Les producteurs d'Occitanie s'inquiètent de l'impact du Nutri-Score

L'affichage obligatoire du Nutri-Score sur tous les emballages de produits d'ici à 2022 irrite les producteurs occitans. Ils reprochent à cette échelle de notation des apports nutritionnels d'un produit d'être incompatible avec les labels de qualité et d'origine (AOP, Label Rouge, Bio...) et s'inquiètent des conséquences économiques que pourrait avoir une telle décision.

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Six Français sur dix prêtent attention au Nutri-Score en magasin.
Six Français sur dix prêtent attention au Nutri-Score en magasin. (Crédits : Reuters)

"Le Nutri-Score est une intention tout à fait louable, mais les produits traditionnels sont garants d'un savoir-faire et ne peuvent donc pas rentrer dans ce type de notation ultra simpliste" alerte ce mardi 18 mai Jean-Louis Cazaubon, président de l'Irqualim, l'Institut régional de la qualité alimentaire d'Occitanie.

À l'origine de cette prise de position destinée à alerter la population des incohérences qui toucheraient le système de notation Nutri-Score, il y a un projet de la commission européenne visant à rendre obligatoire l'affichage de ce système de notation des qualités nutritionnelles d'un produit sur la face avant des denrées alimentaires préemballées, et ce d'ici à la fin de l'année 2022.

Le Nutri-Score et les labels seraient incomptatibles

Depuis son lancement en 2016, l'affichage des notes colorées allant de A à E reposait sur le volontariat des entreprises. Ce changement de règlementation inquiète donc les professionnels de l'Irqualim qui dénoncent une incompatibilité des labels d'origine et de qualité (IGP, AOP, Label Rouge, Bio...) avec le fameux Nutri-Score.

"Pour faire évoluer positivement le Nutri-Score, l'idéal c'est d'enlever les matières grasses, d'écrémer le lait, de supprimer le sel... Or, quand vous supprimez le sel d'une recette par exemple, il faut rajouter des conservateurs, ce qui est interdit par le cahier des charges AOP. Nous sommes obligés de conserver nos recettes, c'est d'ailleurs l'essence même des labels en général, de garantir la recette, la qualité et l'origine. De fait, ça ne peut pas coïncider avec un Nutri-Score qui a été pensé pour les produits ultra-transformés", affirme Jérome Faramond, vice-président de la confédération des producteurs de lait de brebis et des industries de Roquefort.

Car le Nutri-Score ne tient pas compte des additifs, des conservateurs ou des colorants. Il ne fait qu'évaluer les apports nutritionnels d'un produit. Un fromage ultra transformé peut donc être noté A, là où un fromage du terroir, fabriqué sans additifs, est dans 80% des cas noté D ou E, car considéré comme trop gras, selon l'organisme fondé par la région Occitanie et la profession agricole.

En conséquence, l'Irqualim souhaite que la commission européenne réserve cette échelle de notation aux produits "ultra transformés" et ne s'applique pas aux produits sous signes officiels de qualité et d'origine que l'organisme défend. Elle déplore notamment que les critères de notation du Nutri-Score n'évoluent pas pour tenir compte du niveau de transformation des produits.

D'autant que le Nutri-Score est très prisé des consommateurs : six Français sur dix déclarent choisir un produit en fonction de ce critère selon une étude du cabinet Relevanc Advertising. Cette branche de l'industrie agroalimentaire craint donc que les consommateurs se détournent des produits labellisés au profit de produits mieux notés par le Nutri-Score mais aussi plus industriels. Reste alors à savoir si un Nutri-Score adapté à chaque label et/ou rayonnage pourrait être envisagé.

"Il est sûr qu'une notation qui s'applique à tous les produits alimentaires nous semble vraiment très compliqué. L'adapter à chaque typologie de produit, pourquoi pas, mais je ne sais pas si ce serait cohérent vis-à-vis des consommateurs. Pour autant, par rapport à nos produits, c'est ce qui semblerait le plus opportun. Mais est-ce que nous y arriverons ? J'ai des doutes", confie Jérome Faramond, vice-président de la confédération des producteurs de lait de brebis et des industries de Roquefort

Un accord devra pourtant être trouvé car le sujet n'a rien d'anecdotique pour les producteurs de la région.

Pour les professionnels, ce projet pousserait les artisans à industrialiser leur production

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Sur cette carte, les denrées labellisées produites dans la région Occitanie. (Crédits : Irqualim)

Pas moins de 40% de la production agricole d'Occitanie est effectivement issue d'une exploitation qui tient compte d'un moins un label de qualité ou d'origine, et le territoire est même première région de France en bio. Les professionnels de l'agroalimentaire estiment que ce projet d'obligation d'affichage du Nutri-Score sur les emballages desservira l'économie locale des territoires, mais surtout qu'il oppose illégitimement les apports nutritifs des produits aux labels défendus par l'Irqualim.

"Nous avons déjà dans les signes officiels la préoccupation de garantir un certain nombre de choses : qualité supérieure, origine, processus de fabrication, garanties sur le bien-être animal et conséquences sur l'environnement" estime Jean-Louis Cazaubon, président de l'Irqualim.

La sécurité alimentaire fait d'ailleurs partie du cahier des charges de ces différents labels. La plupart trouvent donc consternant que des produits avec des matières premières nobles soient considérés comme étant de mauvaise qualité nutritionnelle. Le risque, selon l'Irqualim, serait de voir les artisans tomber dans "les travers de l'industrialisation".

Car le Nutri-Score, d'abord désavoué par la grande industrie agroalimentaire, fait désormais office d'avantage marketing et s'affiche de plus en plus dans les grandes surfaces. Il a d'ailleurs été rendu obligatoire dans les publicités depuis le 1er janvier 2021, et certains craignent que les mises en avant de produits dans les rayons et que les promotions soient interdites aux produits dont les notes seraient inférieures à C.

Une décision européenne aux conséquences locales

Pour l'heure, le gouvernement français serait plutôt favorable au projet de la commission européenne. Et il n'est pas le seul, puisqu'en mars 2021, une vingtaine d'associations d'experts et plus de 270 scientifiques ont demandé à la commission d'adopter cette mesure "dès que possible" afin de lutter contre l'obésité et diverses maladies. Mais selon l'Irqualim, une telle décision de la part de la commission européenne serait contraire aux objectifs de santé publique et pourrait avoir un impact sur les exportations de produits occitans, mais aussi et plus généralement sur l'équilibre économique des territoires.

En Occitanie, plusieurs milliers de producteurs seraient ainsi concernés par une obligation d'affichage du Nutri-Score et pourraient observer une baisse des ventes de leurs produits. Le secteur a généré 2,5 milliards d'euros en 2020 dans la région.

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