Municipales : comment Jean-Luc Moudenc, à Toulouse, a résisté à la vague verte

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Le camp de Jean-Luc Moudenc, est apparu très soulagé à l'annonce du résultat du second tour des élections municipales à Toulouse, signe que la confiance n'était pas totalement au rendez-vous.
Le camp de Jean-Luc Moudenc, est apparu très soulagé à l'annonce du résultat du second tour des élections municipales à Toulouse, signe que la confiance n'était pas totalement au rendez-vous. (Crédits : Rémi Benoit)
Confirmé à son poste de maire de Toulouse et par conséquent président de la Métropole, Jean-Luc Moudenc (LR) n'a pas été emporté par la vague écologiste observée au niveau national, lors des élections municipales 2020. Pour éviter une telle sentence, le candidat a promis un programme écologique moins ambitieux que son adversaire, mais peut-être plus réaliste et il a surtout fait de l'emploi sa priorité du mandat 2020-2026 à l'heure où les Toulousains sont inquiets pour leur avenir économique. Néanmoins, la difficile fusion de la gauche a certainement coûté des voix précieuses dans la balance. Analyse.

Si Bordeaux, Lyon, Strasbourg, Besançon ou encore Tours vont passer au vert, Toulouse restera bleue pour encore au moins six ans. À l'issue du second tour des élections municipales, les 240 000 électeurs de la quatrième ville de France ont décidé de maintenir leur maire sortant LR, Jean-Luc Moudenc, notamment soutenu par son parti, La République En Marche et l'UDI. Il a ainsi récolté 51,98% des voix face à la tête de liste EELV d'Archipel Citoyen, Antoine Maurice, pourtant donné vainqueur par trois sondages ces trois dernières semaines. Et plusieurs raisons justifient ce non renversement de table sur les terres de Jean-Jaurès.

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Tout d'abord, en ce qui concerne l'écologie, grande gagnante des élections municipales au niveau national. Même face à un candidat écologiste opposé selon lui à "un candidat à la tête d'un front anti-climat", "l'écologie n'appartient à personne" lui répondait Jean-Luc Moudenc, car "nous avons un programme consistant" en la matière rappelait-il encore hier fraîchement après la confirmation des résultats. Ce qui, dans les faits, n'est pas totalement faux.

Jean-Luc Moudenc

Vers 22 heures, Jean-Luc Moudenc est arrivé au Capitole pour une déclaration solennelle, entouré de ses proches et fidèles soutiens (Crédits : Rémi Benoit).

Mise en service d'un vaste réseau de chaleur sur la métropole, développement de centrales photovoltaïques sur les toits des bâtiments publics, installation sur une partie d'éclairages LED sur une partie non négligeable du réseau de la ville de Toulouse et surtout, lancement prochain (début 2021) du téléphérique urbain sud qui doit permettre de désengorger en partie la ceinture sud de Toulouse. Résultat, selon un récent sondage BVA pour La Tribune, les électeurs estimaient Jean-Luc Moudenc capable de les protéger des risques d'une crise climatique et environnementale pour 34% d'entre eux, contre seulement 40% pour Antoine Maurice sur son propre terrain.

Pour le mandat 2020-2026, au-delà de la troisième ligne de métro qui devrait "permettre d'économiser 20 millions de litres de carburant par an" et qui ne devrait pas entrer en service sous le prochain mandat, le maire sortant et réélu veut continuer sur sa lancée verte. Tout d'abord, il souhaite remplacer les 230 derniers bus diesel encore dans le réseau des transports en commun par des bus propres (hydrogène, électrique, gaz) et consacrer 10 millions d'euros par an au développement du réseau cyclable de Toulouse. Par ailleurs, il souhaite un éclairage public 100% LED pour réduire la facture énergétique et rénover 7 000 logements par an en mettant en place un guichet unique qui devra repérer les passoires énergétiques. Enfin, avec la destruction programmée de l'ancien parc des expositions de Toulouse sur l'Île du Ramier, Jean-Luc Moudenc veut faire de cette dernière une île nature. Pour encadrer ses nombreux projets écologistes, la tête de lister d'Aimer Toulouse prévoit de nommer "un super adjoint" à la transition écologique, qui aura sous sa houlette une poignée d'adjoints dans des compétences annexes.

