Gilets Jaunes : à Toulouse, la facture "commerciale" s'annonce salée

 |   |  1108  mots
Depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes, le chômage partiel a explosé à Toulouse.
Depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes, le chômage partiel a explosé à Toulouse. (Crédits : Pierrick Merlet)
Après neuf mois de mobilisation des Gilets Jaunes à Toulouse et partout en France, l'heure est au bilan pour les commerçants. Ces derniers, dans la Ville rose, font face à des difficultés économiques criantes malgré les différents fonds mis en place par les collectivités. Un constat partagé par deux rapports de l'Assemblée Nationale et du Sénat. Enquête.

Alors que le mouvement social des Gilets Jaunes s'essouffle, l'heure est désormais au bilan. Pour ce qui est de Toulouse et sa région, la pilule risque d'être difficile à avaler. Au plus fort de la mobilisation, élus comme commerçants craignaient une "hécatombe", avec "50 voire 60 %" des commerçants du centre-ville qui déposeraient le bilan en raison du mouvement à l'ampleur inédite (par sa durée). Mais qu'en est-il réellement ? "L'Occitanie est l'une des quatre régions où les commerçants et entrepreneurs ont le mieux résisté et enregistre ce semestre un taux de défaillance inférieur à celui de l'année dernière (sans mouvement social, ndlr)", a fait savoir dans un récent communiqué Carole Delga, la présidente de la Région Occitanie. Pour d'autres, ils y voient pluôt le calme avant la tempête.

"Nous avons une première quinzaine de commerçants qui viennent de fermer leurs portes dans le centre-ville de Toulouse en lien direct avec le mouvement des Gilets Jaunes. Mais le pire reste à venir... Il faut savoir que sur les 1 200 commerces que compte l'hypercentre de la ville, nous avons reçu près de 750 demandes d'aides et de soutien. Aujourd'hui, les commerçants de Toulouse ont juste assez de trésorerie pour ouvrir la boutique mais pour la majeure partie d'entre eux ils n'ont pas les moyens de recruter et de commander la nouvelle collection d'été par manque de liquidités. C'est vraiment à la fin du second semestre qu'on pourra faire un vrai bilan économique et social du mouvement des Gilets Jaunes à Toulouse", s'inquiète Michel Lacroix, président de la commission Commerce et Tourisme à la CCI de Toulouse.

Autrement dit, selon lui beaucoup de commerces se battent pour garder leur tête à la surface de l'eau et ne pas couler mais que cela ne pourra durer qu'un temps. "Au-delà des fermetures de commerces, il y aussi dans la restauration et l'hôtellerie des embauches qui ont été repoussées voire annulées. Il ne faut pas regarder seulement l'impact chiffré, mais aussi les conséquences sociales", se permet d'ajouter Nadia Pellefigue, vice-présidente du Conseil régional en charge du Développement Économique notamment. "Des centaines d'emplois ont également été supprimés dans les grandes enseignes de la ville", fait savoir Jean-Marc Martinez, le président de la fédération des commerçants de Toulouse.

Lire aussi : Gilets jaunes : le chômage partiel explose dans les commerces d'Occitanie

Plus de 20 % de baisse de chiffre d'affaires

Pourtant, la ville de Toulouse a été montrée partout en France comme un exemple à suivre du fait de la solidarité et de la coopération dans l'action de soutien aux commerçants de la part de tous les organismes et collectivités locales. Au lendemain des premières manifestations, la préfecture de Haute-Garonne avait instauré un guichet unique regroupant les assureurs, les représentants des banques, l'Urssaf, les centres d'imposition locaux, pour soutenir les commerçants touchés par le mouvement des Gilets Jaunes. De plus la CCI de Toulouse a mis en place un fonds de solidarité de 300 000 euros, la Ville de Toulouse a voté un plan d'aides exceptionnel d'un million d'euros et la Région Occitanie a mis en œuvre un fonds de 4,5 millions d'euros pour compenser les pertes de chiffre d'affaires dès que celles-ci dépassent les 15 %, tout en étant plafonné à 15 000 euros par dossier.

impact sur le chiffre d'affaires des gilets jaunes

Baisse du chiffre d'affaires mensuel d'après des enquêtes de la CCI de Toulouse.

D'après deux enquêtes de la Chambre de commerce et de l'industrie de Toulouse, les commerçants locaux ont connu une baisse de leur chiffre d'affaires mensuel de près de 23 % depuis novembre 2018, date de début du mouvement. De plus, selon la mission parlementaire qui s'est déplacée à Toulouse lundi 8 juillet pour évaluer l'impact économique des gilets jaunes, la facture pour le mobilier urbain est lourde.

"Le coût public des dégradations atteignait 7,469 millions d'euros début mai 2019 (...) Après Paris, la ville de Toulouse est donc celle qui a connu le coût budgétaire le plus élevé en France du fait de ce mouvement", peut-on lire dans le rapport parlementaire rendu public mercredi 17 juillet.

Besoin de faire revenir les consommateurs dans le centre-ville

Et la situation n'est pas prête de s'améliorer car les consommateurs ne se rendent plus dans le centre-ville de Toulouse le samedi et même la semaine pour faire leurs achats malgré les mesures incitatives comme la gratuité des parkings.

"La situation est catastrophique aujourd'hui car les Toulousaine ne viennent plus faire leurs emplettes en centre-ville. Face au mouvement des Gilets Jaunes, les habitudes de consommation ont évolué. Est-ce que cela sera durable ? Je ne peux pas vous le dire mais je ne l'espère pas", s'inquiète vivement Jean-Marc Martinez.

Alors, pour tenter de remédier à ce phénomène, le gouvernement a annoncé la mise en oeuvre d'un plan de 5,5 millions d'euros pour cofinancer aux côtés de 34 collectivités territoriales, dont Toulouse, des campagnes de redynamisation des centres-villes. C'est la seule mesure nouvelle approuvée par une commission sénatoriale qui a également évalué l'impact économique. Elle s'est rendue à Toulouse et a rendu son rapport début juillet.

"Afin de prendre en charge ces conséquences économiques, l'exécutif a essentiellement rappelé les dispositifs de soutien existants et accéléré leur déploiement : activité partielle, ouvertures le dimanche, délais et reports de paiement des charges sociales, délais et éventuellement remises d'impôts directs (IS, CFE), médiation du crédit, prêts garantis par BpiFrance, remboursement anticipés des crédits d'impôts (TVA, CICE) (...) Une telle réponse témoigne d'un éloignement des réalités du terrain et d'une méconnaissance de l'ampleur du phénomène (...) Les collectivités territoriales et le réseau consulaire ont donc assumé une part des responsabilités de l'État en soutenant souvent directement les artisans et commerçants", écrit la sénatrice (LR) Évelyne Renaud-Garabedian, qui a dirigé cette commission.

La sénatrice et sa commission préconisent la création d'un fonds d'indemnisation national des pertes d'exploitation ou encore l'exonération fiscale sous certaines conditions. Cette dernière est jugée comme la seule véritable mesure qui pourrait aider les commerces de Toulouse (plutôt que l'étalement).

"Nous, les commerçants, nous représentons seulement 0,3 % des cotisations au niveau national. On pourrait nous exonérer, cela ne ferait rien", lance d'un ton légèrement agacé Jean-Marc Martinez.

Lire aussi : Des centaines de commerces "à vendre" dans le centre-ville de Toulouse

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 02/08/2019 à 23:33 :
On s'attaque toujours aux GJ pour excuser le motif des conséquences! Il n'y a rien a rajouter!

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :