À Toulouse, la consigne du verre fait son grand retour

De nombreuses initiatives locales émergent pour réemployer bocaux, bouteilles et autres emballages alimentaires en verre. À Toulouse, deux associations, Etic Emballages et Consign'up développent des projets visant à développer la réutilisation du verre et la consigne. La première propose aux commerces de bouche de remplacer les contenants jetables par des boîtes en verre, lavables et consignées, pour conditionner les plats à emporter. La seconde, collecte, lave et revend des bouteilles en verre à des producteurs de boissons. Etic Emballages est en train de développer un réseau national et Consign'up est sur le point d'acquérir sa propre station de lavage.

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Céline et Jonathan Gorin, fondateurs d'Etic Emballages.
Céline et Jonathan Gorin, fondateurs d'Etic Emballages. (Crédits : Etic Emballages)

Largement pratiquée jusque dans les années 60, la consigne du verre a presque totalement disparu au profit des emballages plastiques à usage unique. Cependant, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC), entrée en vigueur le 1er janvier dernier, qui pénalise la vente de plastique à usage unique, devrait faire émerger des initiatives privilégiant le réemploi de certaines matières. À Toulouse, deux projets se démarquent sur le sujet, à savoir En Boîte Le Plat et Consign'up. Portés respectivement par les associations Etic Emballages et Consign'Up, ils visent à réduire les déchets des commerces de bouche et producteurs de boissons en remplaçant les emballages jetables par des contenants en verre consignés.

Fondée en 2019, Etic Emballages propose de changer les barquettes en plastique ou en carton à usage unique, utilisées pour conditionner des repas ou denrées alimentaires à emporter, par des boîtes en verre que les clients peuvent retourner.

Lors d'une commande chez l'un des partenaires d'En Boîte Le Plat, le consommateur peut, en échange d'une consigne de 3 euros, demander à être servi dans une boîte en verre. Il lui suffira ensuite de rapporter le contenant dans n'importe quel commerce membre du réseau pour recevoir sa caution.

De son côté, le projet Consign'up, également lancé en 2019, a pour objectif de collecter, laver et revendre des bouteilles en verre utilisées pour le conditionnement du vin, de la bière et des jus de fruits.

consign'up

Consign'up vise à collecter, laver et revendre des bouteilles en verre. (Crédits : DR).

Comment cela fonctionne ? Chez des distributeurs partenaires sont présentes dans les rayons des bouteilles en verre (vin, bière, jus de fruits) estampillées par une pastille jaune "Consign'Up, rapportez-moi !". Une fois vides, elles peuvent être retournées par les clients. Elles sont alors récupérées par les équipes de Consign'up, lavées et revendues à différents brasseurs, viticulteurs et producteurs de jus.

Une duplication du projet à échelle nationale

Construits depuis peu, les deux réseaux progressent. Initialement débutée à Toulouse, l'offre En Boîte Le Plat est, depuis avril 2020, dupliquée à Rennes, prenant ainsi une ampleur nationale.

"S'ils sont en accord avec nos valeurs, les collectifs de France souhaitant développer En Boîte Le plat dans leur ville le peuvent. Nous les accompagnons à monter une campagne de financement, leur donnons les outils et réalisons du transfert de savoir-faire. Grâce à cela, le projet rennais a pris une avance d'un an sur son développement et montage. Ils ont pu se concentrer sur le déploiement terrain contrairement à nous qui avons débuté à zéro", explique Céline Gorin, cofondatrice d'Etic Emballages.

Pour mettre en place leur propre réseau et bénéficier d'un accompagnement, les porteurs de projets doivent verser une cotisation à l'association toulousaine. Une contribution à long terme, d'année en année, est en cours de réflexion. Cet essaimage national devrait continuer. En effet, le concept devrait voir le jour, en 2021, à Compiègne. Une quatrième ville, pour l'heure pas encore déterminée, devrait également développer le projet En Boîte Le Plat.

Consign'up elle, est sur le point de devenir indépendante pour la réalisation de son service. Pour l'instant effectué en prestation dans la Drôme, le processus de lavage des bouteilles devrait bientôt changer. En effet, l'organisation prévoit d'invertir dans son propre outil de lavage qu'elle installera au sein de sa station dans la région toulousaine. La laveuse industrielle qui devrait être acquise en 2022 nécessite un investissement entre 250 000 et 300 000 euros.

