A Toulouse, la pollution baisse mais le fossé social se creuse

Une étude menée à Toulouse montre qu'en dix ans la pollution liée aux particules fines a diminué de 40% et que celle liée aux dioxyde d'azote, en lien avec la circulation automobile, a diminué de 17%. De quoi faire chuter le taux de mortalité et les incidences de cancers du poumon et d'AVC. Pour autant, l'enquête montre que le fossé social entre les populations se creuse : les plus défavorisés sont encore plus exposés à la pollution, ce qui vient renforcer les inégalités sociales de santé.
(Crédits : Remi Benoit)

C'est un mal invisible qui tue pourtant massivement. Alors que les chiffres des accidents de la route (plus de 3.000 morts par an en France) sont scrutés de près par les pouvoirs publics, les conséquences sanitaires liées à la pollution de l'air passent plus inaperçues, même si le nombre de victimes est dix fois plus important. D'après Santé publique France, chaque année près de 40.000 décès seraient attribuables à une exposition des personnes âgées de 30 ans et plus aux particules fines.

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A l'approche des 3ème Rencontres Internationales Air et Santé qui se tiendront les 6 et 7 février 2024 à Toulouse, Atmo Occitanie, a dévoilé une étude en partenariat avec l'Agence Régionale de Santé (ARS) Occitanie et le CREAI-ORS Occitanie qui montre les gains sanitaires dus à l'amélioration de la qualité de l'air sur une centaine de communes de l'agglomération de Toulouse.

Forte baisse de la pollution aux particules fines

Entre 2009 et 2019, la pollution liée aux particules fines (PM 2.5) a diminué de 40%. Cette dernière est souvent liée au chauffage au bois ou aux anciennes chaudières au fioul ou encore à la combustion de végétaux. Cette régression des particules fines a aussi entraîné une forte baisse, de l'ordre de 54% des décès attribuables à une exposition à long terme aux particules fines parmi les habitants âgés de 30 ans et plus. « Nous sommes passés de 159 décès/an attribuables aux PM 2.5 pour 100 000 habitants en 2009 à 73 décès/an pour 100 000 habitants en 2019 », relève Dominique Tilak, directrice générale d'Atmo Occitanie. L'ensemble de ces décès pourraient être évités, soit plus de 400 vies sauvées sur l'agglomération si l'agglomération se conformait aux recommandations de l'OMS en ne dépassant une concentration de 5 microgrammes par m3 de particules fines.

Cette évolution favorable se traduit par une amélioration des indicateurs sanitaires. Ainsi, le nombre d'AVC liés aux particules fines a chuté de moitié en dix ans, passant de 30 à 15 AVC par an pour 100.000 habitants. Le nombre de cancers du poumon a également été divisé par deux sur la période (de 13 à 6 cas pour 100.000 habitants).

Dans le même temps, la pollution de l'air liée au dioxyde d'azote a elle diminué de 17% en l'espace de dix ans. Cette dernière est principalement concentrée aux abords des grands axes routiers, notamment la rocade toulousaine. L'amélioration a généré une baisse de 30% de la mortalité imputée au dioxyde d'azote passant de 27 à 19 décès par an pour 100.000 habitants entre 2009 et 2019. Des décès qui pourraient être éradiqués en se conformant aux recommandations de l'OMS pour atteindre une concentration maximale de 10 microgrammes par m3.

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La pollution liée au dioxyde d'azote se concentre aux abords des grands axes de circulation (Crédits : Atmo Occitanie).

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Les plus défavorisés encore plus touchés

Mais paradoxalement cette baisse de la pollution se traduit dans le même temps par un renforcement des inégalités sociales de santé. En 2019, la mortalité attribuable à long terme aux particules fines augmente de 30% entre les plus défavorisés par rapport aux plus aisés. Cet écart était seulement de 26% dix ans plus tôt. Par ailleurs, la population la plus défavorisée est exposée à des concentrations en particules fines 8% plus fortes que les habitants plus aisés (contre 5% de plus en 2009).

« Les populations les plus défavorisées ont bénéficié des effets sanitaires de cette baisse de la pollution mais de façon moins importante que les plus favorisés. D'une part parce que les plus pauvres sont exposés à des concentrations plus grandes de pollution, même si l'écart n'est pas colossal. L'autre raison c'est que la santé des plus défavorisés, qui était moins bonne que chez les plus aisés, est encore plus fragile », analyse Sylvie Cassadou, médecin épidémiologiste.

A noter que pour étudier cette frange des 20% d'habitants les plus défavorisés, les scientifiques n'ont pas pris uniquement en compte les revenus mais un indice écologique de défavorisation (Edi) agrège des facteurs objectifs de pauvreté comme le niveau de revenu mais aussi d'autres indicateurs comme le surpeuplement, le fait d'être au chômage ou de ne pas avoir de voiture.

Cette nouvelle étude montre un renforcement des inégalités sociales de santé dans la région toulousaine. D'après un rapport publié en 2019 par l'office régional de santé (ORS), en Occitanie : le taux de mortalité, à structure d'âge identique, observé chez les ouvriers et employés est 3,5 fois plus élevé que celui observé chez les cadres et professions intellectuelles supérieures. Par exemple, le taux de décès lié aux maladies cardio-vasculaires est 3,7 fois élevé en Occitanie chez les ouvriers et employés par rapport à celui observé chez les cadres et professions intellectuelles supérieures.

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