Aéroport de Toulouse : un changement d'actionnaire et des questions

 |   |  966  mots
L'aéroport de Toulouse va changer d'actionnaire dans les prochains mois.
L'aéroport de Toulouse va changer d'actionnaire dans les prochains mois. (Crédits : Rémi Benoit)
Alors que le groupe de BTP Eiffage a désormais le champ libre pour racheter les parts de l'actionnaire chinois Casil Europe dans l'aéroport de Toulouse, plusieurs questions restent en suspens. Quel sera le montant de l'opération ? Quel impact engendré par ce changement d'actionnaire dans la gouvernance et sur la question des dividendes ? Et quid du pacte d'actionnaires ? Premiers éléments de réponse.

"La décision du Conseil d'État offre de la perspective pour l'aéroport de Toulouse. Casil Europe va pouvoir poursuivre les négociations pour revendre ses parts à Eiffage. L'Aéroport Toulouse-Blagnac (ATB) souhaite que cela se concrétise le plus vite possible", a réagi mardi 15 octobre Philippe Crébassa, le président du directoire d'ATB.

Le 9 octobre dernier, la plus haute des juridictions de l'ordre administratif a définitivement validé la procédure de cession des 49,99% des parts de l'État à la société d'actionnaires chinois Casil Europe datant de 2015. Mais alors que l'arrivée d'Eiffage se profile, plusieurs questions restent en suspens.

Lire aussi : Aéroport de Toulouse : le Chinois Casil Europe choisit le Français Eiffage pour vendre ses parts

Quelle plus-value pour Casil Europe ?

Casil Europe a racheté les parts de l'État pour 308 millions d'euros en 2015. En janvier, lorsque la société d'actionnaires chinois a fait savoir son souhait de quitter l'actionnariat de l'aéroport, elle espérait, d'après nos informations, des offres de rachat au-delà de 500 millions d'euros, soit une plus-value de près de 200 millions d'euros quatre ans après son arrivée. Mais rien ne dit qu'Eiffage sera prêt à valoriser aussi haut l'aéroport.

"Les négociations vont se poursuivre dans les prochaines semaines. Une fois un accord trouvé, il faudra encore l'aval de la DGAC et de l'Autorité de la concurrence sur l'opération. Nous espérons avoir leur retour avant la fin de l'année 2019", indique à La Tribune l'entourage de Casil Europe.

Quel impact sur les dividendes ?

En attendant la finalisation des négociations entre Casil Europe et Eiffage, le président du directoire de l'aéroport Philippe Crébassa, a annoncé que "la prochaine assemblée générale des actionnaires est fixée au 5 novembre". La précédente, prévue début juin, avait été suspendue par le Tribunal de commerce de Toulouse, sur demande des actionnaires locaux, dans l'attente de la décision du Conseil d'État. L'ordre du jour de cette assemblée n'est pas encore défini mais plusieurs sujets urgents restent à trancher. L'aéroport n'a notamment pas pu boucler l'exercice comptable de l'année 2018.

Surtout, les actionnaires vont devoir s'accorder sur la question des dividendes. Jusqu'à l'arrivée de Casil Europe, l'aéroport de Toulouse avait une gestion "de bon père de famille", accumulant des réserves financières. Mais Mike Poon, le président de Casil Europe, a martelé son envie de recevoir "un retour sur investissement équilibré" sous forme de dividendes. Après avoir pioché en 2016 dans les réserves de l'aéroport, les actionnaires ont signé en décembre 2018 un accord pour reverser pendant cinq ans, l'intégralité du résultat net sous forme de dividendes (ce dernier a atteint 14 millions d'euros en 2017). Mais ça, c'était avant d'apprendre par la presse mi-janvier l'intention de Casil Europe de revendre ses parts.

"Cela change complètement la donne et cet engagement qui était prévu sur cinq ans n'a plus lieu d'être", estime Bernard Keller, vice-président de la Métropole et qui siège à ce titre au conseil de surveillance de l'aéroport.

Pour autant, les actionnaires locaux (40% des parts de l'aéroport sont détenues par la CCI, Toulouse Métropole, le Conseil départemental et la Région Occitanie) n'ont pas encore décidé s'ils allaient demander dès le 5 novembre la suppression de cet accord sur le versement de l'intégralité du résultat sous forme de dividendes.

Il faut dire que pour les collectivités locales et la CCI, dont les finances sont contraintes, ces dividendes représentent un bol d'air important. Le président de la CCI Occitanie, Alain Di Crescenzo, s'est ainsi félicité au moment de la signature de l'accord, soulignant que les dividendes représentent "une ressource financière non négligeable pour la CCI".

Lire aussi : CCI Occitanie : "400 emplois a minima sont menacés", alerte Alain Di Crescenzo

Une gouvernance revue ?

En revanche, les actionnaires locaux comptent profiter du départ de Casil Europe pour changer en partie la gouvernance de l'aéroport.

"Casil Europe siège à la fois dans le directoire et le conseil de surveillance. Ce n'est plus possible. Les actionnaires doivent se cantonner au conseil de surveillance pour ne pas interférer sur la direction de l'aéroport", avance Pascal Boureau, le représentant du Département au conseil de surveillance.

Logiquement, Eiffage ne devrait donc pas récupérer les deux sièges de Casil au sein du directoire.

Quid du pacte d'actionnaires ?

Reste aussi à trancher le devenir du pacte d'actionnaires. Mediapart avait révélé en 2014 l'existence d'un pacte d'actionnaires dans lequel l'État s'engageait à voter, "sauf pour motif légitime", "dans le même sens que l'acquéreur (Casil Europe) pour les décisions importantes". Et de fait, l'État a toujours voté comme Casil Europe, notamment sur la question des dividendes. Avec l'arrivée d'Eiffage, quid de ce pacte d'actionnaires ?

Alors que la société d'actionnaires chinois lorgnait sur les 10,01% de parts restantes de l'État dans l'aéroport, qu'en sera-t-il pour Eiffage ? En début d'année, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, s'était engagé à ne pas céder ces parts.

"Eiffage a envie de devenir un acteur important dans les aéroports français (le groupe de BTP a été choisi en juillet pour reprendre la gestion d'un premier aéroport, celui de Lille, ndlr), même si son concurrent Vinci a déjà de l'avance en la matière (12 aéroports en France, ndlr). Le groupe a intérêt à nouer des relations harmonieuses avec les actionnaires locaux et pas à revendiquer les 10% de l'État en sachant très bien que nous y sommes opposés", conclut Bernard Keller.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 16/10/2019 à 14:48 :
La gestion du chinois Casil aura été une catastrophe pour Toulouse-Blagnac. Non seulement Mike Poon aura été incapable de faire venir une compagnie chinoise mais il aura encore plus élargi la part faite aux compagnies aériennes "bas-coûts/bas-prix". Résultats ? de nouvelles infrastructures coûteuses pour accueillir le flot de passagers supplémentaires alors que cette catégorie ne rapporte quasiment rien et des riverains excédés par les nuisances en forte augmentation. Un désastre...
Réponse de le 18/10/2019 à 18:51 :
oui les riverains.. ils sont protégés du bruit avec les droits auxquels ils ont accès.. Toulouse ne peut échapper au développement des vols Low cost qui représentent les seules possibilités de croissance .. Certain que des riverains en profitent également .. alors restons "raisonnables" dans les approches et surtout force de proposition et non d'opposition....
par contre rien ne dir si le bénéfice est imposable pour CASIL (état gagnant deux fois) et il ne doit pas partir avec toute la part du gâteau.. il faut lui imposer de la partager..
à méditer
a écrit le 15/10/2019 à 18:48 :
A Toulouse , surnommée AIRBUSville , ce qui compte est la 3 ème mitemps .

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :