Logistique et e-commerce : à la découverte du "carrousel" de Toulouse, qui traite 250 000 colis par jour. Reportage

- REPORTAGE - Un tour de manège n'est pas réservé qu'aux enfants, c'est aussi le traitement dont font l'objet les colis qui arrivent à Toulouse. "Le carrousel", surnom attribué par les salariés de la filiale Colissimo de La Poste à cette machine âgée de près de 25 ans, est aujourd'hui très sollicitée en ces temps de crise sanitaire. Face à cette croissance, l'organisation interne a été totalement repensée. Plongée dans les coulisses du traitement de colis dans la Ville rose, où plus de 250 000 paquets arrivent sur place chaque jour.
Face au contexte sanitaire, Colissimo connait une hausse d'activité de 30% ces derniers mois. Une charge nouvelle qui demande une organisation inédite.
Face au contexte sanitaire, Colissimo connait une hausse d'activité de 30% ces derniers mois. Une charge nouvelle qui demande une organisation inédite. (Crédits : Rémi Benoit)

Les camions se succèdent toutes les heures à proximité de cet entrepôt blanc, d'où aucun bruit n'émane, situé dans la zone industrielle de Fondeyre. Et pourtant, à l'intérieur, derrière ces parois du siècle dernier, se trouve un flux incessant, organisé par une machine surnommée "le carrousel", à l'image de ce manège historique sur la place Wilson dans l'hypercentre de Toulouse. Ce que surnomme ainsi Sylvain Bincteux, le directeur des lieux, c'est l'une des 19 plateformes de tri de colis de La Poste Colissimo installées en France, dont celle présente dans la Ville rose. "Nous l'appelons aussi la vielle dame car elle est entrée en service en 1997, mais elle est capable de traiter jusqu'à 9 000 colis par heure, voire 250 000 paquets par jour, surtout ces derniers temps", confie le dirigeant qui mène la visite pour justifier la présence de nombreux camions sur place. Des capacités de tri misent à rude épreuve actuellement.

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Le site logistique de Colissimo est situé en périphérie de Toulouse (Crédits : Rémi Benoit).

"Cette crise sanitaire est un accélérateur de tendances. À la fin du premier confinement, nous notions une hausse de 50 % du volume de colis. Avant le confinement, nous étions sur 1,2 million de colis à livrer par jour dans l'Hexagone. À partir du 11 mai dernier (premier jour du déconfinement, ndlr), nous sommes passés à 1,8 million voire 2 millions. Depuis le mois de juillet, le marché a fini par se stabiliser autour de 30 % de croissance", précise Xavier Mallet, directeur général de Colissimo, leader de la livraison de colis aux particuliers en France (50 % des parts du marché).

Des volumes jamais atteints

Cette croissance ne risque pas de s'arrêter durant les deux derniers mois de l'année 2020. Le nouveau confinement, qui entraîne la fermeture des commerces jugés non-essentiels, les promotions sur les différents sites de e-commerce (Black Friday, Cyber Monday, etc.) ou encore les achats de Noël, va inciter encore plus de Français à commander en ligne et à se faire livrer chez eux. Colissimo s'attend donc à une fin d'année sans précédent avec des volumes de colis jamais atteints par le passé.

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Le carrousel est plus sollicité qu'à l'habitude en ces temps de confinement (Crédits : Rémi Benoit).

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"En 2019, en novembre et décembre, nous avons livré jusqu'à trois millions de colis par jour en France", rappelle Xavier Mallet. Rien qu'en Occitanie, le service de livraison de colis de La Poste s'attend à distribuer jusqu'à 310 000 paquets (par jour) les mercredis 2, 9 et 16 décembre prochains. Entre le 1er novembre et le 31 décembre 2020, ce seront plus de 9 millions de colis qui seront traités sur ce territoire régional aussi grand que le pays de l'Irlande. Un chiffre multiplié par deux en 5 ans et qui nécessite forcément des investissements sur "le carrousel" de la Ville rose, pour garder le rythme.

Ainsi, pas moins de 600 000 euros ont été investis sur le site de 12 000 m2 ces derniers mois pour moderniser son fonctionnement et mettre en oeuvre la technologie du "vrac planché", selon le jargon interne. Ce procédé qui se présente sous la forme d'un immense tapis roulant "permet de fluidifier la liaison entre les camions et la machine", explique Sylvain Bincteux. Dès lors, il suffit de quelque dizaines de minutes pour décharger totalement un camion transportant 3 500 colis en moyenne. Pour aller encore plus vite, Colissimo s'est même offerte des remorques directement équipées d'un tapis roulant afin de la vider de son chargement.

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Le "vrac planché" facilite la connexion entre les camions et le carrousel (Crédits : Rémi Benoit.

Un code-barre pour un lot de codes postaux

Automatisée ou non, la sortie du camion marque le top départ d'un tour de manège unique pour un colis sur ce carrousel de 360 mètres de long. "Elle fonctionne 23 heures sur 24. Nous ne l'arrêtons qu'une heure pour faire de l'entretien curatif et prédictif grâce à une équipe permanente de sept mécaniciens", précise le responsable de la plateforme.

Une fois avoir passée, la phase de transition pour atteindre la machine de tri, le paquet réalise alors quelques dizaines de mètres pour parvenir à l'étape du codage, le cœur du centre de tri, mais qui n'a rien en commun avec le sens premier du codage derrière un ordinateur pour créer des fonctionnalités numériques. Cette seconde phase se présente comme une importante caisse enregistreuse (le centre de Toulouse en compte deux de la sorte) et celle-ci est précédée par un poste de travail afin qu'un salarié pose sur le tapis, en bonne position, le code-barres inscrit sur l'étiquette d'envoi afin qu'il soit enregistré correctement par la machine.

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La phase de codage, le cœur de la machine (Crédits : Rémi Benoit).

"Une personne est monopolisée à cette tâche car nous avons un lecteur deux faces, contrairement aux plateformes nouvelle génération (au nombre de quatre en France, ndlr) qui disposent de lecteurs six faces, ce qui permet de lire le code-barres dans n'importe quelle position", révèle Sylvain Bincteux.

Devant la pénibilité de ce poste notamment, et engagée dans une démarche RSE, l'entreprise a instauré une rotation régulière, toutes les deux heures, de ses salariés sur tous les postes de travail afin de préserver leur santé, mais aussi entretenir et conserver les compétences dans tous les domaines.

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Un caisson transparent pour limiter les émissions de gaz à effet de serre

C'est toujours dans un souci de démarche RSE que La Poste et sa filiale Colissimo ont créé récemment ce qu'ils appellent un "glaci". Ces grandes caisses transparentes réceptionnent les colis à leur tombée du carrousel. "Chaque code-barres indique la destination du colis car une partie du code est reliée à un ensemble de code postaux. Une fois scanné, le colis suit son parcours sur l'un des 360 plateaux du carrousel, avant de glisser vers une porte de sortie. Chacune est affectée à une zone géographique", raconte le dirigeant.

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Cette innovation doit permettre de limiter les flux de transporteurs et donc la pollution (Crédits : Rémi Benoit).

Ainsi, comme le démontre la photo, ces "glaci" sont installés à certaines portes de sortie afin qu'un opérateur effectue des passages réguliers pour ranger efficacement les colis dans un autre chariot, installé en parallèle, destiné à alimenter les camions sur le départ.

"Ce procédé nous permet de ranger dans un même camion davantage de colis et surtout il permet dès lors de diminuer nos coûts de transport en réduisant les rotations entre le centre de tri et les zones de réception. Pour être totalement efficace, ces glaci sont installés sur les sorties des zones géographiques les plus éloignées de notre plateforme", poursuit-il.

"Depuis cet été, et en prévision de cette période, nous avons investi dans du transport et des machines supplémentaires afin d'améliorer la logistique. Tous les jours des mois de novembre et décembre, 1 000 camions traversent toute la France et réalisent des liaisons nationales contre 600 le reste de l'année. Nous sommes prêts à faire face à cette explosion du marché de la livraison de colis", ajoute le directeur général, Xavier Mallet.

Pour accompagner le tout, un dispositif de recrutement de plus de 9 000
emplois saisonniers, dont 500 en Occitanie, vient renforcer les effectifs déjà présents. À titre d'exemple, 35 contrats courts sont arrivés ces dernières semaines pour épauler les 130 personnes qui s'affairent habituellement autour du carrousel. La logistique et ses emplois, seraient-ils les grands gagnants de la crise sanitaire ?

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