Emploi : Malgré les incertitudes post-Covid, 5.000 intentions d'embauche répertoriées à Toulouse

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Après enquête et consultation des entreprises de Toulouse, La Tribune a recensé des milliers d'intentions d'embauche dans la Ville rose.
Après enquête et consultation des entreprises de Toulouse, La Tribune a recensé des milliers d'intentions d'embauche dans la Ville rose.
À l’occasion de la première édition du StartEmploi, La Tribune a recensé près de 5 000 intentions d’embauche prévues sur l’année 2021 dans la région toulousaine. Malgré les incertitudes liées au contexte sanitaire, la diversification d’activité permet de maintenir un certain dynamisme sur le marché de l’emploi local. Analyse.

Ces dernières années, la Ville rose s'est forgée une solide réputation de territoire aux nombreuses opportunités professionnelles. Pour preuve, le cabinet Arthur Loyd, avec les données de l'Acoss (Agence centrale des organismes de sécurité sociale), démontre que Toulouse est la seconde ville française en créations nettes d'emplois, devancée par Lyon. Soutenue par la montée des cadences dans l'industrie aéronautique, l'économie de la quatrième ville de France a ainsi créé 10 381 emplois nets entre 2008 et 2014, puis 17 907 sur la période 2014-2018.

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"Nous avons une locomotive, l'aéronautique. Quand elle accélère, c'est toute notre économie qui en profite mais quand elle freine, toute l'économie de notre département en souffre", juge Philippe Robardey, le dirigeant de l'entreprise Sogeclair et président de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) Toulouse-Haute Garonne.

Seulement, la crise sanitaire de la Covid-19 a inversé la tendance. Paralysant le trafic aérien, les compagnies ont freiné et même annulé leurs commandes d'aéronefs, stoppant net le développement d'une filière industrielle majoritairement implantée autour de Toulouse, avec comme chef de file le constructeur Airbus.

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Frein sur l'aéronautique

Par conséquent, le chiffre d'affaires s'est effondré ces douze derniers mois, engendrant ainsi plusieurs plans sociaux. Selon une récente enquête de conjoncture de la CCI de Toulouse, la filière aéronautique locale a subi un recul de -33% de son chiffre d'affaires en 2020 (en comparaison avec 2019), causant un recul des effectifs de - 9,9 % d'après la centaine d'entreprises qui a participé à cette étude. Sans surprise donc, l'économie de la métropole de Toulouse a reculé de - 18,4 % l'année passée, tous secteurs d'activité confondus et les effectifs salariés ont aussi fait l'objet d'une baisse de - 3,1%, toujours selon l'enquête de la CCI.

Pour appuyer ces chiffres, l'Insee a dévoilé une analyse fin février dans laquelle elle révèle que le nombre de demandeurs d'emplois à Toulouse a progressé de + 8,3 %, entre septembre 2019 et septembre 2020. En Occitanie, seules les zones industrielle de Figeac (Lot) et touristique de Lourdes (Hautes-Pyrénées) font pire.

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Le spatial, l'informatique et le conseil répondent présents malgré tout

Malgré cette crise sanitaire qui se transforme en crise économique, comme le démontre ces statistiques, le territoire reste créateur d'emplois. Selon les retours de 228 entreprises auprès de La Tribune, 103 déclarent avoir l'intention de recruter en 2021 dans la région toulousaine, à contrario de la majorité, dans l'attente d'une sortie de crise. Pour les optimistes donc, près de 5 000 intentions d'embauche sur l'année 2021 ont été recensées à Toulouse et dans région (voir P.28 le Top 50 des entreprises qui recrutent).

Autre bonne nouvelle, si la filière aéronautique ne compte pas de représentant dans ce recensement, l'industrie rassemble tout de même 14 % des sociétés qui recrutent. Et cette part a son origine en grande partie dans le spatial. Très impliquée dans la future constellation de 25 nanosatellites français de Kinéïs, dédiée à l'IoT et dont le lancement est prévu en 2023, Hemeria prévoit de recruter 100 personnes à Toulouse en 2021. Autre exemple, l'entreprise toulousaine Comat, qui produit un propulseur électrique pour le New Space mise sur huit recrutements afin de poursuivre son développement, tout comme la société franco-italienne Telespazio. D'autres acteurs reconnus de la filière, comme Erems (19 intentions d'embauche), Microtec (15) ou encore ESSP (15) sont aussi en phase de développement et ont besoin de ressources humaines...

De quoi renforcer la volonté de certains élus et représentants, comme le nouveau président du Medef 31, Pierre-Olivier Nau, de développer davantage la filière du spatial à Toulouse. La montée en puissance du nouveau Commandement de l'Espace (CDE) et l'arrivée prochaine du Centre d'Excellence de l'Otan dédié au spatial, devraient d'ailleurs à eux deux générer l'arrivée de plusieurs centaines d'experts dans la Ville rose. Si l'industrie semble donc trouver une voie de secours à travers les étoiles, elle n'est pas la seule. Les activités de conseil et ingénierie trouvent des solutions après le choc engendré par la paralysie de l'industrie aéronautique. Le spécialiste du conseil en ingénierie Altran est l'un des plus gros recruteurs (sur 2021) dans la région toulousaine avec 150 intentions d'embauche.

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"Afin d'accompagner la diversification, nous recherchons des profils expéri- mentés dans de nouvelles industries (naval, ferroviaire, énergie...) afin de nous permettre d'encadrer et faire monter en compétences les consultants présents dans nos équipes", commente l'entreprise.

