Municipales : comment Maurice tente de rassurer le monde économique

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Le candidat écologiste aux élections municipales à Toulouse veut conquérir l'écosystème local.
Le candidat écologiste aux élections municipales à Toulouse veut conquérir l'écosystème local. (Crédits : Rémi Benoit)
Alors que son adversaire aux élections municipales à Toulouse tente de lui coller une étiquette du "candidat de la décroissance" et anti-entreprise, le candidat écologiste au Capitole à la tête de la liste Archipel Citoyen, Antoine Maurice, lance une stratégie pour se défaire de cette image. Soutien (de façade ?) à la filière aéronautique, contre un nouvel impôt sur les entreprises pour financer la LGV, contre des projets de galeries commerciales pour aider les petits commerces... Décryptage.

Face à un adversaire du nom de Jean-Luc Moudenc, qui insiste dans cet entre-deux tours des élections municipales à Toulouse sur son fort soutien aux entreprises avec pour preuve sa relance économique "par une politique des grands travaux", quelle image renvoie l'écologiste Antoine Maurice, qui pourrait devenir le 28 juin le nouveau maire de la 4ème ville de France ? "C'est le candidat de la décroissance", "le candidat de l'écologie punitive", le candidat "qui veut détruire le dynamisme économique de Toulouse", a lâché au fil de la campagne électorale à propos de son challenger le maire sortant.

"Le tissu économique local et plus particulièrement la filière aéronautique est très inquiète d'une éventuelle victoire de la liste adversaire au second tour. Il faut préserver cet écosystème que nous avons mis 100 ans à construire. On doit le soutenir et le rassurer en l'accompagnant notamment dans la transition environnementale et dans l'innovation. Les enjeux économiques derrière sont trop importants pour jouer avec cette filière", lâche Agnès Paillard-Bertrand, l'ancienne présidente de l'Aerospace Valley et surtout colistière en 4ème position sur la liste Aimer Toulouse du maire sortant.

Face à cette étiquette anti-aéronautique que ses adversaires politiques tentent de lui coller, Antoine Maurice a décidé de riposter. Il a tout d'abord publié, jeudi 11 juin, exclusivement dans La Tribune un texte dans lequel il expose sa vision pour la filière aéronautique. "L'industrie aéronautique est une chance pour Toulouse, une chance pour l'emploi. Demain, Maire de Toulouse, je défendrai les emplois de cette filière avec pugnacité", écrit Antoine Maurice, avant de promettre l'organisation d'Assises Nationales de l'aéronautique à Toulouse pour accompagner le secteur dans sa mutation vers l'avion vert.

De plus, quelques heures après cette publication, le candidat à la mairie de Toulouse, qui sera peut-être amené à présider la Métropole, s'est rendu sur le site de Derichebourg Aeronautics, à Blagnac, pour rencontrer les salariés. Ces derniers se battent depuis plusieurs semaines contre la signature d'un APC voire d'un PSE, face à la chute d'activité. En compagnie de colistiers et de l'eurodéputé de La France Insoumise Manuel Bompard, Antoine Maurice a même été reçu par la direction de l'entreprise, pour lui exposer la situation économique.

Antoine Maurice

 Le candidat à la mairie de Toulouse, Antoine Maurice, a passé près de deux heures sur place, jeudi 11 juin (Crédits : Rémi Benoit).

Antoine Maurice

En compagnie de certains de ses colistiers, il a échangé avec des salariés, des syndicats et la direction de l'entreprise (Crédits : Rémi Benoit).

Contre la LGV pour garantir la stabilité fiscale aux entreprises ?

La tête de liste écologiste d'Archipel Citoyen le sait. Dans la 4ème ville de France, capitale mondiale de l'aéronautique et métropole qui a créé le plus d'emplois ces cinq dernières années en France, son élection et l'adhésion à sa politique passera par un "adoubement" par le tissu économique local. Des entreprises qu'il tente de rassurer.

