Gilets jaunes : les commerces de Toulouse en pleine hémorragie

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Une nouvelle mobilisation des Gilets jaunes est prévue samedi 12 janvier dans le centre-ville de Toulouse.
Une nouvelle mobilisation des Gilets jaunes est prévue samedi 12 janvier dans le centre-ville de Toulouse. (Crédits : Rémi Benoit)
Le mouvement des Gilets jaunes a fragilisé des centaines de commerces dans la Ville rose. Devant le risque de faillite pour "des centaines" d'entre eux, certains ont interpellé le préfet de Haute-Garonne et d'Occitanie, Étienne Guyot, via une lettre qui vient d'être rendue publique. Alors que les soldes d'hiver débutent avec des promotions déjà agressives, le maire de la ville, Jean-Luc Moudenc, appelle les Toulousains à "ne pas aller sur Amazon" mais plutôt dans le centre-ville. Une réunion avec élus locaux et diverses instances doit avoir lieu samedi 12 janvier à Toulouse pour trouver des solutions à cette crise commerciale.

"Nous sonnons aujourd'hui l'urgence économique", alerte Jonnhy Dunal, le président de l'association Carré Baragnon, un collectif de commerçants du cœur historique de Toulouse. Afin d'alerter sur la situation économique des petits commerces de la Ville rose, celui qui est aussi dirigeant de la boutique L'Observatoire a rédigé une lettre à destination du préfet de Haute-Garonne et d'Occitanie, Étienne Guyot. Une lettre envoyée le 7 janvier et que le commerçant a rendu public le lendemain sur les réseaux sociaux, dans laquelle il regrette les conséquences économiques du mouvement des Gilets jaunes.

"Depuis de trop longues semaines, nous devons travailler dans un climat particulièrement anxiogène pour nous et pour nos clients. Les mobilisations sont devenues synonymes de dégradations et de violences inqualifiables. Les commerces de proximité sont véritablement pris en otage et nous assistons impuissants à la crainte de nos clients qui préfèrent délaisser le centre-ville par peur de cette insécurité croissante", est-il inscrit sur la lettre.

En effet, depuis le début de la mobilisation des Gilets jaunes samedi 17 novembre, les commerces de Toulouse ne sont pas épargnés... Interviewé en décembre dernier par La Tribune, le président de la fédération des commerçants de Toulouse, Jean-Marc Martinez, évoquait une chute du chiffre d'affaires de "20 % par rapport à 2017" pour le commerce toulousain et "des centaines de petits commerces" proches de la faillite, à cause de ce mouvement social.

"On le sait, ces commerçants font en moyenne 30 à 40 % de leur chiffre d'affaires annuel sur les mois de novembre et décembre. L'action des gilets jaunes a donc perturbé ce rendez-vous annuel de chiffre d'affaires", analyse Christian Bastide, le président du Tribunal de commerce de Toulouse.

Les soldes de la décennie ?

Il est vrai que contrairement aux autres années, le centre-ville de Toulouse a été délaissé par la population, tout comme le marché de Noël sur la place du Capitole, fermé à de multiples reprises pendant les manifestations.

"Loin de la magie de Noël, le mois de décembre a rimé avec licenciement et chômage technique pour certains de nos collègues. 2019 ne s'annonce guère plus positive avec des dépôts de bilan annoncés", fait savoir Jonnhy Dunal dans sa lettre.

Alors pour tenter de limiter la casse, beaucoup d'entre eux avait marqué d'une croix blanche sur leur calendrier la période des soldes d'hiver, lancés mercredi 9 janvier et qui doivent s'achever mardi 19 février. Pour beaucoup de spécialistes et analystes, les consommateurs pouvaient s'attendre "aux soldes de la décennie", avec des promotions importantes. Et ils ne se sont pas trompés... Il suffit d'arpenter les rues toulousaines et d'observer les vitrines pour remarquer dès les premiers jours des soldes des promotions de l'ordre de -50%, -60% voire -70% parfois. Du jamais vu.

"Je lance un appel aux Toulousains. N'allez pas sur Amazon ! Allez dans le centre-ville de Toulouse, en vous y rendant vous ferez un bon geste pour l'emploi et l'économie de votre ville", a même déclaré Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole, lors de ses vœux à la presse jeudi 10 janvier.

Une facture proche des trois millions d'euros

L'élu se dit "très inquiet" pour les commerces de sa ville et "ne voit pas qui peut compenser la perte de chiffre d'affaires ni comment". Néanmoins, la Ville de Toulouse a tenté d'aider à sa manière les commerçants avant Noël.

"Les deux samedis précédant le Réveillon, nous avons mis en place la gratuité des parkings souterrains de la ville pendant trois heures pour les attirer dans le centre-ville et 24 000 tickets de transports en commun Tisséo ont été offerts aux commerçants pour les donner à leurs clients. Cette opération a coûté 450 000 euros à la collectivité", précise Jean-Luc Moudenc.

En prenant en compte la dégradation du mobilier urbain, ce coup de pouce en direction des boutiques toulousaines et le manque à gagner de Tisséo suite aux nombreux arrêts du réseau les samedis, la facture totale des débordements en marge du mouvement des Gilets jaunes s'élève à 2,6 millions d'euros pour la Ville de Toulouse en près de deux mois.

Demande d'entretien avec le préfet

En plus de ce coup de pouce municipal, la préfecture de Haute-Garonne a annoncé des aides à destination des commerces impactés par cette crise sociale lundi 10 décembre. Il s'agit en réalité un aménagement du paiement des charges  comme le fait remarquer Jonnhy Dunal dans sa lettre encore une fois.

"Nous vous demandons officiellement à recevoir une délégation de commerçants de notre association afin de faire remonter nos inquiétudes et nos attentes au plus haut sommet de l'État. D'autre part, nous souhaitons aborder avec vous l'évolution des modalités de soutien économique à destination des commerçants toulousains. Les étalements des échéances sociales et fiscales ne peuvent plus suffire", réclame le chef d'entreprise.

En attendant, Jean-Luc Moudenc tiendra une réunion samedi 12 janvier, avec le président de la fédération des commerçants de Toulouse Jean-Marc Martinez, le président de la CCI de Toulouse Philippe Robardey, l'adjoint en charge de la sécurité Olivier Arsac et celui en charge du commerce Jean-Jacques Bolzan. L'objectif de cette entrevue est de trouver une solution à ces centaines de petits commerces dans l'incertitude sur leur avenir.

Lire aussi : Retour en images sur les manifestations du 8 décembre à Toulouse

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Commentaires
a écrit le 13/01/2019 à 11:50 :
Le "nouveau" problème est que cela renvoie les gens vers les temples de la consommation en périphérie, pourvoyeurs d'emplois précaires, et ou l'utilisation de la voiture est indispensable. Ils finissent par boucler la boucle eux même. On applaudi quand ce mouvement qui fini par contribuer à la paupérisation des plus pauvres (combien d'emplois non pourvus lors des fêtes ? combien de baisse de visites d'étrangers ? Combien de dégâts qui seront compensés par des taxes et hausse d'impôts ?).
a écrit le 12/01/2019 à 12:54 :
Le Maire Moudenc a augmenté les impôts locaux de 20% et fait des travaux tous azimuts qu'il faudra faire payer aux Toulousains d'une manière ou d'une autres, ce Maire contribue à la baisse de leur pouvoir d'achat et aux problèmes des comerçants.
a écrit le 11/01/2019 à 22:03 :
Les gilets jaunes se perdent dans l’égoïsme et le dérèglement, les règles collectives doivent être entendues. C'est un droit

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