a aussi répondu au milieu de l'été à l'AMI.

Après avoir connu une croissance de son chiffre d'affaires de 50% sur les cinq dernières années pour atteindre le cap des 13 millions d'euros en 2019, cette société de 65 personnes spécialisée dans les composants techniques d'assemblage comme les écrous va faire "une année à moins 20% de chiffre d'affaires". Devant une telle situation financière, il était prévu de faire des économies sur la R&D notamment, avant l'annonce de ce fonds de soutien à la modernisation de l'industrie. Clufix a ainsi soumis au jury son projet Devcamelec, "que nous devions mettre en stand-by, mais grâce au soutien de l'État, nous le lançons tout de suite", fait savoir Eric Masseboeuf.

"Il consiste à développer et produire une nouvelle gamme de produits pour les voitures électriques et hybrides, afin d'équiper les organes mécaniques qui permettent la recharge de la batterie ou les organes qui permettent le transfert d'énergie vers le moteur", détaille le dirigeant, qui va bénéficier d'une subvention de 80% sur un total d'un million d'euros.

Diversifier l'activité des acteurs de l'aéronautique

Sur trois ans, au moins cinq emplois vont s'ouvrir avec ce projet. Une réaction en chaîne positive qui va également se produire chez l'entreprise Syntony, elle aussi lauréate. Installée au cœur du berceau de l'aéronautique, dans la région toulousaine, cette entreprise, considérée comme une pépite, amène le signal GPS dans les zones où il ne passe pas comme les tunnels ou les sous-terrains par exemple. Avec son projet "Subware", l'idée est d'améliorer sa technologie de haute précision, tout au s'ouvrant à de nouveaux débouchés dans les activités minières, routières et ferroviaires.

"Le financement de l'État nous permet de gagner un facteur 10 sur notre système de géolocalisation par GPS. Actuellement, nous sommes sur une précision un peu mieux que deux mètres. Mais avec notre projet, et en profitant de la constellation Galiléo, nous allons passer en-dessous des 20 centimètres de précision. C'est un cap important dans le développement du véhicule autonome de demain. Surtout, l'avantage de ce financement est l'accélération de la mise en œuvre de ce projet initialement prévu sur le long terme", se félicite Christian Bec, le vice-président de Syntony.

Si pour cette dernière, l'activité a connu un coup d'arrêt, notamment sur son chantier au sein du métro de New-York, celle-ci repart progressivement. Ce qui est encore loin d'être le cas pour ST Composites, installée à Labège (Haute-Garonne), et qui conçoit des pièces composites à haute performance pour les aménagements de cabines d'avion, les capots des moteurs ou l'aérostructure des aéronefs.

"Avant la crise, notre chiffre d'affaires était à 100% dépendant de l'aéronautique et la crise a eu un effet dévastateur pour nous avec une baisse de 70% de notre activité. Il y a donc urgence à revoir notre modèle économique par de la robotisation, de la digitalisation et de la diversification. En février, la problématique majeure était les recrutements et non la diversification, nous étions tellement accaparés par l'amélioration de notre productivité...", rappelle tristement Stéphane Trento, le président fondateur de ST Composites.

À la tête d'une équipe de 30 personnes, le dirigeant compte monter ses effectifs à 80 personnes d'ici 24 mois grâce au coup de pouce financier de l'État via le fonds de modernisation de l'industrie pour robotiser son usine. Une fois ces améliorations effectuées, Stéphane Trento compte conquérir des marchés dans les télécommunications, la défense, la santé, le luxe et les drones. Ce dernier secteur intéresse également de manière importante, la PME toulousaine Atmosphère qui développe et propose "Planet'", une plateforme de gestion collaborative de mission par par satellite pour les acteurs industriels dans l'aéronautique, principalement.

"France Relance va financer une partie de notre projet de 785 000 euros au total qui va nous permettre de nous diversifier en adaptant notre solution à de nouveaux marchés comme les drones, les ballons et les véhicules industriels notamment dans le domaine agricole", explique Jean-Marc Gaubert, le directeur de l'entreprise.

Après avoir perdu 10% de son chiffre d'affaires au premier semestre 2020 (par rapport à un total d'un million d'euros en 2019), cette entreprise d'une dizaine de collaborateurs s'attend à "une pénétration dynamique" sur ces nouveaux marchés dès 2021. Si l'avion décarboné reste le projet de long terme pour sauver la dernière grande industrie française, la diversification reste la seule solution, au regard de ces témoignages, à court et moyen termes pour passer le cap de la Covid-19.

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