Un autre géant du secteur, Scalian prévoit 140 ouvertures de postes la même année, tout comme Accenture (120) qui a par exemple mobilisé ses équipes pendant la crise sanitaire afin de favoriser l'émergence d'une filière dédiée à la construction d'appareils respiratoires en Grande-Bretagne. Enfin, l'autre grande victime du ralentissement de l'industrie aéronautique, à savoir l'informatique, retrouve un certain dynamisme.

Pour preuve, une entreprise sur cinq qui fait savoir à La Tribune qu'elle recrute en 2021 à Toulouse est une société du secteur informatique. Parmi elles, Celad, Lyra Network, CoperBee, Aosis... et CGI, aussi sur le podium des recruteurs à Toulouse pour cette nouvelle année avec 200 intentions d'embauche. Pour le justifier, en plus de l'ouverture d'un nouveau centre d'expertise SAP à Toulouse, l'entreprise de services du numérique (ESN) a lancé une filiale du nom de CGI Business Consulting, tout en se dotant d'une force commerciale pour obtenir des marchés en dehors de l'industrie, son marché cible historique. Et c'est l'un des grands enseignements de cette crise sans égal dans l'histoire. Pour 79 % des entreprises qui recrutent à Toulouse, ces ouvertures de postes doivent permettre de "répondre ou anticiper une croissance de l'activité".

Rien de surprenant quand les prévisions économiques sur la métropole toulousaine, notamment réalisées par la CCI de Toulouse, projettent une croissance du chiffre d'affaires de + 5,4 % du tissu local en 2021. Mais c'est la raison de cette croissance qui est à mettre en lumière. Pas moins de 72 % des entreprises qui évoquent cette croissance la relient à "une diversification d'activité", et 21 % d'autres évoquent "la création d'un nouveau service". Pour favoriser cette diversification, les entreprises de certains secteurs bénéficient en plus d'un accompagnement financier de France Relance, le plan de relance économique de l'État français à 100 milliards d'euros. Et la région Occitanie est l'une des régions qui héberge le plus de bénéficiaires...

La santé, la finance et l'innovation, ou les emplois immortels ?

Alors, Toulouse résiliente face à la crise de la Covid-19 ? Si la réponse mérite débat, certains secteurs ont la résilience dans leur ADN, à l'image de ces jeunes pousses que nous surnommons les startups. Portant une innovation, et de petite taille (en matière d'effectifs), leur agilité leur permet d'absorber plus facilement que des PME, ETI et grands groupes des chocs tels que la Covid-19. Par conséquent, nombreuses sont les startups de Toulouse à recruter, ou du moins à en avoir l'intention en 2021. C'est ainsi le cas de Cenareo (communication ciblée - 10 intentions de recrutement), Ilek (fournisseur d'énergie verte - 20 intentions), Eldotravo (le "AirBnb" des artisans - 12 intentions), Airmob qui développe notamment une solution 5G pour le CHU de Toulouse (opérateur de télécommunication - huit postes en 2021), Ffly4u (IoT pour applications industrielles - quatre postes), Ascendance Flight Technologies, qui travaille sur un petit avion hybride à décollage vertical mise sur 10 recrutements cette année, ou encore Louis Design, qui conçoit des meubles sur mesure avec des matériaux recyclés (trois intentions d'embauche).

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Par ailleurs, dans d'autres secteurs, de par leurs activités, les besoins en ressources humaines sont toujours là comme le monde de la finance. Ainsi, les banques figurent également comme les meilleurs recruteurs toulousains chaque année. En 2021, la Banque Populaire Occitane prévoit d'ouvrir 200 postes, la Caisse d'Épargne Midi-Pyrénées mise sur 85 intentions d'embauche et le Crédit Agricole de Toulouse parie sur 30 nouveaux emplois. Avec ces mêmes caractéristiques, le monde de la santé est un secteur fortement créateur d'emplois, d'autant plus qu'il est très sollicité en cette période de crise sanitaire. Dès lors, le CHU de Toulouse est le premier employeur du territoire. Après avoir ouvert 2 100 postes durant l'an- née animée par des confinements, son directeur, Marc Penaud prévoit environ 1 800 intentions d'embauche en 2021. Comment en arriver à de telles proportions ? L'établissement, classé parmi les meilleurs de France, recrutent aussi bien pour des postes de direction, que les fonctions supports, la R&D, l'informatique et bien évidement du personnel soignant.

Des alternants très demandés

Dans l'ensemble des répondants, les intentions d'embauche concernent en majorité les métiers en lien avec l'informatique et le digital, avec près de 1 600 postes concernés. Derrière, le personnel soignant, les encadrants d'unité de soins et les secrétaires médicaux comptent pour 1 200 emplois. Pour compléter le trio de tête, les métiers en lien avec la R&D pèsent pour quasiment 500 intentions d'embauche.

Côté profils, les besoins sont très divers, mais des tendances se dégagent. Les postes destinés à des profils confirmés représentent une intention d'embauche sur trois (34,2 %), un point non surprenant pour éviter les erreurs de casting en tant de crise alors qu'un recrutement reste un acte onéreux pour une entreprise. À contrario, les profils débutants concernent plus de 24 % des intentions de recrutement, sûrement pour leurs salaires moins importants qu'un profil expérimenté, mais aussi pour les nombreux dispositifs de soutien financier associés au recrutement d'un jeune, notamment quand il s'agit de son premier emploi.

Dans la continuité, le plan national "1jeune1solution" encourage les entreprises à faire appel aux apprentis, mais aussi aux alternants, via des subventions importantes à l'embauche, afin d'éviter une génération sacrifiée post-Covid. Résultat, près de 500 intentions d'embauche à Toulouse sont destinés aux alternants. Suffisant pour que Toulouse garde son attractivité auprès des jeunes diplômés ou sur le point de l'être ?

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