Avec France Relance, Liebherr Aerospace rapatrie à Toulouse une production cruciale pour l'avion décarboné

Le sous-traitant aéronautique de rang 1, Liebherr Aerospace, installé à Toulouse, veut se positionner comme un acteur important dans la quête de l'avion décarboné. Ainsi, grâce au soutien financier de France Relance notamment, l'entreprise va internaliser la production d'une pompe permettant le refroidissement des circuits électriques, autrefois achetée aux États-Unis. Quelles sont les conséquences pour l'emploi ? Réponse et explications.

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Le sous-traitant aéronautique de rang 1, Liebherr Aerospace, a inauguré en 2017 une usine du futur à Campsas (Tarn-et-Garonne).
Le sous-traitant aéronautique de rang 1, Liebherr Aerospace, a inauguré en 2017 une usine du futur à Campsas (Tarn-et-Garonne). (Crédits : Rémi Benoit)

Donald Trump n'a qu'à bien se tenir ! Le ministère de l'Économie a présenté, jeudi 19 novembre, une nouvelle liste de... 52 projets industriels lauréats du fonds de modernisation, diversification et verdissement des procédés de la filière aéronautique. "Ces projets totalisent 137 millions d'euros d'investissement productif et seront soutenus à hauteur de plus de 47 millions d'euros par l'État", précise Bercy.

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Et parmi ces heureux élus, un projet mêle à la fois patriotisme économique, recherche et innovation derrière l'appellation "Pompe 4.0". Celui-ci est porté par l'entreprise Liebherr Aerospace, installée à Toulouse, qui embarque aussi dans cette aventure les PME Akira Technologies (Pyrénées-Atlantiques) et 2E Windings (Yonne).

"En réalité, c'est une internalisation d'activité. Nous allons produire en interne une pompe que, jusqu'à présent, nous achetions à l'extérieur, aux États-Unis. Cet élément n'était pas au coeur de notre business avant cette dynamique récemment lancée autour de l'avion décarboné et encouragée par le plan de relance sectoriel dédié à l'aéronautique", justifie Nicolas Bonleux, Managing Director and Chief Commercial Officer de Liebherr-Aerospace & Transportation SAS.

Pour refroidir les circuits électriques

En réponse à la crise sanitaire, qui a frappé de plein fouet l'industrie aéronautique, le gouvernement a en effet débloqué deux milliards d'euros pour accompagner les travaux devant mener à faire voler un avion décarboné en 2035. Grâce au projet "Pompe 4.0", Liebherr Aerospace compte bien occuper une place importante dans cette quête.

"Une des caractéristiques des avions d'aujourd'hui, et encore plus pour ceux de demain, est que l'électronique de puissance dissipe énormément de chaleur. Seulement, pour qu'elle continue de fonctionner, il faut la refroidir. L'idée de ce projet est donc de mettre au point une pompe qui fera circuler, à travers les armoires électriques de l'avion décarboné, un liquide caloporteur transportant un liquide réfrigéré pour garantir une température nécessaire au bon fonctionnement de cet avion", décrit le dirigeant.

Pour ce qui s'apparente donc à un composant plus que vital dans l'optique d'un avion totalement décarboné et donc très électrique, Liebherr Aerospace et ses deux PME partenaires ambitionnent de développer une gamme complète de cette pompe afin de s'adresser à tous les segments du marché aéronautique. "Il n'y aura pas une solution unique, ou une technologie unique pour cet avion décarboné", avait d'ailleurs confirmé Jean-Brice Dumont, le président du Corac (instance chargée de plancher sur l'avenir de l'aéronautique) et directeur de l'ingénierie chez Airbus, lors de l'Aéro Forum organisé par La Tribune le 16 novembre.

Lire aussi : Avion décarboné : "Il n'y aura pas une solution unique" selon Jean-Brice Dumont (Corac & Airbus)

Patience pour ressentir des effets perceptibles sur l'emploi

À priori, cette annonce se présente comme une bonne nouvelle pour les effectifs de Liebherr, concernés par un plan de départs volontaires d'une centaine de personnes d'ici 2021.

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"À court terme, oui cela va créer quelques emplois dans la R&D, mais les vrais effets sur l'emploi seront perceptibles quand la phase de production sera enclenchée. Produire une telle gamme de produits, c'est un investissement de plusieurs dizaines de millions d'euros et un plan de recherche qui va nous prendre 5, 10 voire 20 ans. Quelques années vont encore s'écouler avant la production", tient à nuancer Nicolas Bonleux.

Cela reste tout de même pour une bonne nouvelle pour la filière de l'industrie aéronautique française et ses emplois, mais c'est aussi "le déclenchement d'une opportunité" généré par la crise sanitaire reconnait-on du côté de Liebherr, après avoir entamé une réflexion sur ce produit dès la fin de l'année 2019 en interne.

Pour mémoire, ce fonds de modernisation pour l'industrie aéronautique, rattaché au plan global France Relance, doit injecter 300 millions d'euros dans la filière d'ici fin 2022, dont 100 millions dès 2020, avec un appel à projets jusqu'en juin 2021 pour en bénéficier. "À date, près de 1.300 dossiers ont été recensés, montrant un fort dynamisme de la filière", ajoute Bercy. De plus, le conseil régional d'Occitanie, où se concentre une grande majorité des emplois de l'aéronautique, doit présenter mardi 24 novembre un second plan de soutien et de transformation de la filière, en partenariat avec le Gifas et le pôle de compétitivité Aerospace Valley.

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