Municipales : comment la gauche a obtenu laborieusement son union à Toulouse

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La fusion de la gauche a été compliquée, même après le retrait de Nadia Pellefigue.
La fusion de la gauche a été compliquée, même après le retrait de Nadia Pellefigue. (Crédits : Rémi Benoit)
La tête de liste EELV d'Archipel Citoyen, Antoine Maurice, est parvenu à rassembler quasiment toute la gauche pour le second tour des élections municipales à Toulouse. Néanmoins, les négociations ont été difficiles et Nadia Pellefigue a été appelée à la rescousse, même une fois retirée du jeu. Plongée au coeur du processus de fusion de la gauche toulousaine.

Que pouvait rêver de mieux Antoine Maurice pour son anniversaire, le 2 juin ? La tête de liste EELV du mouvement Archipel Citoyen pour les élections municipales à Toulouse est parvenue à rassembler toute la gauche locale pour aborder le second tour du scrutin, le 28 juin. Une condition vitale pour espérer déloger du Capitole le maire sortant, Jean-Luc Moudenc, soutenu notamment par Les Républicains et La République en Marche. D'ailleurs, un sondage commandé par le mouvement archipelien donnait Jean-Luc Moudenc vainqueur (44%) en cas de triangulaire avec Antoine Maurice (39%) et Nadia Pellefigue (17%). Cette dernière ayant retiré sa candidature à la sortie d'un week-end mouvementé, l'heure était désormais à l'union au sein de l'espace Harry Cow, à Toulouse ce mardi 2 juin, où la presse était convoquée pour présenter LA liste de la gauche toulousaine, déposée quelques dizaines de minutes plus tôt seulement en préfecture.

"C'est une conférence de presse qui vient officiellement annoncer le rassemblement historique des forces de gauche à Toulouse, qui n'a jamais été aussi large à une élection municipale. Nous avons créé les conditions d'une fusion avec les deux autres listes. Je suis fier d'être à la tête de cette liste de rassemblement historique", a alors déclaré Antoine Maurice.

Autour de lui, les différents chefs de file de la gauche toulousaine : Hélène Magdo (LFI), Claude Raynal (PS), Isabelle Hardy (Génération-S) et Pierre Lacaze (PCF) pour ne signaler qu'eux. Tous ont regretté l'absence de Nadia Pellefigue autour de cette table après avoir mené "une campagne extraordinaire", selon les dires de Claude Raynal. Mais avant d'arriver à cette (incomplète) photo de famille, la route vers l'union a été laborieuse.

Archipel

C'est une gauche presqu'au complet qui va affronter Jean-Luc Moudenc le 28 juin (Crédits : Rémi Benoit).

Les directions nationales des partis s'en mêlent

Si la vice-présidente de la Région Occitanie en charge du Développement Économique, de l'Innovation, de la Recherche et de l'Enseignement supérieur a décidé de se retirer c'est "pour rester fidèle à ses convictions", comme elle l'a martelé lors d'une conférence de presse tenue en fin de journée, mardi 2 juin. Sa condition au rassemblement ? Obtenir la présidence de la Métropole pour mener à bien le projet de la LGV Toulouse-Bordeaux et les importants dossiers de l'attractivité et du développement économique.

De l'aveu d'un participant à la réunion qui s'est tenue jeudi 28 mai en soirée avec des délégations de chaque liste dans l'espoir de fusionner, "une porte était ouverte à l'issue de celle-ci pour que Nadia Pellefigue obtienne la présidence de Toulouse Métropole", malgré les réticences aux premiers abords d'Antoine Maurice et de son équipe. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, et Julien Bayou, le secrétaire national d'EELV, valident même cette répartition des rôles avec un Antoine Maurice qui serait alors maire de Toulouse. Seulement, l'interview le vendredi matin à La Dépêche du Midi de Claude Raynal, colistier sur la liste Une Nouvelle Énergie pour Toulouse de Nadia Pellefigue, change définitivement la donne.

"Cette prise de parole est un premier temps de la bascule vers mon retrait. Quand il déclare qu'il n'y a aucun obstacle au rassemblement, je comprends alors que nos propositions ne peuvent plus aboutir. Le pack se dissout et je suis déjugé", confie Nadia Pellefigue.

Nadia Pellefigue

Nadia Pellefigue a tenu la dernière conférence de presse en tant que candidate mardi 2 juin, en fin d'après-midi (Crédits : Rémi Benoit).

Une vive explication intervient alors entre les deux "partenaires" qui avaient initialement prévu de ne pas prendre la parole tant qu'Antoine Maurice, encore son adversaire à ce moment, n'avait pas tenu sa conférence de presse sur la situation des négociations, organisée à midi ce même vendredi 29 mai. Mais le mal est fait et la liste UNE apparaît divisée et donc affaiblie. Seulement, les premières divisions en interne ne datent pas de cette séquence médiatique.

"Au cours de la semaine passée, certains membres du Parti socialiste, comme François Briançon, sont allés négocier hors du cadre officiel avec des membres d'Archipel Citoyen, dont Romain Cujives, pour sauver leurs places. À partir de ce moment, la méfiance s'est installée entre les membres de la société civile et les partis politiques", lâche sur un ton amer un colistier UNE qui a décidé de suivre sa tête de liste et de ne pas figurer sur la liste de l'union, tout comme la grande majorité des membres du micro-parti de Nadia Pellefigue.

Nadia Pellefigue appelée à la rescousse

Le week-end passe et le dialogue est rompu entre le Parti socialiste et Nadia Pellefigue, qui refuse de prendre tous les appels de représentants de sa formation sauf celui d'Olivier Faure, avec lequel elle échange pendant deux heures. Par la suite, Antoine Maurice confirme à celle arrivée troisième au premier tour des élections municipales, par un message dimanche soir, qu'elle n'aura définitivement pas la présidence de la Métropole. C'est le second et dernier temps de la bascule vers son retrait qu'elle annoncera quelques heures plus tard à ses colistiers. Si elle "ne veut pas être un obstacle à l'union", en revanche, elle refuse de participer aux négociations, même une fois son retrait acté.

Claude Raynal et Pierre Lacaze reprennent alors les discussions pour la liste UNE avec, face à eux, Antoine Maurice et Romain Cujives pour Archipel Citoyen. À peine quelques heures après le retrait de la candidate, un accord programmatique est trouvé. Néanmoins, les représentants de UNE "font de la résistance", selon un proche des négociations, sur le nombre de places éligibles accordé à leurs colistiers. Ils réclament de garder les 19 places en position éligible sur la liste, négociées par Nadia Pellefigue, tandis qu'Archipel Citoyen n'en propose que neuf.

Si un arrangement est au final rapidement trouvé autour de 12 places éligibles, c'est entre le PS, le PCF et le PRG (au départ partenaires) qu'un terrain d'entente est difficile à trouver désormais. Les discussions patinent tellement que des membres du cabinet du président du Conseil départemental de Haute-Garonne, Georges Méric (PS), s'en mêlent, tout comme l'eurodéputé Manuel Bompard (LFI), présent sur place. En milieu d'après-midi, la liste n'est toujours pas finalisée alors que l'heure limite de dépôt des listes est fixée à 18 heures. L'eurodéputé et Antoine Maurice demandent alors à Nadia Pellefigue de faire l'arbitre entre ceux qui ont en partie causé son retrait pour finaliser la liste. Refus catégorique de la part de la désormais ex-candidate.

Une colistière sur la nouvelle liste contre son gré ?

Après des échanges "très difficiles dans les dernières heures", comme le reconnaissent certains, une liste est déposée en préfecture. Sur les 53 premières places, potentiellement éligibles en cas de victoire, 6 sont accordées à la liste Pour La Cohésion de Pierre Cohen, 12 pour UNE et 35 sont conservées par Archipel Citoyen. "Nous allons porter une alternative à Jean-Luc Moudenc basée sur le renouvellement démocratique et une écologie vertueuse", promet Antoine Maurice.

Néanmoins, sur le papier, la liste définitive d'Archipel Citoyen rassemble beaucoup d'élus du conseil municipal de Toulouse entre 2008 et 2014. Et pour cause, dans la fusion opérée avec UNE, ce ne sont que des membres de partis politiques qui ont rejoint une démarche qui se voulait au départ "citoyenne". La seule colistière "société civile" de UNE qui figure sur cette liste d'union de la gauche, Meryl Srocynski en 40ème position, n'était pas au courant que son nom ait été retenu pour la composer. Elle a donc fait savoir dans la soirée qu'elle refusait de figurer dessus. Mais il était trop tard pour la retirer du document officiel déposé en préfecture. Contactée, elle ne souhaite pas commenter cette décision. À peine formée, la liste d'union de la gauche a déjà une épine dans le pied. Néanmoins, après la publication de cet article, l'intéressée à tenir à réagir.

"Je n'ai à aucun moment demandé à ce que mon nom soit retiré de la liste. Oui j'ai eu des doutes, comme je pense toute jeune femme dont c'est la première expérience politique aurait dans une journée comme celle là. Néanmoins je n'y suis pas par regret, j'ai toujours soutenue la possibilité de fusion et je mettrai toute mon énergie pour faire gagner la gauche", a-t-elle déclaré à La Tribune.

Lire aussi : Municipales : les raisons du retrait de Nadia Pellefigue à Toulouse

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Commentaires
a écrit le 03/06/2020 à 11:43 :
Plus de femmes en politique permet de trouver des consensus plutôt que des compromis. Entre mecs il y a souvent ce réflexe improductif de les poser sur la table pour les comparer.
a écrit le 03/06/2020 à 11:23 :
il est tres curieux que personne ne s'indigne jamais d'alliance avec des gens dont l'ideologie pas liberale pour deux sous a extermine en rigolant des millions de gens...............indignation selective quand tu me tiens
a écrit le 03/06/2020 à 11:16 :
Cela donne l'impression d'une grande occasion manquée.

Du coup, on se retrouve avec d'un côté un maire sortant dont bien des orientations seraient critiquables (parcours de la 3ème ligne de métro contournant soigneusement le centre-ville et donc destiné à la construction immobilière et non à servir aux habitants actuels des zones denses, fortes hausses d'impôts mises facilement sur le dos de l'équipe précédente, réduction ou annulation d'un certain nombre de projets culturels...), et dont on peut aussi se rappeler les projets de première mandature (le tramway Arènes-Beauzelle aussi lent qu'un bus...) soulignant une certaine incompréhension des problématiques réelles de transports.

De l'autre, une liste dans laquelle des éléments très radicaux (militants LFI, soutiens Gilets Jaunes...) occupent une place de choix, et qui ne sera donc pas modérée par les pragmatiques qui auraient pu provenir de UNE côté société civile. Avec en prime la brochette de politiciens PS-PCF dont la seule motivation aura été de sauver leur petite place, sabotant au passage l'accord de programme qu'aurait souhaité Pellefigue et ses co-listiers issus de la société civile.

Bref, à vrai dire... un non-choix. Et c'est bien triste pour Toulouse.

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