"Le ventre de Toulouse" plus fort après 18 mois de crise sanitaire ?

Le marché d'intérêt national de Toulouse et ses centaines d'entreprises et producteurs traversent non sans conséquence la crise sanitaire. Néanmoins, un élan de solidarité a émergé et soutenu certaines entreprises hébergées au sein de l'établissement. Pour encourager cette résilience, le gestionnaire a décidé de maintenir ses nombreux investissements immobiliers, lui qui est dans l'obligation de pousser les murs avec un taux d'occupation à 97%.

6 mn

Le Min de Toulouse, surnommé le ventre de Toulouse, poursuit ses investissements immobiliers.
Le Min de Toulouse, surnommé le ventre de Toulouse, poursuit ses investissements immobiliers. (Crédits : Rémi Benoit)

Changement de discours radical au sein du Marché d'intérêt national de Toulouse. Alors que sa directrice générale, Maguelone Pontier, s'inquiétait au plus fort de la crise sanitaire de "ne pas pouvoir tenir 1.000 ans" dans cette situation, aujourd'hui c'est l'optimisme qui est de mise. "S'il doit y avoir une quatrième vague avec l'arrêt des activités de restauration, le Min pourra absorber le choc", estime la dirigeante du plus grand marché de Toulouse qui réunit 272 producteurs sur la zone de Fondeyre.

Pourtant, l'année 2020 et le début de 2021 n'ont pas été flamboyants, après un arrêt des restaurants de plus de six mois, sans parler de la disparition totale de la restauration collective (dans les entreprises). "Nous devrions avoir une perte de chiffre d'affaires de 5%, je ne m'attends pas à plus", déclare Maguelone Pontier, se voulant ainsi rassurante. Au dernier bilan, le Min affichait un chiffre d'affaires consolidé de 389 millions d'euros, avec ses centaines de locataires.

De plus, la réouverture des restaurants mercredi 19 mai n'offre pas un niveau d'activité comme celui d'avant Covid-19. Pour mémoire, seules les terrasses sont autorisées à accueillir des clients (ce que n'ont pas tous les restaurants) et avec une jauge de 50%. C'est le 9 juin que les entreprises culinaires pourront accueillir à l'intérieur, toujours avec une jauge de 50%.

"Avec cette reprise d'activité progressive, les commandes sont là mais les volumes ne sont pas au rendez-vous... J'espère vraiment que l'activité va reprendre pleinement car je suis inquiète pour certains grossistes. Des entreprises ont inversé PGE et trésorerie", témoigne celle qui dirige l'établissement métropolitain depuis 2017.

Lire aussi 5 mnRéouverture des restaurants : les grossistes de Toulouse "dans le rush". Reportage

Exonération de loyers

En plus d'avoir obtenu plus de 1,5 million d'euros d'aides de la part du conseil régional d'Occitanie, ces entreprises victimes collatérales des restrictions sanitaires ont bénéficié de l'appui du Min de Toulouse. "Nous avons joué notre rôle de bailleur solidaire", justifie la directrice générale.

Lire aussi 7 mnRégionales : la "conditionnalité" des aides aux entreprises au cœur des débats en Occitanie

Ainsi, ces 18 derniers mois, l'établissement qui fournit en denrées alimentaires l'agglomération de la quatrième ville de France s'est assis sur 320.000 euros de loyers non perçus. Établissant des critères, comme la perte d'au moins 50% de chiffre d'affaires et le siège social sur la métropole de Toulouse, "les demandes ont été peu nombreuses", admet Maguelone Pontier.

"Les grossistes préfèrent se débrouiller", dans ce secteur d'activité, ajoute la dirigeante. Néanmoins, la majorité des entreprises du Min ont passé le creux de la vague grâce à de l'entraide et de la solidarité.

"Des entreprises ont été fortement touchées comme les grossistes durant la crise, pendant que des entreprises du type achat de paniers en ligne ont affiché 200% de croissance pendant la crise, créant dès lors de nouveaux modes de consommation (...) L'épisode de la Covid-19 a créé une forte solidarité entre les différents occupant, au sein desquels certains ont récupéré les salariés d'autres, en difficultés, pour soutenir leur croissance d'activité (...) Nous avons un groupe WhatsApp avec tous les locataires dans lequel ils peuvent exprimer leurs besoins et ainsi faciliter la mise en relation entre eux", raconte la directrice générale.

Lire aussi 3 mn"Mon Panier de Campagne" a triplé son activité durant le confinement

Le "pari" de maintenir les investissements prévus

Une solidarité permise par la diversification des acteurs hébergés enclenchée dès la reprise en main du "ventre de Toulouse" par le gestionnaire du marché de Rungis. L'équipement accueille actuellement des startups qui proposent des services innovants pour les acteurs de l'alimentaire, tout comme des entreprises de service sont venues prendre leurs quartiers au Min (agences de communication ou de recrutement par exemple), etc. "Un écosystème unique a été créé ici en peu de temps. C'est un véritable avantage d'avoir mis en synergies tous les acteurs et ce n'est jamais facile", lâche admiratif Dominique Batani, le gérant de Rungis et le président du Min de Toulouse.

Pour soutenir cet écosystème naissant, le Min de Toulouse et les collectivités locales partenaires ne vont par conséquent pas réduire ou étaler dans le temps les investissements prévus sur le site. Pour un montant de deux millions d'euros, un bâtiment dédié aux activités logistiques sera bientôt en service et accueillera 40 entreprises. Enfin, en plus d'un futur bâtiment dédié à la torréfaction, le Min de Toulouse et ses partenaires vont injecter quatre millions d'euros dès septembre prochain dans un bâtiment dédié aux produits de la mer et à leur transformation. "Il va créer 100 emplois directs", se réjouit Maguelone Pontier qui compte déjà 1.200 salariés sur place.

"Nous nous sommes posés la question de savoir si nous devions réduire nos investissements ou non. Finalement, nous nous sommes dits qu'en réduisant la voilure nous allions participer à l'essoufflement de l'économie alors nous avons préféré remettre des jetons dans la machine. C'est un pari", explique Maguelone Pontier.

Son autre "pari", selon elle, est de continuer à accueillir des jeunes entreprises depuis quelques semaines, après en avoir perdu trois pendant la crise sanitaire. "C'est une prise de risque partagée", pour la gérante qui affiche un taux d'occupation de 97,2% au point de devoir refuser des demandes d'installation. Parmi les neuf nouveaux arrivants, le Min va accueillir notamment la Compagnie des Pyrénées et sa bouteille d'eau en carton, le cabinet de recrutement spécialisé Ambassade, la startup Bocal en Boucle ou encore Kraft&You et son cuir végétal.

Lire aussi 4 mnAlimentation : Hoope veut séduire la France avec ses produits à la spiruline

6 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.