La SAM, l'autre désastre industriel de l'Aveyron. Reportage

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Basée entre Viviez et Decazeville, la SAM lutte pour son avenir et ses emplois.
Basée entre Viviez et Decazeville, la SAM lutte pour son avenir et ses emplois. (Crédits : Pierrick Merlet)
Fonderie quasi-exclusive pour le constructeur Renault, la SAM, située dans l'Aveyron, est dans l'impasse. Placée en redressement judiciaire depuis un an, l'unique repreneur propose de reprendre seulement 150 salariés sur les 364. Une proposition inacceptable pour eux alors qu'ils ont identifié des pistes de recettes économiques nouvelles pour l'usine. Reportage au coeur d'un territoire qui veut éviter un second plan social majeur en quelques jours, après celui de l'usine Bosch à Rodez.

En ce jeudi du mois de mars, le temps est grisâtre dans les terres aveyronnaises. Certainement comme le moral de ses habitants et de ses familles qui y vivent de génération en génération. Et pour cause, ils viennent de prendre sur la tête deux coups de massue en seulement quelques jours, causant la mise en sursis de quasiment 1.000 emplois dans ce département rural et autrefois minier. Après l'annonce du groupe allemand Bosch de supprimer, d'ici 2025, pas moins de 700 emplois (sur 1.200) dans son usine de Rodez, c'est au tour de la fonderie SAM proche de Viviez, en redressement judiciaire depuis près un an, d'apprendre que l'unique repreneur propose le maintien de 150 emplois, contre 364 salariés actuellement.

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Depuis cette annonce dans la soirée du 8 mars, la réaction des salariés ne s'est pas faite attendre. À l'unanimité, ils ont décidé de bloquer leur usine, sans véritable patron depuis le départ forcé d'investisseurs chinois qui n'ont pas tenu leurs promesses d'investissement sur le site après un premier redressement judiciaire quatre ans plus tôt. Les bennes incendiées devant les portes s'accompagnent de plusieurs pancartes devant l'usine et sur la route qui nous y amène. Dans le lot, un grand nombre d'entre elles pointe du doigt le constructeur automobile français Renault. "Cinq milliards d'euros (de Prêt garanti par l'État-PGE) pour Renault, 214 chômeurs pour la SAM", est-il notamment inscrit.

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Le site industriel a été bloqué par ses salariés après avoir pris connaissance de l'unique offre de reprise (Crédits : Pierrick Merlet).

Et pour cause, la fonderie - spécialisée dans la conception et le production de composants en aluminium notamment pour les véhicules électriques et hybrides - est totalement dépendante de lui, la quasi-totalité de son carnet de commandes étant rempli par le constructeur français. "Chaque mois, c'est Renault qui assure le bon financement et qui comble les déficits. Mais c'est aussi à cause d'eux que nous en sommes là. Aujourd'hui, nous réalisons un chiffre d'affaires de 30 millions d'euros annuels. Or, selon l'expert-comptable du CSE, il nous faut 40 millions pour être à l'équilibre. Malgré ça, on parle de relocalisation en France, mais eux ils délocalisent des productions dans les pays à bas coûts", résume Carlos, salarié depuis 30 ans au sein de la SAM. Comme lui, les 363 autres salariés réclament du chiffre d'affaires supplémentaire au constructeur à losange. Rien de plus. Trop ancien et mal aménagé, l'outil industriel ne peut séduire de nouveaux clients pour le moment.

Les salariés de la SAM veulent sauver 300 emplois minimum

Face à cette situation, environ 400 personnes, dont des salariés de la SAM, soutenus par d'autres de "La Bosch" de Rodez comme elle est surnommée dans les environs, sont venus faire entendre leurs voix dans la capitale aveyronnaise, jeudi 11 mars, à proximité du musée Soulages. Pétards, engins à forte détonation, fumigènes... Tout est bon pour faire forte impression et le cortège de forces de l'ordre face à eux n'y change pas grand chose. "On ne lâchera rien et on ira jusqu'au bout !", lâche Véronique, une salariée fatiguée par cette incertitude économique, présente au sein du cortège. Dans le même temps, dans la salle des fêtes protégée par les policiers, se tient une table ronde avec une trentaine de personnes sur l'avenir de la SAM. Élus locaux, représentants de Renault, syndicats, administrateurs judiciaires, délégation interministérielle dédiée aux restructurations des entreprises, directeur du cabinet de la ministre déléguée à l'Industrie... Tous les acteurs du dossier sont là.

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Des salariés et soutiens se sont rassemblés jeudi 11 mars à Rodez, pendant une table ronde décisive pour l'avenir de la SAM (Crédits : Pierrick Merlet).

"C'était une étape cruciale pour l'avenir de l'entreprise et du bassin, avec un point d'étape suite au dépôt de l'offre du groupe espagnol CIE. Cela fait plus d'un an que nous attendions des offres pour la SAM. Oui nous n'avons qu'une offre, mais on a une offre. Elle a certaines caractéristiques, elle n'est pas entièrement satisfaisante avec des aspects qui restent à travailler. Elle doit être améliorée, mais désormais on a une base de travail", tient à rassurer Valérie Michel-Moreaux, la préfète de l'Aveyron, à la sortie de cet événement.

