IA : Vitesco et l'institut Aniti s'associent pour une industrie 4.0 plus poussée

L'institut interdisciplinaire dédié à l'intelligence artificielle et la société spécialisée dans le développement de composants pour véhicule électrique ont entamé un long partenariat pour développer de nouveaux algorithmes. Au programme ? Maintenance prédictive plus ambitieuse, contrôle qualité automatisé et intelligence logicielle pour véhicule hybride. D'autres sociétés pourraient s'associer à Aniti prochainement.

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Vitesco Technologies et Aniti débutent un partenariat autour de l'intelligence artificielle et ses applications industrielles.
Vitesco Technologies et Aniti débutent un partenariat autour de l'intelligence artificielle et ses applications industrielles. (Crédits : BPIFRANCE)

Déjà considérés comme des sites d'excellence en matière d'automatisation et robotisation, les sites de Foix et de Boussens de Vitesco Technologies pourraient franchir un nouveau cap à terme. Spécialisée dans la production de pièces pour la propulsion de véhicules électriques, l'entreprise vient de nouer un partenariat sur quatre ans avec l'institut toulousain Aniti pour aller encore plus loin dans l'industrie 4.0.

"L'usine de Foix, spécialisée sur la production de cartes électroniques et le site de Boussens dédié aux capteurs seront en quelque sorte les bacs à sable de ce partenariat", illustre Christophe Merle, pilote industriel du programme intégratif d'intelligence artificielle et responsable Big Data & IA chez VitescoTechnologies Operations.

Dans les faits, ce partenariat va reposer sur l'échange de données scientifiques et industrielles, ainsi que de ressources humaines. "Le gros intérêt de cette collaboration est de faire le lien entre nos recherches et les cas d'usage afin d'inscrire nos recherches dans le réel. En apportant des capacités humaines et de la donnée, les industriels viennent inévitablement enrichir nos travaux. C'est tout l'intérêt de la recherche collaborative que nous encourageons au sein d'Aniti", justifie Nicolas Viallet, le directeur opérationnel d'Aniti.

Pour mémoire, il n'existe en France que quatre établissements similaires, à Nice, Grenoble et Paris, en plus de Toulouse. Cette initiative fait suite à l'appel à manifestation d'intérêt initié par le député et mathématicien Cédric Villani, qui plaidait dans son rapport sur l'IA, publié en mars 2018 et très commenté à l'époque, pour la création d'"un réseau de recherche d'excellence". Ce qui a conduit à la création de ces instituts interdisciplinaires dédiés à l'intelligence artificielle, que la Ville rose a décidé d'axer vers les mobilités et l'industrie 4.0. Aujourd'hui, Aniti est composé de 24 chaires de recherche et d'une cinquantaine de partenaires, le tout composé de 150 chercheurs du monde académique, des thésards et des doctorants.

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Trois axes de travail au coeur de la collaboration

Pour encadrer ce travail de recherche avec Vitesco Technologies, Aniti et son nouveau partenaire industriel mèneront ensemble trois thèses de recherche sur des sujets bien déterminés.

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Le duo entend tout d'abord développer de nouveaux algorithmes d'intelligence artificielle afin d'améliorer la détection automatisée d'anomalies sur la production, mais aussi la maintenance prédictive de ces outils de production. Par ailleurs, un autre volet de ces thèses consiste à extraire des savoirs implicites à partir de données issues des moyens de production.

"Ces travaux complètent le déploiement de l'IA sur l'inspection visuelle pour améliorer la qualité. L'IA permettra ainsi d'améliorer les décisions et d'en automatiser certaines, comme les tâches d'inspection visuelle manuelle habituellement réalisées par les opérateurs. En effet, plus le nombre d'opérateurs effectuant des inspections manuelles est important et plus la diversité des pièces à inspecter est grande, plus le taux d'erreur potentiel est élevé. Au final, cela permettra de gagner du temps sur les tâches répétitives et d'obtenir moins d'erreurs grâce à la précision de l'algorithme", explique Vitesco Technologies dans un communiqué sur sur son partenariat avec Aniti.

Pour cela, des prototypes d'algorithmes basés sur des méthodes de diagnostic et de prédiction des pannes sont en cours de développement à partir des données dans les usines de Boussens et de Foix. Dans cette optique, Vitesco Technologies donnera accès à Aniti, dès fin 2021, aux données collectées auprès d'un large panel de cobots (robots collaboratifs).

"L'idée de cette collaboration avec Aniti est de traiter des problématiques de l'IA plus ambitieuses que celles que nous traitons jusqu'à présent. Mais ces travaux de recherche doivent aboutir à quelque chose de valorisable et utilisable à la sortie. J'espère que pour les solutions développées nous nous approcherons d'un TRL (Technology Readiness Level ou niveau de maturité technologique, ndlr) entre cinq et six, sachant que neuf signifie que cette application est prête", explique à La Tribune Christophe Merle, qui précise que la troisième thèse concerne l'intelligence logicielle et plus précisément le système de contrôle d'un véhicule électrique hybride.

À fond vers la mobilité décarbonée

Mais cette collaboration, déjà importante, pourrait s'amplifier encore pour la société qui emploie 2.000 personnes en France et qui était encore il y a peu une filiale du groupe Continental. "D'autres perspectives sont aussi à l'étude, comme le développement d'un outil d'IA qui utilise un algorithme pour soutenir le processus de décision dans la conception de composants automobiles. Aujourd'hui, la modélisation est principalement basée sur des modèles physiques. Grâce à l'IA, ils seront remplacés par des modèles numériques. Un exemple d'application est la pile à combustible à hydrogène, dont le vieillissement peut être modélisé à l'aide de l'algorithme", fait savoir Vitesco Technologies.

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Cet appétit pour les problématiques d'intelligence artificielle corrélées au développement de nouvelles solutions de mobilités dans le segment de l'hybride ou de l'hydrogène est tout sauf une surprise. À l'occasion de l'inauguration du nouveau siège de Vitesco France, à Toulouse en juillet, son président n'avait pas caché ses intentions sur le sujet.

"La prise de conscience écologique induite par la crise de la Covid-19 se traduit par un besoin bien plus important de véhicules électriques. Maintenant, nous focalisons tous nos investissements sur les produits dédiés à ce type de véhicules, tandis que sur les moteurs thermiques nous nous contentons d'honorer nos contrats actuels sans chercher à en gagner de nouveaux. Du coup, sur le plan social et humain, nous sommes en train de former nos ingénieurs à ces nouveaux produits", avait déclaré Stéphane Fregosi, interrogé par La Tribune, dont la société attend aussi une montée en puissance de ses équipes sur l'IA grâce à Aniti.

En plus de ce partenariat avec Vitesco, Aniti a également officialisé récemment un partenaire d'une envergure similaire avec le groupe d'ingénierie Scalian, preuve de l'attractivité des acteurs économiques locaux pour ces problématiques autour de l'intelligence artificielle. "Nous discutons avec des entreprises d'autres secteurs comme la santé et l'énergie pour lesquels nous avons des contacts avancés (avant la signature de partenariats similaires, ndlr)", fait savoir Nicolas Viallet, qui ne peut en dire plus pour le moment. Deux ans après sa naissance, l'institut Aniti dispose déjà de 50 partenaires, industriels et académiques.

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