Même dépassé, il a gagné la bataille de l'économie

En fera-t-il de même au sein de Toulouse Métropole, sur le développement économique ? S'il ne fait aucun doute qu'il sera de nouveau le prochain président de l'intercommunalité, en revanche, des doutes existent quant à l'attractivité économique du territoire pour les années à venir. Pas moins de 72% des sondés de l'enquête BVA pour La Tribune redoutent la crise économique pour les entreprises de la métropole et 55% une crise sociale, face à la crise sanitaire que l'humanité vient de connaître et qu'elle connaît toujours. Un sentiment qui s'explique principalement par la monoculture économique, autour de l'industrie aéronautique, dont Toulouse fait l'objet.

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Devant ce constat, Jean-Luc Moudenc a érigé trois priorités dans cet entre-deux tours, pour répondre à la crise : la sécurité, la santé et l'emploi, ce dernier étant "la priorité des priorités". Il a ainsi durant ces quinze jours de campagne électorale officielle enfilait plus que jamais le costume du défenseur de l'emploi. Tout d'abord, en annonçant plusieurs projets qui vont soutenir l'activité des entreprises entre 2020 et 2026 : amplification du Toulouse Business Act pour la filière BTP, accélération des travaux de voiries et d'équipements publics pour doper l'économie et réalisation de la troisième ligne de métro (20 000 emplois assurés selon le candidat) et déblocage, en tant qu'élu sortant, de plus de 90 millions d'euros dans un plan d'urgence pour soutenir l'économie en réponse au Covid-19. Mais aussi, en accompagnant les demandeurs d'emplois avec des formations en ligne offertes, une plateforme pour recenser les offres d'emplois dans la région et l'organisation de job dating dans tous les quartiers de Toulouse. En résumé, l'amplification d'actions déjà existantes et appréciées par l'écosystème local et la réalisation de projets de longue date comme la LGV Toulouse-Bordeaux, qu'il défend ardemment.

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Et pourtant, sur la bataille économique, Antoine Maurice avait pris de court Jean-Luc Moudenc en expliquant que "l'écologie heureuse peut aller de pair avec le développement économique". Dans cet esprit, il avait annoncé exclusivement dans La Tribune l'organisation d'Assises Nationales de l'Aéronautique fin septembre s'il était élu pour soutenir la filière dans la crise qu'elle traverse et l'accompagner vers l'avion décarboné. Pour donner un gage de crédibilité à son intention, l'écologiste s'était même rendu sur le site de Derichebourg Aeronautics, dont les 1 500 salariés sont menacés par un PSE. Néanmoins, son autre mesure phare, la création de 20 000 emplois-climat, apparaissait un peu utopique aux yeux des électeurs, même si celle-ci allait dans le sens de l'histoire face à l'urgence climatique. Face à cela, les Toulousains accordaient davantage leur confiance au maire sortant, car d'après l'enquête BVA-La Tribune, ils sont 45% à croire Jean-Luc Moudenc capable de les protéger d'une crise économique et du chômage, contre 28% pour le désormais ex-candidat écologiste aux élections municipales à Toulouse.

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"Une campagne de la peur" bénéfique ?

La prime au sortant a donc été privilégiée dans ce scrutin entaché par une faible participation à 45%, mais finalement n'est-ce-pas Archipel Citoyen et Antoine Maurice qui ont perdu, plutôt que Jean-Luc Moudenc qui a gagné ? La particularité de cette liste était sa dimension citoyenne, avec un tiers de militants politiques, un tiers de citoyens volontaires et un tiers de tirés au sort. De plus, la tête de liste Antoine Maurice a été désignée par ses colistiers au terme d'un long processus démocratique en fin d'année 2019. "Je suis le seul dans cette élection à avoir été choisi par mes coéquipiers", se vantait-il encore récemment.

