Logistique "verte" : la startup Zecombi va commercialiser son utilitaire dédié au dernier kilomètre

 |  | 1303 mots
Lecture 7 min.
Francis Allouche et le véhicule ZeOne lors d'un salon en novembre 2019.
Francis Allouche et le véhicule ZeOne lors d'un salon en novembre 2019. (Crédits : ZECOMBI)
La startup toulousaine Zecombi s’apprête à tester avec trois grands acteurs du fret son véhicule utilitaire électrique et le conteneur mobile qui va avec, après cinq années de développement. Cette solution tout-en-un est désormais brevetée et homologuée pour la route, et devrait être commercialisée d’ici fin 2021. Le concept répond à plusieurs problématiques historiques et actuelles du secteur, notamment concernant la rupture de charge et la massification des flux.

Vous les croiserez peut-être bientôt en centre-ville. Les véhicules utilitaires électriques ZeOne et les conteneurs Combi Cub qui y sont associés ont été développés dans la Ville rose à partir d'août 2016 par la startup Zecombi afin d'apporter une alternative au fonctionnement actuel des entreprises de stockage et de livraison. L'objectif de cette solution tout-en-un, qui comprend également la création de bases logistiques à l'intérieur des parkings de nos centres-villes, est d'améliorer les conditions de travail des opérateurs, d'accélérer le processus de livraison du dernier kilomètre et, in fine, de le rendre moins coûteux pour les entreprises de logistique.

Tout cela grâce à un véhicule utilitaire décarboné plus habile à la conduite (1,30 mètre de largeur) qu'une camionnette classique, et à un conteneur mobile (connecté et traçable) qui dispose de roues rétractables afin de résoudre deux problématiques majeures de la logistique urbaine : la rupture de charge et la massification des flux.

Lire aussi : À Toulouse, Boks et Fonta s'associent pour développer la livraison de colis sécurisée

Commercialisation imminente

Après deux années à faire la preuve du concept et trois autres à fabriquer quatre prototypes, la société s'apprête maintenant à faire tester ses produits auprès de trois grands acteurs du fret dans les villes de Paris, Grenoble et Toulouse. Une fois la fiabilité du véhicule validée (six mois seront nécessaires), Zecombi prévoie d'entamer la commercialisation de sa solution au quatrième trimestre 2021.

"Nous avons perdu sept ou huit mois à cause des retards des fournisseurs et sur l'homologation du véhicule pour circuler sur la route à cause de la crise sanitaire. Tout cela aurait dû être bouclé en milieu d'année dernière et cela vient juste d'être fait. Donc, en cascade, ça nous a retardé sur les dépôts de brevets (qui ont été déposés en janvier 2021 au lieu de septembre 2020, ndlr.) et donc sur la phase d'industrialisation qui aurait dû débuter en fin d'année dernière", explique Francis Allouche, directeur général chargé du développement commercial de ZECOMBI.

En conséquence, l'objectif fixé lors du lancement de la startup d'atteindre la production de 110 véhicules et 220 conteneurs en 2020 n'a pas été atteint. À cette date, elle ne compte que deux "ZeOne" et quatre conteneurs.

utilitairezecombi

L'utilitaire conçu par Zecombi sera vendu entre 26.000 et 28.000 euros. (Crédits : Zecombi)

Mais peu importe, puisqu'une dizaine d'utilitaires devraient être assemblés à Toulouse dans les prochaines semaines selon le directeur général, tout comme une trentaine de conteneurs, afin d'espérer voir le fruit de leur travail être enfin adopté par les différents acteurs du marché de la logistique, eux-mêmes sous pression. Car selon Francis Allouche, une forte demande de nouvelles solutions logistiques se fait ressentir dans le secteur depuis cinq ans.

"Les logisticiens ont une double pression : une pression environnementale, d'une part, qui leur est imposée par les grandes villes. Une pression de leurs clients (principalement des sites de e-commerce, ndlr.), d'autre part, qui leurs imposent d'aller toujours plus vite pour toujours moins cher", expose le directeur général.

Or jusqu'ici, pour être dans les cordes, le secteur de la logistique a adopté une méthodologie de livraison qui est toujours à peu près la même : des dizaines de camionnettes chargées de colis partent d'entrepôts situés à plusieurs kilomètres des centres-villes et perdent du temps à y entrer et à en sortir pour livrer directement le client final, ce qui a un impact sur les coûts de ces entreprises.

