Comment Airbus délocalise des postes de Toulouse vers le Portugal

Moins d'un an après la fin d'un plan social majeur, l'avionneur européen Airbus poursuit sa réorganisation avec la délocalisation de 311 postes, dont 122 à Toulouse, vers le sud de l'Europe. Pour les syndicats, ce sont principalement des raisons économiques qui motivent cette décision, la direction parle quant à elle "d'efficacité". Les explications.

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Plus d'une centaine de postes d'Airbus, aujourd'hui à Toulouse, vont être transférés au Portugal d'ici 2025.
Plus d'une centaine de postes d'Airbus, aujourd'hui à Toulouse, vont être transférés au Portugal d'ici 2025. (Crédits : Rémi Benoit)

C'est une nouvelle coupe dans les emplois de la filière aéronautique à Toulouse. Selon le décompte d'une source syndicale, Airbus s'apprête à transférer 311 postes vers le Portugal. Une douzaine concerne le Royaume-Uni, 71 l'Espagne, 106 l'Allemagne et 122 la France dont la totalité de ces derniers sont actuellement basés à Toulouse, en grande majorité au sein d'Airbus SAS et une infime partie chez Airbus Opérations.

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Le projet aurait été présenté en fin d'année 2021 aux équipes, avant de faire l'objet d'un vote auprès des instances représentatives du personnel en comité social et économique central (CSE-C) au début de l'année 2022. Si la CFTC a voté pour cette réorganisation et que Force ouvrière s'est abstenue, ce n'est pas le cas de la CGT ou de la CFDT qui se sont montrées défavorables au projet.

"L'aéronautique et le spatial sont les secteurs les plus dynamiques et les plus concurrentiels au monde, et Airbus doit améliorer sans cesse son efficacité pour préserver sa position de leader sur le marché", explique la direction d'Airbus, sollicitée par La Tribune.

Ces délocalisations de postes concernent en effet un profil particulier de salariés.

Pas de mobilité forcée

Cette réorganisation, révélée par Médiacités et que La Tribune est en mesure de confirmer, va principalement concerner les fonctions support de l'avionneur européen. Sur les 122 postes toulousains touchés par cette délocalisation, 96 ont un lien avec la finance et 26 des fonctions RH.

"Les emplois concernés sont globalement des métiers de comptabilité, de gestion de paie ou de gestion des primes", décrit Marc Baillion, délégué syndical CFDT chez Airbus S.A.S. "Il y a aussi des fonctions dans la communication et l'informatique qui sont impactées", complète Maxime Léonard, son homologue à la CGT.

Les syndicats regrettent que ce soit une nouvelle fois ces fonctions support et transverses qui soient touchées par des coupes dans leurs effectifs, après le passif des plans sociaux Odyssey (2020) et Gemini (2016) qui avaient mis fortement à contribution ces mêmes métiers. "Au sein des équipes, il y a une forme de lassitude voire un sentiment de trahison parfois face à l'accumulation des réorganisations", partage Maxime Léonard.

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Pour se concrétiser, les transferts de postes de Toulouse vers le Portugal et plus particulièrement Lisbonne devraient prendre deux à trois ans dans leur globalité, pour s'achever au plus tard en 2025. Selon les syndicats, la direction d'Airbus leur a assuré qu'il n'y aurait pas de mobilité forcée et cette même direction aurait promis des reconversions aux salariés.

"On garantit un avenir chez Airbus aux personnes concernées, mais on leur dit qu'il faut par contre changer de métier. Il y a eu par exemple des propositions de reconversion en tant que contrôleur qualité sur la future chaîne d'assemblage de l'A321 à Toulouse (...) C'est humainement inacceptable", réagit Marc Baillion.

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Auprès de La Tribune, la direction de l'avionneur européen tient à souligner qu'elle "n'a pas procédé à des suppressions d'emplois" et elle confirme sa volonté de redéployer dans ses services les forces humaines touchées par cette décision stratégique. "Les salariés occupant des postes liés aux activités transférées au Portugal seront redéployés dans d'autres fonctions ou services d'Airbus. Le transfert d'activité est prévu à compter de 2023. Les redéploiements internes permettront d'assurer la transition et l'évolution des salariés. Airbus prévoit de les accompagner dans l'évaluation de leurs compétences individuelles et par des formations afin de faciliter ces redéploiements internes. Ces mesures font partie de plans détaillés actuellement examinés avec les partenaires sociaux", détaille le groupe industriel.

Des raisons économiques derrière ce choix ?

Mais pourquoi envoyer 311 postes, actuellement basés en France, en Allemagne, en Espagne et au Royaume-Uni vers le Portugal ?

"Ces services de soutien étaient hébergés dans différents sites. Il est apparu nécessaire de créer pour Airbus un nouveau Global Business Service spécialisé. Ce centre d'expertise permet de mutualiser les activités transactionnelles avec un vivier de spécialistes qui soutiennent les fonctions d'Airbus, comme notamment certains services administratifs RH, des activités comptables, ou de reporting. Au terme d'une analyse approfondie, Lisbonne (Portugal) est apparue comme le 'hotspot' européen qui remplit toutes les conditions requises : disponibilité des experts/talents, présence locale d'un secteur d'activité dédié aux 'global business services', environnement de travail favorable, facile d'accès, attractif, stable et compatible avec le RGPD", justifie l'avionneur européen.

Pour être complet, il faut savoir qu'Airbus a ouvert il y a déjà un peu plus d'un an dans le pays d'Europe du Sud cette filiale du nom d'Airbus Global Business Services (GBS).

"Au départ, cette nouvelle entité devait héberger uniquement les services transverses de l'avionneur Bombardier dont Airbus a pris le contrôle il y a quelques années. Ces fonctions étaient étalées un peu partout en Amérique du Sud, l'idée a donc été de les centraliser dans cette nouvelle filiale. Désormais, la direction veut élargir l'expérimentation aux services transverses d'Airbus en Europe, ce qui a amené à cette décision de transfert des postes", regrette le délégué syndical de la CFDT. "La direction met en avant qu'il y a une certaine spécialité du Portugal sur ces fonctions et que cela reste malgré tout un investissement en Europe avec l'intention de créer un cinquième natco (pays central/majeur pour un groupe, ndlr) avec la France, l'Allemagne, l'Espagne et le Royaume-Uni", complète son confrère de la CGT.

Mais pour les syndicats, cette délocalisation aurait avant tout des motivations économiques afin de réduire les coûts. Par rapport aux quatre pays qui vont voir des postes transférés vers le Portugal, le coût du travail est bien plus important que dans ce dernier où le salaire minimum est fixé à 822,5 euros bruts mensuels.

"Airbus est une entreprise qui vit dans le court-terme sur le plan économique depuis quelques années. Pour nous, c'est uniquement une réduction des coûts à travers des emplois low-cost", juge Maxime Léonard.

À terme, la filiale GBS d'Airbus au Portugal devrait compter 800 salariés selon les syndicats. Une partie va être apportée par des internalisations de postes en rapatriant des missions effectuées auparavant chez des sous-traitants au Canada et aux États-Unis, sans oublier les 311 postes délocalisés à Lisbonne auxquels il faudra ajouter des créations de postes sur place.

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