Vêtus de noir, commerçants et entrepreneurs simulent leur mort à Toulouse. Reportage

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Un millier de chefs d'entreprise de secteurs jugés 'non-essentiels' se sont réunis à Toulouse le 6 novembre, pour témoigner de leur mécontentement contre les mesures prises par le gouvernement.
Un millier de chefs d'entreprise de secteurs jugés 'non-essentiels' se sont réunis à Toulouse le 6 novembre, pour témoigner de leur mécontentement contre les mesures prises par le gouvernement. (Crédits : Rémi Benoit)
Près d’un millier de patrons se sont réunis à Toulouse ce vendredi 6 novembre. Tous sont concernés par la fermeture administrative de leurs établissements, rendue obligatoire par le gouvernement afin d’endiguer la propagation de la Covid-19. Cette situation laisse leurs business dans une santé financière critique. C’est d’ailleurs pour ne pas avoir à mettre la clé sous la porte qu’ils ont réalisé un 'die-in' sur la place du Capitole, sous une forme artistique. Reportage de l'intérieur, photos à l'appui.

"Gouvernement, vous nous fermez, vous devez payer !", tel est le message qu'un millier de chefs d'entreprise a tenu à faire passer ce vendredi 6 novembre. Ils sont venus d'univers différents : le sport, l'évènementiel, la restauration ou encore les commerces de proximité, comme les librairies et les coiffeurs. Cependant, si tous étaient différents, ils ne faisaient qu'un par leur tenue vestiaire de couleur noire, le dress code de cette mobilisation inédite et remarquée.

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Tout en respectant les mesures barrières, ils se sont écroulés place du Capitole, un par un, passant pour mort et ne laissant que la voix d'Omar Hasan (ex-joueur de rugby devenu baryton) et les tambours résonner dans un centre-ville toulousain confiné.

Manifestation CPME

Les manifestants étaient allongés sur le sol, pendant que la voix d'opéra d'Omar Hasan résonnait dans une place du Capitole qui sonnait creux (Crédits : Rémi Benoit).

"Nous sommes dans une région taurine, explique Samuel Cette, le président de la Confédération des petites et moyennes entreprise de Haute Garonne (CPME31). Par cet accompagnement musical, nous avons voulu faire la métaphore de notre situation avec la corrida. Le message à faire passer est que l'État vient attenter à la vie du taureau que nous représentons. Dans certains cas cependant, la bête ne meurt pas, et elle est récompensée pour sa résilience et sa capacité à survivre."

Manifestation CPME

Le président de la CPME Occitanie, Samuel Cette, veut interpeller le monde politique avec sa mobilisation inédite (Crédits : Rémi Benoit).

Des aides en trompe-l'œil selon eux

Si ces patrons s'estiment en train de mourir c'est que tous leurs établissements sont actuellement fermés par le gouvernement afin de limiter la propagation de la Covid-19. Les aides actuellement en place pour aider ces entreprises sont considérées comme "insuffisantes" voire "inexistantes" selon eux.

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"Le gouvernement considère que les activités non-essentielles doivent être fermées. Dans ce cas, il semble logique que l'État, étant son propre assureur, rembourse l'intégralité des pertes des entreprises", clame Samuel Cette. "Les aides de 1500 euros ne couvrent même pas le budget du papier toilettes. C'est en total décalage avec nos coûts fixes. Désormais, pour toucher une aide jusqu'à 10 000 euros, il faut présenter une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 %. Mais une entreprise peut très bien être en danger avec un pourcentage de perte inférieur."

Manifestation CPME

Près de 1 000 personnes se sont rassemblées sur la place du Capitole, tout en respectant les gestes barrières (Crédits : Rémi Benoit).

Autre mécanisme mis à disposition des sociétés, les Prêts garantis par l'État (PGE) sont également très décriés au sein du cortège. "Le PGE est un crédit. C'est donc un endettement qu'on nous propose pour sortir de la crise. Il faudra bien le rembourser un jour", peste Benjamin Serra, le patron du restaurant Prima Fabbrica dans la Ville rose.

De plus, les moyens actuels permettant à certains de conserver une part d'activité ne seraient pas viables. Beaucoup de restaurants pratiquent par exemple la vente à emporter ou certains commerces de proximité font du click & collect (achat en ligne puis retrait en boutique, ndlr).

"Nous ne gagnons pas d'argent avec la vente à emporter. Cela couvre à peine les frais du personnel. En moyenne, la marge dans la restauration est de 40 % sur une commande. Et encore, nous laissons 30 % de ce chiffre pour les services de livraison. Il reste juste de quoi payer l'électricité et les cuisiniers qui ont travaillé le jour même", poursuit le restaurateur entre deux chorégraphies.

Manifestation CPME

Le président de l'association des commerçants de Croix-Baragnon à Toulouse, Jonnhy Dunal, et désormais élu dans la majorité au conseil municipal était aussi présent (Crédits : Rémi Benoit).

Ils craignent des fermetures définitives

Sans un soutien plus important de la part du gouvernement, certaines sociétés craignent de devoir mettre la clé sous la porte dans les prochains mois. Dans d'autres secteurs, le chômage a déjà pointé le bout de son nez.

"Sur Toulouse, nous étions 9 000 à travailler dans l'évènementiel avant la crise, compte Steve Gallais, directeur de l'agence VeryWell. Les 6 000 contrats précaires sont bien entendu déjà sans emploi. De plus, 910 personnes possédant un contrat de long-terme sont eux aussi actuellement au chômage".

manifestation CPME

Ils ont simulé leur mort pendant 30 minutes (Crédits : Rémi Benoit).

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Récemment dans les colonnes de La Tribune, les restaurateurs et les librairies exprimaient également leurs inquiétudes autour de la disparition d'emplois voire d'entreprises. Un sentiment partagé dans de nombreux autres secteurs comme les coiffeurs, l'événementiel ou le sport. Le gérant de salles de musculation Full Fitness, Miguel Mestre, fait partie des concernés et pour cette raison il a voulu faire entendre sa colère pendant une heure au milieu des autres entrepreneurs toulousains.

manifestation CPME

Un orchestre rythmait la mobilisation spectaculaire du jour (Crédits : Rémi Benoit).

"En sortie du premier confinement, on a perdu 40 % de notre clientèle. Malgré cela, nous avons dû faire des investissements pour reprendre le travail alors que la trésorerie était à 0. Nous avons réussi à signer un peu de monde à la rentrée mais la seconde fermeture nous a assassiné. Chaque année, une salle de sport fonctionne avec 50 % de renouvellements. Or, personne n'a renouvelé cette année. Nous perdons donc constamment des clients. La situation devient donc très compliquée sachant que nous avons nos loyers à payer en intégralité et que l'État ne veut pas se mêler des contrats de bail. Il va pourtant falloir trouver une solution et vite".

Sous peine de voir un tissu économique de proximité se réduire comme peau de chagrin.

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Commentaires
a écrit le 08/11/2020 à 17:14 :
Ce n'était pas un événement de chefs d'entreprises, mais une alerte de tous les métiers dont la mort est annoncée. Il y avait donc des chefs d'entreprises, mais aussi et en grand nombre des salariés, des indépendants, des intermittents,... Ce sont des filières entières qui sont en danger ! Et ce n'est pas un événement de patrons !!!
a écrit le 08/11/2020 à 8:32 :
Mais c'est pas grave voyons tout ça ! Regardez plutôt le spectacle des élections américaines ! Ya du bruit, ya des couleurs, ya de la lumière, ya des hurlements, ça bouge de partout ! C'est génial non !?
a écrit le 07/11/2020 à 17:32 :
Voilà ce qui arrive lorsqu'on vote pour un gouvernement minoritaire à l'échelle d'un pays.
a écrit le 07/11/2020 à 16:33 :
Les pleureuses de l'import de babioles chinoises qui profitent de l'écart des monnaies euro/remindbi ! Du travail des enfants du Bangladesh !

Des boutiquiers aurait dit le général !

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