Dans le sud-ouest, Tut Tut vient au secours des distributeurs pour accélérer la livraison à domicile

L’application Tut Tut met en relation des particuliers qui souhaitent arrondir leurs fins de mois avec d’autres utilisateurs du service qui veulent se faire livrer à domicile. Dans le nord-ouest, le concept a autant séduit les consommateurs que les distributeurs. La startup, surnommée « le BlaBlaCar de la livraison », cible désormais le sud-ouest.

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La startup Tut Tut devrait accroître sa présence dans le sud-ouest au cours des prochains mois.
La startup Tut Tut devrait accroître sa présence dans le sud-ouest au cours des prochains mois. (Crédits : Facebook Tut Tut)

"Tut Tut est une application qui permets de faire du covoiturage de colis. Notre objectif n'est donc pas de créer une flotte de livraison, mais d'utiliser des véhicules qui sont déjà en service. Cela vaut pour les deux roues, les trotinettes, la voiture ou encore le fourgon. Cela permets de livrer aussi bien un frigo qu'un trousseau de clés oublié au bureau. Nous voulons nous appuyer sur les trajets quotidiens pour développer l'économie locale", présente à La Tribune Virginie Personne, responsable marketing et communication de Tut Tut.

De nos jours, la livraison du dernier kilomètre est un enjeu de taille pour tout distributeur ou transporteur. L'augmentation du nombre de colis en circulation nécessite effectivement d'adapter les services logistiques des entreprises. Une problématique qui concerne indirectement les métropoles.

Dans la Ville rose, quartier Fondeyre, Toulouse Métropole a par exemple présenté en décembre 2021 une plateforme logistique urbaine de 20.000 m2 afin de concentrer les flux en un seul point. En conséquence, de nombreuses sociétés cherchent à simplifier et à verdir la dernière étape, cruciale, du parcours de la livraison à domicile.

Parmi elles, la startup Toulousaine Zecombi et son véhicule utilitaire électrique, ou encore le service AppliColis avec ses livraisons éthiques en vélo-cargo. Des solutions innovantes qui restent néanmoins destinées aux professionnels. La pépite avignonnaise Tut Tut propose en ce sens une solution différente, puisque c'est d'abord un service collaboratif entre particuliers. Plus précisément, il permet de se faire livrer (ou de livrer) des colis dans la journée, sept jours sur sept, jusqu'à 30 kilomètres.

« Un service social et collaboratif »

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L'application Tut Tut est disponible sur Android et iOS (Crédits : Tut Tut).

Juridiquement, l'entreprise est une plateforme de mise en relation entre particuliers. Elle vise à accélérer la livraison à domicile en rentabilisant les trajets du quotidien. Concrètement, tout citoyen peut s'inscrire en tant que coursier, et aller chercher puis déposer un colis pour un autre utilisateur de l'application, contre une compensation financière.

S'ils ne sont ni salariés, ni autoentrepreneurs, c'est parce qu'ils exercent une activité de cotransportage, comme le définit la loi mobilité de 2019 et son décret du code transportage. En conséquence, Tut tut n'est pas soumise à la même réglementation que les services de livraison de repas à domicile.

"C'est un décret qui indique que toutes les personnes qui font du cotransportage peuvent exercer cette activité, qui fait partie de l'économie collaborative, à hauteur de 3.000 euros par an sans être imposé dessus. Donc nous sommes vraiment sur un complément d'activité", explique la responsable communication de la jeune pousse.

Devenir coursier n'aura donc jamais été aussi simple, et cela se ressent dans le 'recrutement' réalisé par l'entreprise en seulement un an. Près de 22.000 citoyens se sont effectivement déjà inscrits sur l'application pour exercer cette mission. Leur profil est celui de jeunes urbains ayants entre 20 et 30 ans, majoritairement des hommes, mais il évolue avec l'inflation.

"Nous avons des mères de famille qui nous ont rejoints pour arrondir les fins de mois, des retraités... Nous entrons vraiment dans ce système d'entraide, et pas d'ubérisation", se réjouit la représentante de Tut Tut.