Plusieurs centaines de partenaires

En parallèle de ces avancées, les deux structures arrivent à séduire des partenaires et consommateurs. Ainsi, En Boîte Le Plat qui avait une dizaine de clients début 2020, en compte aujourd'hui près de 60. Ces derniers sont des restaurants, boulangeries, épiceries, chefs à domicile, traiteurs, etc. Si la majorité d'entre eux évolue au sein de la Ville rose, certains se trouvent à Blagnac, Tournefeuille voire en Ariège. En 2021, l'objectif est de mobiliser 200 commerçants.

En plus des commerces adhérents, Etic Emballages a développé un réseau d'une dizaine de points de collecte. Ces lieux, souvent des épiceries, se chargent uniquement de récupérer les boîtes vides et de rendre la consigne aux clients.

De son côté, Consign'up rassemble une cinquantaine de points de vente et collecte, dans Toulouse et sa périphérie et de producteurs du Tarn, du Gers, des Hautes-Pyrénées, etc. L'ensemble de son offre est située dans un rayon de 100 km autour de Toulouse afin de s'inscrire dans une démarche locale.

Si aujourd'hui elle revend les bouteilles collectées principalement à des brasseurs et fabricants de jus et de vin, elle est sollicitée par des producteurs de lait et de kombucha. Son but pour l'année en cours est de convertir une trentaine de producteurs au réemploi du verre et de déployer une soixantaine de points de vente et collecte.

Un réapprovisionnement à vélo

Pour profiter du service En Boîte Le Plat, les professionnels doivent débourser 20 euros par mois, un tarif unique. À ce prix-là, ils bénéficient de contenants, d'un kit de communication numérique, d'affichages, d'ateliers de sensibilisation sur demande et du réapprovisionnement réalisé à vélo par l'équipe d'Etic Emballages.

"Lorsque nous avons débuté, notre offre incluait le lavage des boîtes. Après avoir fait le point avec nos clients, nous nous sommes rendu compte que la tâche pouvait être intégrée au process des commerces", détaille la porteuse de projet Céline Gorin.

Fixé à 30 centimes d'euros l'unité au lancement de Consign'up, le prix de vente des bouteilles vides dépendra dorénavant de chaque client. "Nous sommes en train de réaliser une grille tarifaire. Elle sera adaptée à la production de nos partenaires et aux volumes collectés et lavés annuellement", précise Caroline Pillore, responsable coordination de projet au sein de Consign'up.

Création d'emplois et transformation

En 2020 Consign'up s'est professionnalisée avec la création de deux emplois salariés à temps plein. Un stagiaire et une dizaine de bénévoles travaillent également au développement de la structure. À terme, son objectif est de créer dix postes.

Afin d'impliquer l'ensemble de ses contributeurs, l'association souhaite devenir une SCIC (sociétés coopératives d'intérêt collectif). "Nous sommes sur un projet de structuration de filière qui implique différents acteurs au sein de la chaîne de valeur. Ils peuvent avoir un intérêt à rejoindre le projet et bénéficier de la coopération des uns et des autres", affirme Caroline Pillore.

Pour atteindre un équilibre économique, elle souhaite à terme laver 3,5 millions de bouteilles par an. Son futur outil sera capable de réaliser 3.000 lavages par heure. "Sur le territoire d'Occitanie ouest, ce chiffre est clairement en dessous du potentiel total du marché. Nous sommes donc confiants d'arriver à ce volume", assure la salariée de Consign'up. En attendant d'approcher cet objectif, son but en 2021 est de collecter et laver 50.000 bouteilles.

15.000 boîtes en circulation

Tout comme elle, Etic Emballages compte aujourd'hui deux salariés à temps plein et un contrat à mi-temps. À leurs côtés, une dizaine de bénévoles sont engagés.

Avec 15.000 boîtes en verre en circulation sur la région toulousaine, l'association arrive à générer du chiffre d'affaires grâce à la vente d'abonnements. Pour le compléter et en attendant l'équilibre financier, elle est recherche de subventions auprès de collectivités publiques, mécènes privés et fondations d'entreprises.

"Nous souhaitons être connus de différents publics et commerces et être disponibles et accessibles partout. Nous espérons changer petit à petit changer les habitudes de consommation des gens, les sensibiliser à travers la boîte en verre consignée vers la sortie du tout jetable, les amener à se poser des questions sur l'impact du jetable sur l'environnement et faire en sorte que cet usage devienne ancré", conclut Céline Gorin.

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