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Antoine Maurice

Malgré la défaite, Antoine Maurice (à droite de l'image) a réuni ses soutiens et les a remercié pour leur dévouement durant cette longue et atypique campagne électorale (Crédits : Rémi Benoit).

Mais ce candidat, qui a dénoncé durant la campagne les vieilles pratiques politiques de Jean-Luc Moudenc et qui malgré son expérience d'élu apparaissait comme nouveau aux yeux de la population, a été rattrapé par les pratiques politiques de toujours. À l'annonce du retrait de la candidate socialiste Nadia Pellefigue pour le second tour des élections municipales à Toulouse, la fusion de la gauche a tout de même été douloureuse. Jusqu'au dernier moment, les partis partenaires comme le Parti socialiste et le parti communiste se sont écharpés dans le cadre de la lutte pour les places éligibles sur la liste d'union de la gauche, tout en étant la plus large coalition de l'histoire avec 16 organisations et mouvements derrière une seule personne. La seule fausse note notable dans la campagne d'Antoine Maurice et sur laquelle son adversaire n'a pas hésité à appuyer.

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"Mes adversaires ont édulcoré leur originalité et ils l'ont même trahi par ce jeu d'appareils politiques. Toulouse ne doit pas être à la merci de cette guerre des partis. Moi, j'ai gardé ma cohérence avec une liste identique au premier et au second tour, comme je l'avais annoncé. Il ne faut pas prendre les Toulousains pour des idiots", a lâché Jean-Luc Moudenc, dimanche soir, dans la cour du Capitole.

Néanmoins, "l'alchimiste Antoine Maurice", comme le surnomme l'ancien candidat à l'élection présidentielle Benoit Hamon, se dit "fier d'avoir porté une telle coalition". Néanmoins, il pourra nourrir le regret que le petit sursaut de mobilisation aura été plutôt profitable à son adversaire qui a mené, selon lui, une "campagne de la peur et de caniveau". Il est vrai que pour remobiliser son électorat dans ce rendez-vous décisif et historique, Jean-Luc Moudenc n'a cessé d'alerter les Toulousains sur "les forces extrêmes et dangereuses qui se cachent derrière cette jolie couleur verte" et leur "amateurisme". Des propos agressifs qui ont sans aucun doute permet de nourrir les 4 017 voix d'écart entre les deux candidats, d'après les résultats définitifs.

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a écrit le 30/06/2020 à 9:33 :
Je serais bien curieux de savoir comment le milieu des affaires des autres grandes villes tombé à l'extrême gauche vont réagir face aux nouvelles équipes municipales.
Des délocalisations massives vers Toulouse à prévoir ?
a écrit le 29/06/2020 à 21:58 :
ça prouve surtout que quand les ecolos s'allient à la gauche ça les renforce, mais qu'une alliance avec l'ultra-gauche limite anarchiste fait fuir l'électeur
A méditer
a écrit le 29/06/2020 à 15:31 :
Cet article est partisan. Le bilan "pistes cyclables" du maire sortant est une honte. A part pinturlurer partout à la va vite en déconfinement un sigle incompréhensible pour les priorités (une voiture, un cycliste, un piéton, la mairie adore les espaces partagés et le chaos qui en découle, mais bon du coup on se met personne à dos). La voiture est encore reine et prioritaire en ville, tant pis pour mes poumons.
Réponse de le 09/07/2020 à 14:11 :
Je viens d'Hamburg. Je roulais en vélo (des suites de la guerre est née une ville très acceuillante pour le vélo).
Mais pour Toulouse, c'est impossible ! Sauf prévoir des rues UNIQUEMENT réserve (2 sens) pour les vélos. L'ideal vue la taille des rues et leur nombres
Alors, il faut prévoir comment faire pour que les ceux qui viennent de la périphéphie puissent "circuler" .. Quand ont "interdit" un chemin, alors il faut expliquer comment arriver par un autre. Le sectarisme (dire 'tout vélos maintenant) est juste une attitude sectaire et fascisante . J'ai donc acheter une moto pour circuler en ville.
a écrit le 29/06/2020 à 14:49 :
A la tête du 2eme site mondial de l' aéronautique après Seattle, tt en ayant collaboré avec l'Etat et la région au plan de soutien du secteur ds ce contexte très dégradé, ce sortant avait une prime de crédibilité face à son adversaire, malgré une abstention record qui l'handicapait ( sup à 60%).
Par ailleurs, répondant à la dde de ses concitoyens, il n'avait pas attendu la vague verte pour agir ds cette voie, tt en cherchant une diversification face à une mono Industrie de fait et en accélérant le discours vert après le 1er tour.
Des assises nationales de l'aéronautique proposées par son challenger, pourquoi faire de plus? Alors que le plan de soutien à la filière a été ficelé et que le projet d'avion decarbone lancé par Airbus avec l'appui de l'Etat, n'est encore qu'un concept avec des défis immenses à relever et peut'être hors de portée.
a écrit le 29/06/2020 à 14:45 :
Bordeaux ville réputée bourgeoise et conservatrice choisit les verts et Toulouse considérée comme ville jeune et progressiste ré-élit ce réac de Moudenc. Les toulousains en plus d'un pseudo quartier écolo (La Cartoucherie, un énorme ratage) auront leur immeuble tour.
a écrit le 29/06/2020 à 14:06 :
C'est bien de dire combien la droite réac veut consacrer à tel projet, c'est mieux de dire que c'est parfois jusqu'à deux fois moins que ce que les opposants préconisent.

