La 3ème ligne de métro à Toulouse, réellement "verte" ?

À quelques mois des premiers coups de pioche pour le chantier de la troisième ligne de métro à Toulouse, son conseil municipal a adopté mardi 8 février le dossier de l'enquête environnementale du projet. Néanmoins, les débats sur le véritable bilan carbone du chantier, sur la gestion des déblais et des arbres abattus ont été plus que nourris entre la majorité et son opposition. 200.000 tonnes équivalents de CO2 pourraient être émises par ce chantier.

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Jean-Luc Moudenc, le maire de Toulouse, a du faire face aux critiques de son opposition sur le bilan carbone de la future troisième ligne de métro.
Jean-Luc Moudenc, le maire de Toulouse, a du faire face aux critiques de son opposition sur le bilan carbone de la future troisième ligne de métro. (Crédits : Rémi Benoit)

"L'écologie pour les nuls". Voilà le titre de l'ouvrage offert par François Piquemal, conseiller municipal d'opposition (groupe AMC), au maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc. Le ton était ainsi donné pour ce conseil municipal extraordinaire, qui s'est tenu mardi 8 février, avec pour unique programme l'avis de la mairie de Toulouse sur le dossier d'autorisation environnementale de la troisième ligne de métro de la quatrième ville de France. Ce vote est en quelque sorte le dernier obstacle juridique de ce projet évalué à 2,8 milliards d'euros avant les premiers coups de pioche attendus pour la fin d'année 2022.

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"Dans cette enquête environnementale, les émissions de gaz à effet de serre dans sa construction sont sous-estimées, les déplacements du trafic automobile déportés vers le réseau des transports en commun sont surestimés, la compensation des arbres abattus est insuffisante et la gestion des déblais reste floue", pointe du doigt Antoine Maurice, membre EELV aussi dans l'opposition municipale.

Selon la collectivité, ce seront 90.000 véhicules qui seront retirés de la circulation sur la métropole au profit de déplacements sur le réseau de transports en commun local, dès 2028, date annoncée de la mise en service de cette future ligne de métro. La mairie de Toulouse et la Métropole annoncent également l'économie de 20 millions de litres de carburants chaque année. "Ce sont 45.000 tonnes équivalent CO2 qui seront évitées", a même fait savoir Maxime Boyer, l'adjoint au maire de Toulouse, rapporteur du dossier auprès de ses collègues élus lors de cette session.

François Piquemal

L'opposition a offert le livre "l'écologie pour les nuls" à l'édile de la quatrième ville de France (Crédits : Rémi Benoit).

Mais l'opposition n'est pas du tout satisfaite par les réponses apportées. "Dans le bilan des émissions carbone, il y a des incohérences (...) et les réponses apportées dans le dossier ne sont pas à la hauteur des ambitions", peste Hélène Cabanes, conseillère municipale d'opposition qui souligne aussi une insuffisance de la part de la collectivité sur la compensation des arbres abattus.

"Je suis choqué par des propos comme le fait que nos chiffres sont insincères. Au départ, ce sont 2.500 arbres qui devaient être abattus et donc 5.000 seront plantés en compensation, des arbres jeunes et moins jeunes, selon notre politique de deux arbres plantés pour un abattu. Néanmoins, le travail avec les services de la collectivité se sont poursuivis à ce sujet et c'est finalement 1.900 arbres qui seront détruits. Par ailleurs, dans ce lot, 15% pourraient être protégés et encore réduire le nombre d'arbres abattus", s'est défendu Maxime Boyer.

La gestion des déblais, question majeure

Lors de ce conseil municipal extraordinaire, la question de l'extraction et de la gestion des déblais a également été au centre des débats. "Avec 40.000 tonnes de déblais extraites chaque mois, je ne suis pas sûr que les Toulousains soient informés des dizaines de semi-remorques qui vont passer devant chez eux tous les jours", a lancé Vincent Gibert, autre conseiller municipal d'opposition et vice-président du conseil départemental de Haute-Garonne détenu par une majorité socialiste. Selon la majorité, ce sont 2,7 millions de m3 de déblais qui vont être gérées entre 2023 et 2026.

"Tous les déblais seront analysés avant transport afin d'en avoir le ré-emploi le plus vertueux possible. Nous avons beaucoup de briquetiers dans la région qui pourraient être intéressés par cette matière et cette quantité de matériaux pourra servir à d'autres opérations d'aménagement dont la future autoroute Toulouse-Castres ou encore à l'aménagement du noeud ferroviaire du nord-toulousain", avance Nicole Miquel-Belaud, conseillère municipale déléguée à l'économie sociale et solidaire.

Troisième ligne de métro

Alstom a dévoilé le design du futur métro de Toulouse il y a quelques mois (Crédits : Alstom).

Après avoir choisi Alstom pour le matériel roulant de la troisième ligne de métro, le syndicat mixte Tisséo, à la manoeuvre opérationnelle dans ce projet, compte être vigilant sur les lauréats des appels d'offres en cours pour le génie civile et les travaux annexes.

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"30% de la note finale des dossiers des candidats porteront sur le côté vertueux de leur offre et une gestion des déchets respectueuses de l'environnement. Le taux de valorisation a été fixé à 80% dans le cadre de notre projet, contre 70% prévus par la législation", ajoute Maxime Boyer.

Un bilan carbone à revoir

Mais pour obtenir l'aval de la Mission régionale de l'autorité environnementale, le dossier de l'enquête environnementale s'est basé sur un bilan carbone datant de 2018. C'est dans cette brèche que l'opposition s'est engouffrée pour attaquer l'empreinte environnementale globale du dossier en la jugeant dans son ensemble fausse et mensongère. "Vous devez aux Toulousains la vérité des chiffres", a d'ailleurs réclamé en début de séance Antoine Maurice à l'égard de Jean-Luc Moudenc. Au total, selon ce bilan, ce sont 200.000 tonnes équivalent CO2 qui vont être émises le temps du chantier.

Antoine Maurice

Antoine Maurice a mené la charge à propos du bilan carbone du projet (Crédits : Rémi Benoit).

"Le bilan carbone de 2018 est partiel, depuis beaucoup de choses ont évolué et nous avons notamment désigné le matériel roulant. De plus, il y a désormais des bétons et des ciments bas carbone. Nous avons donc la volonté de réactualiser ce bilan carbone. Fin 2022 déjà, nous aurons un bilan carbone plus fiable avec tous les nouveaux entrants (prestataires suite aux appels d'offres, ndlr). Un autre bilan carbone sera fait à la fin du chantier et un autre après cinq ans d'exploitation. Nous ferons preuve d'une vraie transparence mais la neutralité carbone ne sera pas atteinte, ce n'est pas possible", prévient François Cholet, conseiller municipal au sein de la majorité et vice-président de la Métropole en charge de la Transition Écologique.

Malgré des débats nourris, le conseil municipal a approuvé le dossier de l'enquête environnementale de la troisième ligne de métro. Pour mémoire, cette ligne qui comportera 21 stations entre Colomiers et Labège sur 27 kilomètres de tracé a pour objectif de relier trois pôles économiques de la métropole que sont la zone aéronautique du nord-ouest de l'agglomération, le quartier de la gare Matabiau qui va devenir un quartier d'affaires et le sud-est de l'agglomération aussi dynamique avec notamment ses quartiers de Montaudran et la ville de Labège.

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