"Depuis un an, nous demandons ce tour de table. Nous aurions voulu avoir ces discussions plus tôt, notamment sur le chiffre d'affaires, pour éviter une telle offre. Avoir 150 personnes sur le site, ce n'est pas viable. On nous réduit à un simple atelier de fabrication. Avec ça, dans deux à trois ans, la viabilité de l'usine est de nouveau en jeu", peste Sébastien Lallier, représentant CGT et secrétaire du CSE de la SAM, et participant à cette entrevue. Mais grâce notamment à cette dernière les positions se rapprochent. Renault se dit prêt à répondre favorablement au besoin en chiffre d'affaires supplémentaire, le groupe espagnol CIE Automotive, malgré sa promesse de 20 millions d'euros d'investissement sur le site, est ouvert à la discussion avec les salariés et ces derniers sont prêts à consentir un effort également. "Si nous arrivons au cap des 300 salariés repris, nous pourrions accepter une offre de reprise. C'est en tout cas ce que nous avons décidé avec tous les salariés en assemblée générale mardi soir avant la table ronde", raconte Sébastien Lallier. Ces premières concessions de chaque côté ont permis de lever le blocage de l'usine, dans la soirée du jeudi 11 mars, sur décision des salariés. Désormais, les négociations sont leur priorité.

Plusieurs pistes de travail identifiées

Alors, pour doubler les ambitions sociales initiales du groupe espagnol en trouvant ce chiffre d'affaires supplémentaire, les équipes de la SAM veulent garder la production dite de "quincaillerie", la fabrication de petites pièces de moins de six kilos. Mais CIE Automotive, dans son offre initiale, prévoit l'arrêt de cette activité car elle est jugée non rentable.

"Cette activité nous assure dix millions d'euros de chiffre d'affaires, alors pourquoi nous la retirer ?! Oui, nous vendons la pièce seulement 3,25 euros à Renault car ils ont toujours voulu tirer le prix vers le bas ! Aucun négociation des tarifs n'a eu lieu depuis 2017... Pour commencer, si Renault venait à accepter de remonter le tarif à quatre euros l'unité, nous aurions fait un grand pas vers la rentabilité du site", témoigne Serge, venu manifester à Rodez avec plusieurs de ces pièces en aluminium pour faire du bruit, comme beaucoup d'autres manifestants.

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Les stocks de ces petites pièces se sont accumulés sur le site en raison du blocage de l'usine (Crédits : Pierrick Merlet).

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Carlos et Serge ont manifesté avec des exemplaires de pièces faisant partie de "la quincaillerie", la production de petites pièces de moins de six kilos jugée non rentable par le repreneur (Crédits : Pierrick Merlet).

Par ailleurs, les employés de la SAM misent sur une autre pièce nommée "semelle HR10", aussi dédiée à l'industrie automobile. Aujourd'hui produite en Roumanie, avant d'être envoyée en Espagne, cette pièce a aussi été conçue dans l'Aveyron. "Avec notre bureau d'études, nous avons développé la même pièce 400 grammes plus légère et donc moins cher à la production. Malgré cet aspect, ils ont préféré la produire dans un pays à bas coût. Nous pouvons la produire ici et elle nous apporterait entre huit et dix millions d'euros de chiffre d'affaires", développe Serge. "En face, nous n'avons personne, ni de Renault ou de l'État, qui nous dit que nos demandes ou pistes envisagées sont utopiques ou irréalisables", ajoute Sébastien Lallier, voulant se montrer optimiste.

Afin de favoriser le rapprochement de toutes les positions, des réunions tripartites vont désormais se dérouler dans les prochains jours, entre les salariés, Renault et CIE Automotive. Dans ce sens, le tribunal de commerce de Toulouse vient, "exceptionnellement", de prolonger la période d'observation jusqu'au 10 juin dans le cadre de la procédure de redressement judiciaire. "Avec cet allongement, nous avons entre 65 et 80 jours pour négocier avec CIE et Renault", poursuit le représentant du personnel. La prochaine audience au tribunal de commerce de Toulouse devant permettre l'examen d'un plan de redressement de la SAM est fixée au 21 mai. Le compte-à-rebours est lancé, sous peine d'un nouvel accident industriel majeur dans l'Aveyron.

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Commentaires
a écrit le 13/03/2021 à 19:05 :
il faudrait obliger la cgt a embaucher ces malheureux
et faire des manifs a leur siege de montreuil en les traitant de tous les noms, s'ils refusent de leur donner un avenir
ils leur ont promis des conneries, a eux d'assumer
evidemment que plus personne ne veut venir investir en france, ceux qui expliquent le contraire et coulent l'industrie en rigolant doivent prendre leurs responsabiltes
sinon on peut vendre les chateaux de la cgt et fo et donner le fruit de la vente a cette entreprise pour quelle continue de vivre qques annees
la cgt en a les moyens elle, regardez combien elle palpe le magot injuste

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