Régionales 2015 : la campagne électorale va coûter cher aux candidats

La campagne électorale pour les régionales en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées doit réellement commencer en septembre. Mais, déjà, les différentes têtes de liste doivent organiser le financement de leur campagne, qui va se dérouler sur une région deux fois plus grande qu'auparavant. Quelles sont les banques qui prêtent de l'argent aux candidats, et combien ? Déplacement, tracts, locaux de campagne... où faire des économies ? Décryptage.
La campagne de Carole Delga pourrait coûter 700 000 euros, celle de Dominique Reynié 1,5 million d'euros
La campagne de Carole Delga pourrait coûter 700 000 euros, celle de Dominique Reynié 1,5 million d'euros (Crédits : Reuters)

La grande région est synonyme d'une méga campagne. 13 départements à couvrir, 158 candidats en piste, 4 millions d'électeurs dans le viseur, les élections régionales sont une immense entreprise. Une campagne électorale engendre des déplacements à financer, des locaux à louer, des tracts à imprimer. Quel est le montant de la facture ? Comment les candidats vont financer la plus chère de toutes les élections régionales jamais organisées en France ? Coup de projecteur sur le nerf de la guerre : l'argent.

L'État rembourse la moitié

L'État rembourse la moitié des dépenses. Le plafond est de 1 646 574 euros. Les candidats peuvent obtenir 782 123 euros. Mais, pour bénéficier de cette enveloppe, il faut passer la barre des 5 % des suffrages exprimés. Pour les petits candidats ou les candidatures "sauvages", c'est un pari. Un pari d'autant plus périlleux qu'il faut convaincre les banques. En effet, le financement repose (très largement) sur des emprunts contractés par les têtes de listes régionales.

Le banquier, un interlocuteur incontournable

Pour boucler leur budget de campagne, Carole Delga, Gérard Onesta, Louis Aliot et Dominique Reynié vont devoir s'endetter. Ils peuvent percevoir des dons de personnes physiques (plafonnés à 4 574 euros) ou percevoir des tickets d'entrées sur les places éligibles (4 000 euros pour une tête de liste départementale, 2 000 euros pour un numéro 2...). Néanmoins, ces sources de financement ne sont pas suffisantes, et les régionales 2015 vont être particulièrement onéreuses.

Comme le souligne Gérard Onesta, "les dépenses de déplacement vont être énormes. Chaque fois que des militants vont prendre une voiture pour coller des affiches, il va falloir le mettre dans le compte de campagne. Avec 13 départements, cela va représenter des sommes importantes."

Une campagne "sobre" va coûter au minimum 700 000 euros. Europe Écologie-Les Verts et la PS Carole Delga sont sur ce volume. D'après Thierry Deville, conseiller régional sortant et chef de file départemental de Les Républicains dans le Tarn-et-Garonne, Dominique Reynié est plutôt sur 1,5 million d'euros.

En toute hypothèse, les têtes de liste vont devoir contracter un prêt. Ils peuvent bénéficier de la caution du parti, mais c'est un prêt personnel. Les taux sont variables et peuvent être bas (autour de 2 à 3 %), mais il leur faut monter un dossier et les délais sont longs : entre le moment où un candidat pousse la porte d'une banque et l'instant où l'argent arrive sur le compte, il faut parfois attendre 2 à 3 mois.

Pour Gérard Onesta, ces contraintes bancaires ont des conséquences politiques :

"Cela me fait sourire lorsque j'entends que des listes pourraient se monter en septembre. Avec les délais, ils ne pourront pas acheter une affiche avant novembre ou décembre (les élections régionales se dérouleront les 6 et 13 décembre prochains, NDLR)."

Malgré cette lenteur et une lourdeur (les assurances des banques imposent des visites médicales draconiennes), les "heureux" emprunteurs ont de la chance. En effet, l'accès au prêt est parfois compliqué.

Quelles sont les banques choisies par les politiques ?

Néanmoins, certaines banques ont bonne presse auprès des politiques. Guillaume Cros, conseiller régional EE-LV et ancien directeur de campagne de José Bové, est satisfait de la caisse albigeoise du Crédit Mutuel : "Ils ont une personne qui suit les comptes de campagne et nous n'avons aucun problème. Cela fait des années que nous avons un partenariat avec eux, pour les sénatoriales ou les départementales."