Une précision liée aux reproches pouvant être formulés contre l'entreprise. Son statut de plateforme de mise en relation lui permets effectivement de ne pas prendre en charge la responsabilité du colis en cas de dommages. "Le client devra se retourner contre le coursier", confirme Virginie Personne. Pour éviter les désillusions, une assurance facultative moyennant paiement sera bientôt proposée sur l'application. Elle existe déjà avec les distributeurs, et couvre les dégâts à hauteur de 2.000 euros.

Ce modèle, qui prête parfois à débats, offre à l'entreprise l'avantage d'éviter les taxes de transport auxquelles sont soumis les transporteurs professionnels.

« Nous voulons palier les transporteurs externes »

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Avec Tut Tut, la grande distribution s'offre l'opportunité de réduire ses coûts (Crédits : Ismael Paramo / Unsplash).

En conséquence, le prix payé par le consommateur est réduit de 30 à 50 % par rapport à un transporteur classique. Sur ce tarif, la startup prend 30 % de commission, tandis que le coursier touche 70 % du prix de la course HT. Un modèle qui séduit autant les consommateurs que la grande distribution, qui y a décelé une opportunité.

Dans l'alimentaire, les géants Carrefour, Intermarché ou encore Auchan ont sauté le pas Tut Tut, bien que les accords soient régionaux ou directs. Même constat dans le non-alimentaire avec Électro Dépôt, Centrakor ou Conforama. Tous se laissent convaincre par les économies de coût réalisées, la livraison accélérée pour leurs clients, et par l'argument environnemental.

"Les camions des distributeurs tournent souvent à vide. Beaucoup d'entre-eux se séparent donc de ce modèle où ils effectuaient eux-même la livraison. Déléguer cette mission, c'est un moyen d'augmenter le panier du client, et de libérer du personnel pour d'autres tâches. La livraison de proximité est un enjeu 2022-2023 très important pour eux. Nous arrivons en adéquation, puisqu'en plus d'avoir des valeurs locales et sociales, nous sommes aussi éco-responsable. Forcément, cela entre dans leur démarche de RSE", fait savoir la responsable marketing.

Résultat : plus de 500 points de vente proposent désormais la livraison par la startup partout en France. Pour assurer une qualité de service irréprochable, la société estime avoir besoin de dix fois plus de coursiers que de livraisons effectuées. Sa communauté de livreurs étant ce qu'elle est, Tut Tut n'a aucun mal à se développer à vitesse grand V. Son fondateur explique d'ailleurs que les objectifs que la société se fixait sur trois à quatre années ont été atteints en un an.

Dans le sud-ouest, les coursiers sont déjà suffisamment nombreux pour permettre d'assurer des livraisons dans des territoires ruraux, comme dans le département du Gers, alors que le service n'en est qu'à ses débuts.

Le Sud-Ouest dans le viseur

Pour autant, l'entreprise vise d'abord les villes moyennes, son coeur de cible étant composé d'urbains CSP+.

"Nous travaillons en ce moment sur le développement de notre offre sur l'axe sud reliant Toulouse à Bordeaux. En ville comme à la campagne, si l'on a des coursiers, nous faisons tout pour que Tut Tut puisse y être disponible", poursuit-elle.

En Haute-Garonne, la startup indique qu'elle compte déjà dans ses rangs près de 3.900 coursiers. Trois magasins de l'enseigne Intermarché proposent le service, et un quatrième devrait bientôt s'y ajouter. Les Carrefour de Pechbonnieu et Cornebarrieu mènent des discussions avec la société du sud-est.

Si l'offre de distributeurs reste donc pour l'heure limitée dans le département, un coup d'accélérateur devrait être donné cette année après que le service ce soit assuré de son bon fonctionnement en terres occitanes. « Nous avons à peine un an, nous testons le service au cas par cas. Les distributeurs nous testent, mais nous nous testons aussi », conclut la responsable marketing et communication.

À savoir


  • Tut Tut a été fondée à Avignon en mai 2021 par Vincent Chabbert. Son principal concurrent, Shopopop, exerce une activité similaire depuis 2015.

  • La startup a levé 800.000 euros en octobre dernier, et réalise une autre opération du même type actuellement. N'étant pas encore clôturée, la startup ne souhaite pas communiquer publiquement son chiffre d'affaires de l'année 2021.

  • L'entreprise a par ailleurs mis au point un algorithme qui réparti équitablement les courses proposées aux coursiers, pour permettre à un maximum d'entre eux de pouvoir livrer.

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