Avion électrique : le député Lagleize demande plus de soutien financier aux projets français

La France doit davantage soutenir les projets français d'avions électriques sans quoi les entrepreneurs risquent de se tourner vers des fonds étrangers, alertent dans un rapport sur l'avenir du secteur aéronautique les députés Jean-Luc Lagleize et Sylvia Pinel. Parmi les autres recommandations, figurent des incitations fiscales au renouvellement des flottes vers des avions moins gourmands et un soutien plus appuyé à la structuration d'une filière française des carburants durables. Le document suggère aussi la création d'un champion français de la formation aéronautique regroupant l'Isae-Supaero, l'Enac, l'Onera et l'IRT Saint-Exupéry.

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Le député Jean-Luc Lagleize est co-rapporteur de cette mission sur l'avenir de l'aéronautique en France.
Le député Jean-Luc Lagleize est co-rapporteur de cette mission sur l'avenir de l'aéronautique en France. (Crédits : Rémi Benoit // Aura Aero)

Aura Aero a fait grand bruit en octobre dernier en décrochant une méga précommande de 200 exemplaires d'ERA, son avion à propulsion électrique de 19 places à destination du transport régional qui doit être mis en service en 2027. Au mois de septembre, c'était le démonstrateur d'avion hybride-électrique Cassio de la pépite VoltAero qui faisait parler de lui en survolant la Manche. Cet engouement autour de l'avion électrique pourrait-il retomber en France faute de soutiens financiers ? C'est la crainte esquissée dans le rapport de la mission d'information sur l'avenir du secteur aéronautique en France menée par le député haut-garonnais Jean-Luc Lagleize et son homologue tarn-et-garonnaise Sylvia Pinel. Parmi les 43 propositions présentées ce mercredi 12 janvier devant la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, les rapporteurs préconisent de "développer et faciliter l'obtention de financements en faveur de l'aviation électrique".

Le risque d'une fuite des projets français vers les USA

"Les acteurs innovants comme Aura Aero, Voltaero ou Avions Mauboussin qui développent des avions électriques de 2 à 20 places doivent être davantage soutenus par des fonds spécialisés. Les mécanismes classiques de soutien sont parfois inadaptés à ce type de projets de rupture", souligne Jean-Luc Lagleize. Auditionnée lors de la mission, BPIFrance remarque que "ces acteurs ne trouvent pas de financement autre que celui des conseils régionaux". Or, alerte le rapport :

"Faute de soutiens adéquats, il y a un risque que de tels projets se détournent vers les États-Unis par exemple, où les financements sont plus faciles à trouver. Mais cela peut conduire à des transferts technologiques, de propriété intellectuelle et de savoir-faire dommageables pour la compétitivité et l'innovation françaises."

Les champions français de l'avion électrique ont déjà tiré la sonnette d'alarme à plusieurs reprises. Le Toulousain Aura Aero a profité en novembre dernier du déplacement du ministre des Transports Jean-Baptiste Djebbari pour témoigner de ses difficultés à lever les fonds nécessaires pour poursuivre son développement. "Nous avons déjà levé 12 millions d'euros mais pour réaliser le passage à l'échelle pour l'avion de 19 places nous recherchons 30 à 50 millions d'euros. C'est très compliqué en France de trouver des investisseurs. Nous sommes ouverts à des investisseurs étrangers (à l'exclusion de la Chine)", glissait Jérémy Caussade, le président d'Aura Aero.

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De son côté, Jean Botti, le fondateur de VoltAero, confiait à La Tribune en juin dernier être à la recherche de financements. Le projet a bénéficié de trois millions d'euros de la région Nouvelle-Aquitaine et a été lauréat du Green Deal européen qui lui a valu 2,1 millions d'euros de subventions et 11 millions de l'Europe en prise de participation.  "Nous avons reçu beaucoup d'aides de la région Nouvelle-Aquitaine mais la France ne nous a pas aidés. Nous n'avions rien eu du plan de relance", regrettait l'entrepreneur.

Pour le député Jean-Luc Lagleize, le soutien public est d'autant plus important que "l'avion électrique peut devenir un outil essentiel du désenclavement du territoire et un moyen de transport du dernier kilomètre... Il constitue également une opportunité intéressante pour l'aviation générale et les écoles de pilotage compte tenu de la capacité de ces avions". À Carcassonne, l'Enac dispose par exemple depuis la rentrée de deux Velis Électro utilisés en début de formation des pilotes.

Incitation fiscale au renouvellement des flottes

En attendant l'arrivée des avions électriques, le rapport mise à court-terme sur trois leviers : "le renouvellement des flottes, l'utilisation de carburants durables et l'amélioration de la gestion des opérations au sol et en vol". Concernant le renouvellement des flottes, l'une des recommandations est de "mettre en place un mécanisme d'incitation fiscale au renouvellement des flottes pour les compagnies aériennes, qui pourrait prendre la forme d'un mécanisme de suramortissement". "L'éligibilité à un tel dispositif serait conditionnée à des réductions significatives des émissions de CO2 grâce au nouvel aéronef acquis et à un mécanisme de certification des performances environnementales de l'avion par un organisme indépendant", précise le rapport.

Sur les SAF (sustainable aviation fuels), qui représentaient moins de 0,1% des 360 milliards de litres de carburant utilisés par l'aviation en 2019, les députés plaident pour "des appels à projets plus ambitieux et dotés des moyens financiers adéquats pour structurer une filière française de SAF", mais aussi des crédits d'impôt et un soutien à des mesures à l'échelle européenne. "Les Etats-Unis ont mis en place un dispositif de soutien particulièrement volontariste, particulièrement ambitieux, sous la forme de mécanismes d'incitation. L'Union européenne ne doit pas se laisser distancer", fait remarquer Sylvia Pinel. "Cela permettrait d'éviter dans quelques années de devoir acheter du SAF aux Etats-Unis", complète Jean-Luc Lagleize.

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Créer un champion national de la formation aéronautique

Enfin, le rapport prône "la création d'un champion national de formation aux métiers de l'aéronautique et de l'aérien, regroupant l'Isae-Supaéro, l'Enac, l'Onera et l'IRT Saint-Exupéry". Cela permettrait, selon les rapporteurs, "de s'imposer définitivement dans la compétition mondiale face aux universités américaines et à la concurrence européenne croissante".

"Les écoles d'ingénieur formant aux métiers de l'aéronautique sont tout autant soumises à une importante concurrence internationale. L'Isae-Supaéro, leader mondial en la matière, doit rivaliser avec les grandes universités américaines mais aussi avec une concurrence européenne. Par exemple, l'université technique de Munich a créé un département Aerospace financé à hauteur de 700 millions d'euros par le Land de Bavière", poursuivent les rapporteurs.

L'idée de la création de ce champion national a d'ailleurs été suggérée par le directeur général de l'Isae-Supaéro au cours de la mission parlementaire.

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Commentaires 3
à écrit le 13/01/2022 à 15:00
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encore un qui veut de l'argent

à écrit le 13/01/2022 à 13:25
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L'électrique avec des batteries n'est l'avenir pour aucun moyen de transport. Quant à mettre de l'hydrogène dans un avion, faut oser 👎

à écrit le 13/01/2022 à 10:10
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Encore une pompe à subvention de plus. L'avion électrique pour des passagers a autant d'avenir que les navettes volantes sur la Seine que Bercy et la mairie de Paris ont subventionné sans que cela ne fasse de "vagues"

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