Spatial militaire : "La France se défendra activement si jamais elle est attaquée" (Hervé Grandjean)

ENTRETIEN. Montée en puissance du Commandement de l'espace à Toulouse, arrivée du centre d'excellence de l'OTAN, développement de nanosatellites patrouilleurs... le porte-parole du ministère des Armées Hervé Grandjean est revenu sur la stratégie française en matière de spatial militaire à l'occasion du Space forum organisé par La Tribune ce jeudi 10 juin à Toulouse.

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Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées était à Toulouse pour le Space Forum organisé par La Tribune.
Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées était à Toulouse pour le Space Forum organisé par La Tribune. (Crédits : Rémi Benoit)

LA TRIBUNE - La guerre des étoiles, aujourd'hui ce n'est plus de la science fiction. Pouvez-vous faire un point sur l'état des menaces et la doctrine de la France en matière de spatial militaire ?

HERVÉ GRANDJEAN - En avril 2018, nous avons réalisé des frappes contre des usines chimiques de Bachar el-Assad à Damas et à Homs. Une telle opération n'aurait pas pu se dérouler sans des capacités spatiales en amont de la frappe. Il faut du renseignement avec nos satellites d'imagerie, nous prenons des images des lieux où se tiendront les frappes pendant le raid aérien auquel dix Rafale participent. Il existe donc un besoin impérieux de spatial pour mener des opérations militaires.

Concernant les menaces, nous avions décidé de rendre public cette manœuvre inamicale d'un satellite russe en 2017 qui s'était approché d'un peu trop près d'un satellite franco italien de télécommunications qui s'appelait Athéna Fidus. Rendre public cette manoeuvre était une manière de sensibiliser finalement sur les menaces dans l'espace. Au-delà de l'aspect strictement militaire, nous avons besoin de cartographier précisément ce qui se passe dans l'espace pour éviter que nos capacités militaires soient affectées. Il existe un enjeu grandissant autour des débris. On recense 500.000 débris d'un à dix centimètres dans l'espace. Ces derniers peuvent résulter d'ailleurs de tirs anti-satellites. Plusieurs pays à l'image de l'Inde (qui a détruit un de ses propres satellites, ndlr), la Russie, la Chine ont réalisé ce type d'essais.

Face à ces menaces, il était nécessaire d'agir et c'est tout le sens de la stratégie spatiale de défense qui a été présenté en 2019 au président de la République. La stratégie française repose sur deux piliers essentiels. D'une part, très bien surveiller l'espace, encore mieux que ce que nous faisons aujourd'hui. Nous disposons déjà de capacités propres pour surveiller l'espace : les radars de l'Onera, ArianeGroup met à notre disposition un réseau de télescopes, Safran Data Systems nous permet de capter des signaux de radiofréquence et donc de suivre certains satellites. Pour aller plus loin et se défendre activement, plusieurs projets ont été lancés : le nanosatellite Yoda développé avec Hemeria, le déploiement de petites caméras sur nos prochains satellites de télécommunication Syracuse 4 pour détecter plus avant l'arrivée d'une menace. Et puis, le développement de lasers de puissance.

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Concernant la doctrine, nous assumons de nous défendre activement si jamais nous sommes attaqués. Oui, l'espace est une zone qui a vocation à rester pacifique. Le traité de l'espace le mentionne. Pour autant, la Charte des Nations unies indique que si un pays est attaqué, il a le droit de se défendre et c'est ce à quoi nous nous préparons. Enfin, sur le plan financier, la loi de programmation militaire prévoyait un budget de 3,6 milliards d'euros, essentiellement pour renouveler toutes nos capacités satellitaires imagerie, télécommunications, renseignement électromagnétique. Nous avons rajouté une enveloppe de 700 millions d'euros pour déployer toutes ces nouvelles activités.

Contrairement à d'autres pays, la France n'envisage pas de détruire des satellites ennemis. Quelles sont les alternatives ?

Détruire de manière cinétique et mécanique des satellites serait générateur de débris, donc nous nous y opposons. Par contre, il est possible de gêner des satellites qui voudraient nous brouiller, nous leurrer et nous empêcher d'accomplir nos missions. Avec le projet Yoda, nous voulons déployer des nanosatellites chargés de patrouiller dans l'espace immédiat autour de nos grands satellites les plus précieux, comme par exemple nos satellites de télécommunication en orbite géostationnaire. Ils seront là pour alerter mais nous n'excluons pas de déployer des capacités de gêne vis-à-vis de satellites ennemis qui s'approcheraient un peu trop près. Le premier démonstrateur Yoda devrait être lancé en orbite en 2023 et une entrée en pleine capacité d'ici 2030.

Pour préparer les missions de spatial militaire, Toulouse accueille depuis 2019 le Commandement de l'espace. Quelles sont les prochaines grandes étapes à venir de son développement ?

La décision a été prise au mois de septembre 2019 d'implanter le commandement de l'espace à Toulouse. Le CDE compte aujourd'hui 30 personnes qui sont insérées au sein du Centre spatial toulousain. Les futurs opérateurs militaires qui piloteront nos satellites d'observation, notamment CSO, sont formés par le Cnes. Nous sommes en train de former huit opérateurs complémentaires pour Cérès, nos satellites d'écoute électromagnétique. De 30 personnes aujourd'hui, nous allons passer à peu près à 70 cet été. Et puis, on arrivera en 2025 sur un volume à peu près de 450 personnes à Toulouse, à la fois pour la partie commandement de l'espace et à la fois pour ce fameux centre d'excellence de l'OTAN qui a été annoncé en début d'année et qui va s'implanter à Toulouse.

Le Commandement de l'espace a réalisé un premier exercice en mars dernier baptisé AsterX. Quel type de manoeuvres ont été déployées ?

 Pendant quatre jours pleins, 60 militaires du Commandement de l'espace ont été mobilisés au Centre spatial toulousain en liaison avec toutes les autres entités du ministère des Armées. Nous avons simulé en accéléré l'équivalent de quatre semaines d'activités spatiales avec 10.000 objets spatiaux et 18 évènements. Parmi ces menaces, il y avait des rendez-vous un peu inamicaux mais également des rentrées dans l'atmosphère. Récemment, les débris d'une fusée chinoise sont revenus sur Terre, nous surveillons de très près ce type d'événements. Des aléas de météo solaire ont également été simulés comme des éruptions solaires qui perturbent la tenue de nos opérations. Ce sont tous ces phénomènes qui ont été simulés et ensuite nous avons simulé des mouvements de nos satellites, des reconfigurations, des bascules sur d'autres moyens pour continuer nos opérations. Le président de la République et les ministres sont venus voir la tenue de cet exercice historique à Toulouse.

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 Vous l'avez évoqué, l'autre bonne nouvelle pour Toulouse avec l'arrivée de ce centre d'excellence de l'OTAN dédié aux opérations spatiales. En quoi cette structure peut soutenir le développement de la vision française en matière de spatial militaire ?

L'OTAN disposait déjà d'une cinquantaine de centres à travers le monde dans le domaine du combat terrestre, du combat aérien, du combat maritime, du combat cyber. Mais, il y a deux ans, l'OTAN a déclaré le spatial comme un milieu de conflictualité sur lequel il fallait se pencher très sérieusement. Et Toulouse a remporté le premier centre d'excellence de l'OTAN dédié aux opérations spatiales, face à un site allemand.

Ce centre d'excellence démarre concrètement à l'été. Il aura sa pleine capacité en 2025 avec 42 personnes, deux tiers de militaires français et un tiers de militaires membres de pays alliés de l'OTAN. Ce centre servira à apporter de la transversalité entre les différentes agences spatiales militaires des pays de l'OTAN. Concrètement, nous faisons du retour d'expérience sur des situations rencontrées par les membres de l'OTAN, nous pensons à des exercices, nous pensons des doctrines, des modes opératoires et des processus communs. L'idée, c'est que tous nos matériels et nos militaires puissent se parler les uns avec les autres. Le fait que ce centre d'excellence soit localisé avec le Commandement de l'espace et avec le Cnes évidemment cela crée un véritable écosystème spatial militaire extrêmement puissant à Toulouse.

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Commentaires 2
à écrit le 11/06/2021 à 0:23
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Space forum ,Commandement de l'espace ,président de l'espace ,le stellarque du vide cosmique ,ou le grenelle de l'univers , la commissions du système solaire , les ministres de la voie lactée , les députées de la matière noire transdimentionnelles .....

le 11/06/2021 à 10:22
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@Nexus Bof ! Pas envie de vivre, travailler dans et pour un jeu vidéo réel qui pourrait bien finir en apocalypse. Je vais aller regarder mes abeilles et mes fleurs pendant qu'il est encore temps. ( Pour les abeilles, faut se dépêcher, le futur ne l...

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