"Je suis prêt à devenir le maire de Toulouse. Je connais ma ville, j'ai eu des responsabilités d'économie sociale et solidaire (ESS) pendant mon mandat (d'adjoint sous Pierre Cohen, ndlr), une politique qui a consolidé des milliers d'emplois entre 2010 et 2013. Jean-Luc Moudenc se dit proche des entreprises... Je suis dans l'entreprise. J'ai développé une structure qui pèse plus d'un million d'euros et de nombreux emplois", a expliqué Antoine Maurice, lors de sa dernière conférence de presse.

Et pour se poser davantage en défenseur de l'écosystème toulousain, il justifie sa position anti-LGV par son refus de voir les entreprises toulousaines concernées par une nouvelle fiscalité, lui qui promet "la stabilité fiscale".

"Je me battrai pour améliorer la desserte vers Paris et à d'autres villes, mais je n'ai pas envie d'utiliser le registre de la LGV. Jean-Luc Moudenc doit dire aux acteurs économiques comment il comptent la financer... Est-il prêt à créer un nouvel impôt ? Je n'ai pas envie de faire de faire une promesse intenable et surtout, une promesse qui ajouterait un impôt supplémentaire aux entreprises", a ajouté le candidat écologiste lors de ce même rendez-vous médiatique.

Une attaque repoussée par le maire sortant. "Nous devons travailler avec l'État aux modes de financement, mais nous n'avons pas le droit de créer un nouvel impôt pour ce projet. Ce n'est pas une décision du maire et du président de la Métropole mais bel et bien de l'État, si nouvel impôt il y a", déclare-t-il. Seulement, certaines déclarations lui donnent tord, comme celle de Gérald Darmanin, le ministre de l'Action et des Comptes publics, lors de de son déplacement à Toulouse le 2 octobre dernier.

"Nous regardons les choses avec intérêt puisque cela va faire naître une fiscalité supplémentaire donc nous devons nous mettre bien d'accord avec tous les acteurs du système pour que cette fiscalité soit acceptée par les acteurs économiques et notamment la population de la région. Ce n'est pas forcément évident et ce n'est pas l'État qui le propose mais bien les collectivités locales", avait alors déclaré le ministre, tout en sachant que les élus du territoire veulent s'inspirer du modèle du Grand Paris Express pour financer la LGV, et qu'il repose sur une taxation supplémentaire sur les bureaux.

Lire aussi : Quelles recettes fiscales pour financer la LGV Toulouse-Bordeaux ?

Développer une filière des "emplois climat"

Hormis ces deux sujets emblématiques, que sont la LGV Toulouse-Bordeaux et la filière aéronautique, les deux candidats aux élections municipales s'affrontent aussi sur le métro. Antoine Maurice promet en priorité la réalisation du prolongement de la Ligne B du métro jusqu'à Labège (PLB) sous le prochain mandat, une demande du Sicoval et de son tissu économique depuis de très nombreuses années. Par ailleurs, pour soutenir les commerçants de la Ville rose et mettre fin à la bitumisation des sols, le candidat écologiste s'engage à lutter contre tout projet de future grande surface marchande et autre zone commerciale, sur le territoire de la métropole. Une fois élu, son objectif sera ainsi de "créer une économie au service de la nature".

"Nous engagerons la structuration de véritables filières économiques 'emplois climat', d'abord dans les secteurs où la collectivité peut le mieux intervenir (appels à projets, commandes, projets d'aménagement et d'urbanisme, etc. (...) Pour cela, nous souhaitons créer des emplois publics à la mairie et la Métropole dédiés à l'impulsion de cette économie par l'animation des filières et l'aide aux personnes, et mettrons en place les formations nécessaires", promet-on du côté d'Archipel Citoyen.

En plus de filières émergentes autour de l'intelligence artificielle, des voitures autonomes et de la santé, Toulouse va-t-elle devenir un modèle à suivre en matière "d'emplois climatiques" dans les mois à venir ?

Lire aussi : Municipales : La Tribune organise son Débat Éco' le 15 juin à Toulouse

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