Lire aussi : Logistique et e-commerce : à la découverte du "carrousel" de Toulouse, qui traite 250 000 colis par jour. Reportage

Le secteur logistique cherche à se réinventer

En conséquence, elles sont de plus en plus nombreuses à remplacer ces nombreux utilitaires par un ou deux gros porteurs (25% d'économies) qui partent plus tôt le matin pour rejoindre une base logistique en centre-ville. Là-bas, des opérateurs transfèrent le fret du gros porteur vers les véhicules électriques destinés à la livraison, le tout à la force des bras. Et c'est là qu'intervient Zecombi.

"Tout le temps gagné sur la massification des flux est perdu sur cette rupture de charge. L'intérêt de notre solution est que les colis sont placés dans un conteneur sur roues, lui-même mis dans le gros porteur. Une fois arrivé en centre-ville, celui-ci peut-être transféré d'un véhicule à l'autre par les opérateurs, simplement en le poussant. Les colis étant déjà triés dans le conteneur, ils n'ont plus besoin de les manipuler un par un", selon le dirigeant.

Ainsi l'opérateur verra ses conditions de travail être améliorées et son employeur gagnera du temps et de l'argent. Le gros porteur pourrait, lui, faire deux aller-retours par jour au lieu d'un avec les camionnettes. Ce qui signifie qu'un client passant une commande à 10 heures, pourrait la voir être préparée en entrepôt dès 12 heures, mise dans le gros porteur à 14 heures et livrée à 16 heures. "C'est impossible dans la configuration actuelle", précise Francis Allouche.

utilitairezecombi2

Le véhicule peut embarquer trois mètres cubes de volume et 400 kilos de charge utile. (Crédits : Zecombi)

Lire aussi : Ce qu'il faut retenir du premier baromètre sur le e-commerce en Occitanie

Des parkings en guise de dépôts

Jusqu'ici le projet tient la route, mais les cofondateurs font face à un problème de taille : les acteurs du secteur sont très peu nombreux à avoir des bases de logistique en centre-ville, les loyers étant trop élevés. Francis Allouche, Cédric Giraud et Claude Morellon ont donc trouvé une solution : créer des bases permettant le transfert du fret et son stockage... dans les parkings de nos centres-villes !

"Les parkings perdent de plus en plus de parts de marché parce que les mairies mettent en place des mesures pour réduire le trafic en ville. Et nous, il nous fallait un lieu pour sécuriser le transfert de fret, recharger les véhicules électriques la nuit et stocker temporairement des conteneurs pleins. Le principe est d'aller voir des sociétés de parking et de louer un espace suffisamment grand pour pouvoir le diviser en sous-espaces. Ensuite, nous sous-louerons ces mêmes espaces à nos clients", développe Francis Allouche, directeur général.

Selon lui, les gestionnaires de parking y trouveront leur compte puisque c'est une solution de logistique urbaine décarbonée. En cas d'appel d'offres pour la construction de nouveaux parkings, cela leur donnerait un avantage, d'autant que les mairies leurs demandent de trouver d'autres usages à ces structures. Un gérant de parkings, sans toutefois préciser lequel, se montrerait intéressé. "C'est en cours de finalisation", précise le dirigeant. Un tel partenariat permettrait donc d'offrir des solutions foncières aux logisticiens pour organiser les livraisons au cœur des villes, sans qu'ils se ruinent.

Les startuppers pensent réaliser 500.000 euros de chiffre d'affaires sur le dernier trimestre de 2021. En 2022, ils travailleront sur un conteneur frigorifique afin de transporter des denrées alimentaires ou des produits pharmaceutiques. Ils sont également en discussion avec un fabricant de tramways pour éventuellement utiliser ce moyen de déplacement comme transport de fret. Ils souhaitent, enfin, relancer une levée de fonds en 2022 pour accélérer la phase de commercialisation après une première levée de 100.000 euros réalisée auprès d'Ocseed en janvier dernier. Ils auront pour cela besoin d'un million d'euros. De quoi leur permettre de se déployer sur deux nouvelles villes chaque année, et envisager sérieusement un chiffre d'affaires de 8,5 millions d'euros d'ici trois ans.

Lire aussi : E-commerce : le Toulousain Neats Returns réduit le coût des retour

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :