Le train à hydrogène en Occitanie se dévoile, malgré un calendrier encore incertain

Après l'officialisation de la commande de 14 rames de train à hydrogène par quatre régions de France, Alstom et l'une d'elles, à savoir la région Occitanie, viennent de dévoiler la maquette de ce futur mode de transport. Un acte symbolique qui ne dissipe toujours pas les doutes autour de la date de mise en circulation de ce train vert à des fins commerciales. Les détails.

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Le train à hydrogène pourrait circuler dès le second semestre 2023, en France.
Le train à hydrogène pourrait circuler dès le second semestre 2023, en France. (Crédits : Pierrick Merlet)

Le rendez-vous était fixé en gare de Loures-Barousse, terre de Comminges (Haute-Garonne). Ce petit village d'environ 700 habitants a eu l'honneur, samedi 23 octobre, de découvrir en avant-première le futur train à hydrogène de la région Occitanie. Élus locaux, habitants et entreprises étaient réunis pour l'occasion, dans le cadre de la journée des mobilités décarbonées "Hydrogéniales".

Masquée par un drapeau aux couleurs de l'Occitanie, la maquette de ce futur train s'est dévoilée en milieu de matinée sous les yeux attentifs des personnes présentes réunis dans un chapiteau monté pour l'occasion, bien que le soleil soit au rendez-vous, comme un signe du destin. "La malédiction qui a touché notre territoire semble prendre fin", lâche non sans émotion le maire de la commune, Jean-Michel Palao.

Train à hydrogène

La maquette du futur train à hydrogène d'Occitanie a été dévoilée par son contructeur Alstom et le conseil régional, samedi 28 octobre (Crédits : Pierrick Merlet).

D'une couleur rouge pétante, et avec des portes jaunes, ce nouvel équipement ferroviaire est un nouveau départ pour ce territoire reculé, à une heure de la métropole toulousaine, chef-lieu de ce département.

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Un transfert de ligne décisif

Depuis de graves inondations dans le secteur en 2013, cette commune, comme d'autres, subit au quotidien la fermeture de la liaison ferroviaire entre Montréjeau et Luchon, trop endommagée par la catastrophe naturelle à l'époque. C'est notamment pour cette raison que le conseil régional d'Occitanie a bataillé durant de nombreuses années avec l'État et la SNCF pour récupérer la gestion de cette ligne ferroviaire. Ce qui est désormais officiel depuis quelques semaines seulement. "C'est une première en France", se félicite Carole Delga, la présidente socialiste de collectivité.

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Cet aspect juridique va surtout permettre au conseil régional, qui détient la compétence des transports et en particulier la gestion du réseau ferroviaire, de piloter en direct les travaux nécessaires à la réouverture de cette ligne tout en l'adaptant au futur train à hydrogène. Ils permettront dès lors à Loures-Barousse d'être à nouveau desservie par le train, d'où le soulagement affiché par le maire et ses habitants à la présentation de ce train, qui n'est encore qu'une maquette. Mais la trajectoire vers la mise en circulation de cette rame innovante semble (presque) tracée.

Pour ce petit tronçon ferroviaire, l'Occitanie prévoit un investissement de 67 millions d'euros pour remettre la ligne en l'état, pour un lancement des travaux dès le début de l'année 2022.

"La réouverture de cette ligne ferroviaire offre un avenir pour ce territoire, grâce à des travaux qui vont débuter dès début 2022 et dont la fin est prévue pour juin 2023. Ça sera la première ligne de France qui verra circuler un train à hydrogène", se félicite Carole Delga.

Néanmoins, au sein de ses équipes, quelques incertitudes demeurent sur la date de fin des travaux annoncée, assimilée à un "objectif très ambitieux". Mais cette étape est très importante car elle conditionnera par la suite la phase de tests, avant la mise en circulation commerciale. Un point sur lequel la nouvelle présidente des Régions de France - et actrice importante dans la route vers l'Élysée d'Anne Hildalgo - semble aussi en débat avec Alstom, le constructeur de ce train vert.

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2024 ou 2025 ?

Le constructeur français qui développe et produit ses systèmes de traction à hydrogène à Tarbes (Hautes-Pyrénées) juge la mise en service possible qu'en 2025, tandis que Carole Delga milite pour 2024. D'ailleurs, lors de la présentation de la maquette du train à hydrogène, l'élue régionale n'a pas manqué de taquiner publiquement sur le sujet les deux dirigeants d'Alstom présents.

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"Le processus de certification et d'homologation sera plus long que pour un train classique car nous sommes sur des technologies nouvelles. Mais les délais de mise en service sont quand même raisonnables", répond diplomatiquement Pierrick Guilloux, le directeur "green traction" chez Alstom.

Contrairement à l'Allemagne, qui a commandé des rames 100% hydrogène, les quatre régions de France qui ont commandé 14 rames (Occitanie, Grand Est, Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne Franche-Comté) ont opté pour une technologie bi-mode, à savoir électrique et hydrogène. Une technologie plus chère mais mieux adaptée au rail français. Si les conseils régionaux paieront la facture des rames, c'est bien le gouvernement qui réglera les 47 millions d'euros de R&D liés à cette adaptation face aux enjeux de souveraineté, sous forme de subventions aux collectivités.

"Les frais de reconception étaient conséquents... Par rapport au train à hydrogène allemand, nous réduisons la masse d'hydrogène stockée car nous avons moins de place, de par le choix technologique en bi-mode. Il fallait donc trouver un compromis technico-économique pour répondre aux besoins exprimés par les régions. Ainsi chaque rame (française) pourra contenir jusqu'à 160 kg d'hydrogène", détaille Pierrick Guilloux.

En fonction de nombreux paramètres, comme le nombre de démarrages et de freinages, le train à hydrogène français sera autonome sur 300 à 600 kilomètres, contre 1.000 pour le 100% hydrogène allemand.

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