Du côté de l'opposition régionale, la Société Générale bénéficie d'une bonne opinion. La Banque Populaire est également considérée comme un bon partenaire.

En revanche, certains candidats dénoncent la frilosité des établissements bancaires. Comme le souligne un spécialiste des campagnes électorales.

"Le banquier n'est pas un politologue. Il veut évaluer les risques et il ne sait pas forcément quel peut être le score d'une liste. C'est une prime pour les grands partis car le banquier peut avoir une garantie au regard des précédents scrutins."

Les entrepreneurs dénoncent souvent la timidité des banques et une prudence excessive qui nuit à l'investissement. C'est pareil en matière électorale, les "nouveaux" produits ont du mal à trouver des financeurs. Les nouvelles technologies et les TPE ne sont pas les seules à souffrir d'un manque d'audace.

Des raisons moins "économiques" et franchement politiques peuvent également peser dans la balance. Le responsable d'un parti précise :

"Certaines banques n'ont pas envie d'avoir comme client certains partis, c'est un problème d'image et d'affichage."

Le Crédit Coopératif n'entre pas dans cette catégorie. C'est la banque d'Europe Écologie-Les Verts depuis des années et elle est encore au rendez-vous pour les régionales. L'établissement serait même particulièrement coopératif : en effet, Gérard Onesta attend une confirmation écrite pour un prêt de 700 000 euros que le Crédit Coopératif va lui faire sans demander une caution.

 En revanche, le leader du FN Louis Aliot dénonce une discrimination :

"La banque nous demande des garanties incroyables, y compris une hypothèque. Vu nos résultats électoraux, c'est injustifiable. C'est le parti qui va devoir me faire le prêt."

Cette formule est parfaitement légale. Comme le précise Gérard Onesta, "les prêts de toute origine sont acceptés. Les partis préfinancent d'ailleurs systématiquement les débuts de campagne par un prêt relais dans l'attente du financement bancaire, qui prend au minimum deux mois pour être mis en place."

La recherche d'économies d'échelle

Les locations de salles, le recrutement de salariés ou la réalisation de sondages (intégrés dans le compte de campagne et donc remboursables s'ils ont une influence sur l'électeur) ne sont pas les seules factures à honorer. Les professions de foi, les affiches et les bulletins de votes doivent être financés. Il s'agit des dépenses du "R 39" (disposition du code électoral organisant les dépenses liées à des activités de propagande). Des dépenses qui vont exploser et qu'il faut impérativement optimiser. Les têtes de liste sont obligées de jouer aux patrons de PME et d'adopter une règle de base du management : la réduction des coûts et les économies d'échelle.

EE-LV a une recette simple et efficace. Comme le précise Gérard Onesta :

"Les dépenses d'imprimerie vont être lourdes. Il va falloir imprimer 4 millions de professions de foi. D'après mes calculs, le poste imprimerie va représenter plusieurs centaines de milliers d'euros. Nous avons donc mis en place un système national de mutualisation des achats. Nous obtenons des remises de la part des imprimeurs juste en poussant la porte."

Face à des dépenses obligatoires (bulletins de vote et professions de foi) ou simplement incontournables (affiches, tracts et flyers), les "petits" candidats sont une nouvelle fois désavantagés. EE-LV n'est pas un parti riche. En Midi-Pyrénées, les écolos ont seulement 200 000 euros en caisse. Comme le dit Guillaume Cros, "nous sommes habitués à faire des campagnes sobres car nous sommes pauvres". Néanmoins, l'appui d'un parti national permet d'optimiser les dépenses.

En revanche, un candidat autonome (comme l'ancien socialiste Gérard Poujade par exemple, qui a annoncé sa volonté de se présenter) ne peut pas bénéficier de cet atout, de cet appui. C'est en quelque sorte une double peine. Sans assise nationale, une liste accède péniblement au financement et elle dépense plus (avec moins de ressources) car elle peut difficilement négocier les prix avec ses prestataires de service.

Les frais d'imprimerie, comme le coût global de l'ensemble des dépenses, rappellent une évidence. L'immense terrain électoral issu de la fusion Midi-Pyrénées / Languedoc-Roussillon est taillé pour les grands partis. Une région plus grande, c'est moins de place pour les candidatures autonomes.

La grande région permettra donc un rayonnement international et facilitera des synergies économiques. Mais, politiquement, c'est potentiellement une source d'appauvrissement de l'offre électorale.

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