"Il s'agit de la CPME 31 et non pas de la CPME Toulouse Métropole" (Vincent Aguilera, CMPE 31)

Depuis fin mai, le toulousain Vincent Aguilera est le nouveau président de la Confédération des petites et moyennes entreprises de Haute-Garonne (CMPE 31). Il succède à Samuel Cette, en poste depuis 2018, qui avait exprimé son envie de rompre son mandat en avril dernier. Quelle est sa feuille de route à la tête du syndicat patronal ? Pourquoi souhaite-t-il ouvrir cinq antennes locales hors de Toulouse ? À quelles problématiques font face les entreprises haut-garonnaises actuellement ? Interview.

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Vincent Aguilera (à droite) succède à Samuel Cette (à gauche) à la présidence de la CPME 31.
Vincent Aguilera (à droite) succède à Samuel Cette (à gauche) à la présidence de la CPME 31. (Crédits : CPME 31)

LA TRIBUNE - Pourquoi vous êtes-vous présenté à la présidence du syndicat patronal haut-garonnais pour succéder à Samuel Cette ?

VINCENT AGUILERA - L'ancien président de la CPME 31, Samuel Cette, a souhaité démissionner et m'en avait fait part. Nous nous connaissons depuis la fac et avons fait nos études ensemble, il m'a donc demandé de poursuivre mon action avec mon expérience de président de chambre consulaire de 2016 à 2021 (il était président de la CMA Haute-Garonne, ndlr). De plus, nous ne souhaitions pas que le syndicat pâlisse de cette décision. Étant adhérent depuis 18 ans, j'ai accepté de me présenter à la présidence. Tous les administrateurs me connaissant depuis fort longtemps, j'ai été élu à l'unanimité. C'est un prolongement de l'action syndicale initiale que j'avais mené pendant 18 ans au sein du conseil d'administration et d'une vice présidence.

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Quelle est votre feuille de route pour vos trois années de mandature ?

C'est très simple. C'est du syndicalisme patronal à travers la défense des intérêts des entreprises de notre territoire, du soutien et de l'alerte auprès de nos adhérents en cas de difficultés à la fois sur : le paiement de PGE, de recrutement, de développement, des pénuries de main d'oeuvre ou de matières premières, etc. L'objectif est d'être et faire l'interface avec les parlementaires, les services de l'Etat, que je connais parfaitement puisque j'ai travaillé avec eux pendant cinq ans, mais également les élus locaux que sont les communautés de communes, communautés d'agglomération, les métropoles ou les conseils régionaux qui ont la compétence économique.

La feuille de route part aussi d'un constat : 80 % de nos adhérents sont issus de Toulouse Métropole. Sauf qu'il s'agit de la CPME 31 et non pas de la CPME Toulouse Métropole. Il y a donc lieu de créer cinq antennes territoriales avec un développement de proximité sur les territoires, avec les élus locaux - qui ne nous connaissent pas et ne savent pas à quoi sert un syndicat patronal - et les entrepreneurs locaux pour recréer la même dynamique. Les besoins sont là, les attentes également. Nous allons dupliquer nos actions sans les réinventer pour créer du lien social entrepreneurial, de la proximité et une effervescence entrepreneuriale sur les territoires.

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Où seront situées ces antennes locales ? Et quand seront-elles inaugurées ?

Elle seront situées dans le nord toulousain, le Sicoval, le Comminges et le Lauragais. Les deux premières ouvertures seront le nord toulousain et le Comminges. Nous faisons actuellement les dernières réunions et derniers calages. Début septembre prochain, ce sera lancé. Les autres arriveront au maximum d'ici la fin de l'année.

L'un de vos objectifs est également d'augmenter le nombre d'adhérents ?

D'ici 2024, l'objectif est d'atteindre les 2.000 adhérents (ndlr : 1.492 à ce jour). Pour que nous soyons écoutés, respectés et conviés il faut que l'on soit représentatif. Sans représentativité, nous n'avons pas de poids auprès de nos instances institutionnelles ou politiques. Ce futur lancement d'antennes servira à la fois à fournir un service à nos (futurs) adhérents mais également une certaine crédibilité à CPME 31 sur le territoire. Nous sommes la troisième CPME de France en terme d'adhérents.

Ensuite, nous souhaitons avoir un conseil administration élargi avec plus de personnes qui ont des compétences et connaissances métiers pour lancer les chantiers de demain. Aujourd'hui, côté financier, la cryptomonnaie et les token sont au coeur de l'innovation et de plus en plus de salariés demandent à être payés par ces moyens. C'est la révolution de demain d'un changement de paradigme de paiement des salaires en monnaies virtuelles. Nous avons donc une avocate spécialisée de ces questions. La deuxième grande innovation sont les Metaverses. Ces deux innovations, parmi bien d'autres, qui vont changer le comportement de l'entreprise, de l'entrepreneur, mais aussi son orientation stratégique, me paraissent indispensables pour les TPE et PME car elles sont très éloignées de ces questions, qu'elles n'ont pas le temps de tout lire, de s'informer, d'acquiescer ou d'ingurgiter ces nouveautés. Nous allons de plus en plus vite et ce, encore plus depuis la crise sanitaire. Il faut donc s'inscrire en permanence dans une vision prospective avec pas un mais deux coups d'avance pour être toujours présent sur le terrain du développement économique.

Depuis le début de la crise sanitaire, les entreprises font face à des problématiques de plus en plus nombreuses (paiement PGE, pénurie de main d'oeuvre, hausse des prix des matières premières, inflation, etc). Quel est votre combat d'aujourd'hui ?

En effet, depuis mars 2020, les problématiques conjoncturelles qui nous impactent sont très nombreuses. Depuis le 1er juin, les entreprises ont soit la liberté de rembourser le PGE d'un bloc ou de l'étaler comme l'a défini le gouvernement à un taux préférentiel. Si l'on a contracté un prêt à hauteur de 15 % à 20 % de son chiffre d'affaires, cela veut dire qu'il faut assurer à minima un développement de son entreprise à travers du chiffre d'affaires pour rembourser cette dette qui a été là uniquement pour maintenir l'entreprise et pas pour de l'investissement qui permettrait de capter de nouveaux marchés.

Les PGE sont donc une question majeure. Nous travaillons en lien avec le président du tribunal de commerce, qui a mis en place une cellule de prévention, qui nous alerte d'un nombre de dossiers (de mise sous protection) qui arriveront dès la rentrée prochaine. Il va donc falloir réagir, anticiper et voir ce que l'on peut faire au niveau du gouvernement pour soit faire aider ou faire des moratoires tellement l'aspect économique n'est pas propice à un remboursement de prêts complémentaires qui n'étaient là que pour maintenir l'activité en survie. Lorsque l'on a une augmentation du besoin en fonds de roulement (BFR) et une trésorerie qui s'assèche, c'est le le décès assuré d'une entreprise dans les trois mois. Nous sommes donc très vigilants sur l'aspect vital de nos entreprises.

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Mais encore ?

Aujourd'hui, nous avons un effet ciseaux avec des matières premières aux coûts très élevés, des consommateurs avec un pouvoir d'achat contraint, une pénurie de personnel qui vient entraver aussi la production des services et le développement des entreprises.

Ensuite, il y a la problématique des salaires qui vient également contraindre les entreprises. Si l'on n'augmente pas, les salariés ont la possibilité de changer très rapidement et aller au plus offrant. Ce que l'on comprend, c'est la loi de l'offre et la demande. Le gouvernement nous demande d'augmenter les salaires. Nous voulons bien, mais nous avons déjà un taux de prélèvements obligatoires le plus élevé des pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), nous ne pouvons pas augmenter les salaires comme on le souhaite. Nous allons être moins compétitifs que nos collègues européens. Je pense qu'il y a d'autres pistes à étudier, notamment la baisse des charges salariales ou des exonérations de charges patronales que l'on pourrait reverser à nos collaborateurs.

Nous avons une double pression, à la fois sur la pénurie de matières premières et l'augmentation de leurs coûts et sur l'augmentation des salaires. Toutes ces conjugaisons enflamment l'augmentation inflationniste qui n'est plus conjoncturelle mais structurelle. De plus, le contexte international très contraint sur le climat et les relations géopolitiques, va faire perdurer ces problématiques sur les prochaines années.

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Aujourd'hui, le syndicat patronal que vous êtes est-il toujours utile ?

Le syndicat patronal que nous sommes a encore plus sa place puisque les tensions font que les syndicats patronaux, au nombre de trois, devront être mobilisés sur les différentes réformes que souhaite engager le gouvernement et les problématiques économiques auxquels nous sommes confrontés. Il est donc encore plus utile qu'il ne l'était hier sur des sujets comme la défense et les intérêts, l'économie, l'innovation, sociaux et sociétaux, etc.

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