Régionales : le PRG divisé sur une éventuelle liste autonome

Le torchon brûle entre Jean-Michel Baylet et le PS. L'allié d'hier est prêt à devenir le concurrent de demain. Le patron des Radicaux de gauche brandit la menace de listes autonomes. La candidate des socialistes, Carole Delga, risque d'être confrontée à la candidature de la radicale, Sylvia Pinel. Ce scénario ne fait pas l'unanimité. Au sein du PRG, des voix se font entendre. Des parlementaires et des élus veulent un accord avec le PS et soutiennent ouvertement Carole Delga. Coup de projecteur sur ses tensions autour d'un risque de désunion.
Jean-Michel Baylet est dans une position inconfortable
Jean-Michel Baylet est dans une position inconfortable (Crédits : ON / Rémi Benoit)

La tentation du "Grand Large"

Jean-Michel Baylet est un habitué des enchères publiques et les socialistes en ont l'habitude. Par expérience, ils savent que l'ancien ministre fait monter le prix pour augmenter ses prises. Néanmoins, s'agissant des régionales, Jean-Michel Baylet déconcerte ses partenaires de jeu. Le "poker menteur" suppose de respecter certaines règles, or, Jean-Michel Baylet pourrait oublier un principe de base : maintenir une porte de sortie. Son exigence (le débarquement de Carole Delga et son remplacement par Sylvia Pinel) est tellement élevée, improbable, qu'il donne l'impression de chercher la rupture. Cette attitude rappelle une technique bien connue des syndicalistes et des négociateurs en tous genre : avancer des propositions inacceptables pour qu'elles ne soient pas... acceptées. C'est le meilleur moyen pour faire endosser la responsabilité de l'échec à la partie adverse.

Jean-Michel Baylet ne franchira peut être pas le Rubicon. Mais il n'est pas dans la simple intimidation. Il existe une vraie tentation. Un de ses proches, Jacques Mézard, le pousse dans cette direction. En effet, le sénateur du Cantal est convaincu qu'il existe un espace politique pour le PRG. Également président du groupe RDSE au Sénat, il est persuadé que les Radicaux de gauche peuvent tailler des croupières aux socialistes et franchir la barre des 5 % des suffrages exprimés. Pour Jacques Mézard, des Radicaux de gauche peuvent en effet être élus et le PRG peut jouer les "faiseurs de Roi". Des conseillers régionaux pourraient constituer un groupe charnière pour le 3e tour de scrutin, l'élection du président de la Grande Région.

D'après un radical, la déclaration faite le week-end dernier à Gruissan traduit la ligne défendue par Jacques Mézard. Une ligne reprise par Jean-Michel Baylet et qui séduirait Sylvia Pinel. En revanche, dans les rangs du PRG, une confrontation électorale avec le PS est loin de faire l'unanimité.

Les réticences et les résistances

Le PRG est une "micro entreprise". Il doit sa notoriété à la personnalité de Jean-Michel Baylet, à ses réseaux et à La Dépêche du Midi. Néanmoins, l'équation "Baylet = PRG" et "PRG=Baylet" n'est pas absolue.

Il existe une opposition interne incarnée par Thierry Braillard, l'actuel secrétaire d'État à la Ville et aux Sports de Manuel Valls. Mais, surtout, tous les radicaux n'ont pas les mêmes intérêts. Jean-Michel Baylet peut toujours parler de listes autonomes et envisager un clash avec le PS, une partie de ses troupes n'est pas d'accord.

Certains ont exprimé directement et ouvertement leurs réticences. C'est notamment le cas d'Alain Bertrand (sénateur RDSE de la Lozère) et de François Fortassin (sénateur des Hautes-Pyrénées). Ce dernier affiche clairement son soutien à Carole Delga. La socialiste l'a soutenu dans un conflit violent avec Josette Durieux (sénatrice PS et ancienne présidente du Conseil général des Hautes-Pyrénées). François Fortassin conserve cet épisode en mémoire. Selon un de ses proches, il est un "farouche" défenseur de Carole Delga.

Dans les Pyrénées-Orientales, Hermeline Malherbe (sénatrice et présidente du Conseil départemental) est également (plus que) réservée et davantage favorable à Carole Delga. Hermeline Malherbe n'est pas encartée au PRG. Exclue du PS en 2010 (comme Alain Bertrand), elle a été réintégrée. Mais elle siège (comme Alain Bertrand) dans le groupe parlementaire de Jean-Michel Baylet au Sénat.

De manière moins tranchée, d'"authentiques" radicaux sont gênés. Ils ont un parcours commun avec le PS. Ainsi, Dominique Salomon (présidente de la commission Culture du Conseil régional de Midi-Pyrénées) est proche du président socialiste sortant, Martin Malvy. Lors de la réunion de Gruissan, organisée dimanche dernier, Dominique Salamon a exprimé "de grandes réserves" et "sa peur de la désunion de la gauche". L'élue régionale a notamment insisté sur "le danger du Front National".

Dans le Tarn, le malaise est également perceptible. Le responsable départemental, Vincent Garel, réaffirme sa confiance envers "le dynamisme de nos candidats Sylvia Pinel et Didier Codorniou". Néanmoins, il ajoute aussitôt :

"J'ai toujours privilégié l'union et je considère que cela doit être aussi le cas pour les régionales."

Mardi soir, les radicaux de Haute-Garonne se sont réunis. Une réunion au cours de laquelle Bernard Keller a réaffirmé sa candidature pour une investiture aux prochaines régionales. Le positionnement du maire de Blagnac est très clair : il suivra la ligne nationale de son parti. Toutefois, il "souhaite éminemment qu'un accord (avec le PS) intervienne avant la fin du mois". Pour lui, une liste autonome aurait "l'énorme défaut de la désunion au sein de la gauche".

De son côté, le président de la fédération, Christophe Delahaye, lance une consultation. Ses adhérents peuvent cocher deux cases : "accord avec le PS" ou "liste autonome". D'après un participant, Christophe Delahaye aurait précisé qu'il est possible de sélectionner les deux options. Une vraie position radicale qui exprime une gêne que l'on retrouve dans d'autres fédérations. L'Aveyron est "autonomiste", mais ailleurs en France, on retrouve le malaise qui taraude les radicaux hauts-garonnais.

Position inconfortable pour Jean-Michel Baylet

À trois mois de son congrès, Jean-Michel Baylet est dans une position extrêmement inconfortable. En cas de reculade, l'addition va être salée. Son chantage autour de la sortie du gouvernement (en août dernier) a écorné son image publique et affaibli son autorité interne. Un nouveau "tout ça pour quelques places" serait dévastateur. Mais, en même temps, un "clash" avec le PS va sérieusement secouer son parti.

Après la perte de son mandat sénatorial et de son fief départemental, Jean-Michel Baylet dispose d'un (seul) filet de secours : le PRG. Un filet qui pourrait se transformer en fil d'équilibriste pour le patron des Radicaux.

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