U-Space planche sur un nanosatellite en orbite basse pour surveiller l'espace

Spin-off de l'Isae-Supaero, la startup U-Space veut s'imposer dans le marché très concurrentiel des nanosatellites. La jeune société s'est déjà vu confier la fabrication du démonstrateur Ness pour le Cnes et d'un cubesat pour l'Onera. Elle étudie également la conception d'un nanosatellite en orbite basse pour le ministère des Armées. Pour industrialiser sa production, U-Space est à la recherche d'un partenaire et compte réaliser une levée de fonds courant 2022.

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U-Space s'est vu confier par le Cnes la conception du nanosatellite Ness pour assurer une surveillance planétaire du spectre radiofréquence.
U-Space s'est vu confier par le Cnes la conception du nanosatellite Ness pour assurer une surveillance planétaire du spectre radiofréquence. (Crédits : U-Space / Prodigima - Frederic Maligne)

Jamais le marché des constellations de satellites n'avait autant aiguisé les appétits. À Toulouse, capitale historique du spatial européen, certains se lancent sur ce segment dès leur sortie d'études. C'est ce qui est arrivé à Fabien Apper. Diplômé de l'Isae-Supaero, il est encore étudiant lorsqu'il commence à travailler sur l'ingénierie d'Eyesat, un nanosatellite de démonstration développé par le Cnes. L'ingénieur fait la rencontre d'Antoine Ressouche (passé par l'Enac) et de Nicolas Humeau (ancien de l'école des Mines).

Des satellites miniatures à prix cassés

Ensemble, ils fondent en 2018 la startup U-Space avec l'ambition de devenir un maître d'oeuvre de nanosatellites à prix cassés.

"Il existe une demande de plus en plus forte pour les constellations de nanosatellites. Ces satellites miniaturisés sont moins chers à lancer pour une couverture plus importante. Aujourd'hui, un cubesat 3U (autrement dit qui fait 10cmX10cmX30cm) coûte à l'unité moins d'un million d'euros, donc beaucoup moins onéreux qu'un satellite classique. À terme, nous aimerions réduire drastiquement ce coût à l'unité grâce à une production en gros volumes. Par ailleurs, nous offrons des temps de conception très rapides, de l'ordre de deux ans", indique Fabien Apper.

Fin 2019, la jeune société, qui est une spin-off de l'Isae-Supaéro, remporte son premier contrat avec la conception et la fabrication du satellite Ness pour le Cnes. Ce projet de démonstrateur 3U est destiné à assurer une surveillance planétaire du spectre radiofréquence et d'analyser les sources de brouillage. "Il s'agit pour nous d'un projet conséquent qui s'étale sur 18 mois. Nous sommes actuellement entrés dans les travaux d'assemblage du modèle de vol que nous prévoyons de livrer à la fin de l'année pour un lancement prévu au deuxième semestre 2022", précise le dirigeant.

Début 2021, la jeune société remporte un deuxième contrat de production pour le compte de l'Onera, le centre français de recherche aérospatiale, pour qui elle va concevoir et fabriquer Crème, un nanosatellite 3U pour une mission scientifique de surveillance des ceintures de radiation. Sa mise en orbite est escomptée fin 2023 ou début 2024.

Des études pour un nanosatellite de spatial militaire

Mais au-delà de cette offre de construction pure, U-Space a également déjà décroché une dizaine de contrats pour mener des études préalables pour des acteurs du secteur privé et public (ministère des Armées). La société étudie notamment la pertinence d'un nanosatellite en orbite basse pour surveiller l'espace, à la demande du Commandement de l'espace. Installé depuis 2019 à Toulouse, le Commandement de l'espace a pour mission de protéger les satellites les plus précieux de la France de manoeuvres inamicales de puissances étrangères ou de risques de collisions avec des débris spatiaux.

"Nous travaillons sur le concept de missions de surveillance de l'espace depuis l'orbite basse avec un nanosatellite 6U (10cmX20cmX30cm) pour une mission de démonstration. Il s'agirait d'un précurseur mais à terme on pourrait imaginer une constellation d'une dizaine ou d'une vingtaine de nanosatellites qui surveillent en permanence l'espace", ajoute Fabien Apper.

En parallèle, la France a également lancé des travaux, confiés à la société toulousaine Hemeria, sur un système spatial baptisé Yoda, prévu pour la fin de la décennie, chargé de patrouiller dans l'espace immédiat des satellites de télécommunication militaires en orbite géostationnaire, comme le rappelait le porte-parole du ministère des Armées Hervé Grandjean récemment à La Tribune.

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Accord avec un industriel en vue

Par ailleurs, U-Space est également sollicité par de nouveaux entrants dans le secteur spatial pour réaliser les opérations en vol de satellites. La startup affiche l'ambition d'avoir produit une constellation d'au moins une vingtaine de nanosatellites à l'horizon 2025 et de se doter d'un outil industriel capable d'atteindre une cadence de production de 300 satellites par an. Un pas de géant que l'entreprise compte franchir en s'adossant à un industriel.

"Nous recherchons à nous associer avec un partenaire qui a déjà les compétences en la matière et il ne s'agira pas forcément d'un acteur issu de l'industrie spatiale. Nous étudions des collaborations avec l'industrie automobile ou aéronautique pour la production de nano satellites. U-Space se concentrerait alors sur son coeur de métier qui est la conception des satellites", décrit le cofondateur de la société.

U-Space espère trouver ce partenaire d'ici fin 2021 et envisage une levée de fonds "de plusieurs millions d'euros" courant 2022. Installée depuis 2019 dans le District, l'accélérateur du pôle de compétitivité Aerospace Valley au coeur du B612, la jeune pousse compte une quinzaine de collaborateurs. Elle prévoit une dizaine d'embauches sur un an, quelques profils ingénieurs mais également des commerciaux et des fonctions support (communication, ressources humaines).

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