La jeunesse a majoritairement voté rouge et vert, d'ailleurs c'est elle qui porte l'économie, pas les retraités qui ont largement fait leur part et votent en masse à droite. C'est étonnant de ne pas le lire dans l'article ! Un oubli ?
Réponse de le 29/06/2020 à 14:49 :
Tous les retraités ne sont pas réacs et tous les jeunes ne sont pas progressistes... il ne faut pas sombrer dans la caricature. Je suis retraité et j'ai participé à toutes les manifs pour protester contre le saccage des retraites en préparation alors que beaucoup de jeunes étaient indifférents à leur propre sort...
Réponse de le 29/06/2020 à 16:53 :
Vous avez tout à fait raison, c'est un raccourci et j'aurais du préciser qu'il s'agit là de tendances, de l'ordre du 70%/30%, 60%/40%, et selon de magnifiques sondages réducteurs. Nulle intention de categoriser les électeurs selon l'âge :-)
a écrit le 29/06/2020 à 11:59 :
""les forces extrêmes et dangereuses qui se cachent derrière cette jolie couleur verte""

D'une part le vert n'est pas une belle couleur, il faut être déjà bizarre pour dire un truc pareil, élément de langage de politicien donc, ensuite il est bien dévident que l'électorat est la part des français les moins progressistes qu'il soit et que donc ce genre de phrase peut aller convaincre les plus craintifs du covid d'aller se sacrifier afin que les rouges ne viennent pas se baigner dans leur piscine. ""les forces extrêmes et dangereuses" elles ayant préférer s’abstenir d'aller voter tandis que les politiciens compromis les instrumentalisaient une nouvelle fois.

Surfer sur un danger qui n'existe pas étant bien plus facile car beaucoup moins risqué que de dénoncer les véritables et menaçants danger qui eux sont entre les mains de gens puissants, aux gros réseaux et véritablement dangereux eux. "Tout est bruit pour celui qui a peur" Sophocle or un des nombreux succès des médias de masse étant de nous avoir contaminé avec le virus sécurité et la promesse d'une vie sans menace sur son existence que seuls des esprits peu éclairés peuvent valider et a tombe bien ce sont les derniers à aller voter.
Réponse de le 29/06/2020 à 15:52 :
@ multipseudos:

Ton lien de valeurs actuelles ne dit absolument rien, peux tu nous préciser ces "forces" stp et ce grand danger selon toi ?

Pourrais tu enfin nous dire ce qui te fais si peur ? On avancerait. Merci.

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