Space forum : quel modèle économique pour les constellations ?

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Acteurs traditionnels et nouveaux entrants ont échangé sur l'avenir des constellations.
Acteurs traditionnels et nouveaux entrants ont échangé sur l'avenir des constellations. (Crédits : Rémi Benoit)
A l’occasion du Space forum organisé par La Tribune ce jeudi 16 mai, acteurs traditionnels et nouveaux entrants ont décrypté les enjeux économiques qui jalonnent la course aux constellations.

Le spécialiste toulousain de l'internet des objets Sigfox s'est allié avec l'opérateur Eutelsat pour concevoir une constellation de 50 satellites. De quoi étendre la portée de son réseau bas-débit pour les objets connectés. "On parle beaucoup de la 5G mais cela nécessite des investissements très coûteux. Je crois à la 0G pour fournir des solutions très peu chères et demandant très peu d'énergie. Il y a un milliard de vaches à connecter dans le monde notamment pour les localiser. On peut imaginer mettre un capteur sur chaque vache pour seulement un à deux euros par an avec des composants qui ont besoin de seulement 20 miliwatts de puissance pour envoyer un message au satellite", a plaidé le CEO de Sigfox Ludovic Le Moan en clôture du Space forum organisé par La Tribune ce jeudi 16 mai à la Cité de l'espace.

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Ludovic Le Moan, CEO de Sigfox (Crédits: Rémi Benoit).

Le témoignage de Sigfox illustre les espoirs portés sur les constellations de satellites. Grâce à une poignée de satellites de petite taille, un opérateur peut atteindre une couverture mondiale pour un investissement beaucoup moins onéreux qu'un satellite géostationnaire.

De quoi faire baisser considérablement le coût d'accès à l'espace pour les nouveaux entrants. Pour son projet, Ludovic le Moan va investir 50 millions, soit un million seulement par satellite, quand on sait qu'un satellite classique se chiffre en dizaines de millions d'euros.

Pionniers en la matière, Airbus et OneWeb ont lancé avec succès en février dernier les six premiers satellites de leur constellation qui en comptera à terme plus de 600 afin d'assurer un accès internet haut-débit à bas coût au monde entier. Le géant du spatial a misé en place une chaîne de production spéciale à Toulouse pour produire en série ces satellites de petite taille. Elle a servi à fabriquer les premiers modèles OneWeb, les suivants étant réalisés depuis une unité de production en Floride. "Le fait d'offrir une couverture mondiale permet de générer des revenus et d'assurer un retour sur investissement rapide", remarque Laurent Jaffart, chef des ventes des constellations au sein d'Airbus Defence and Space. Le groupe ne compte pas en rester là. "Nous sommes en compétition pour une constellation pour Telesat, un opérateur canadien", rappelle-t-il. Le savoir-faire acquis sur OneWeb pourrait être dans ce cas réutilisé.

Son grand rival, Thales Alenia Space, s'est allié avec l'entreprise américaine Spaceflight pour la constellation Blacksky. "Nous avons créé une joint-venture car nous avons jugé que nous n'étions pas les mieux placés pour produire des petits satellites", met en avant Cédric Balty, vice-président innovation de Thales. Le groupe a également pris une participation dans NorthStar, un acteur canadien qui planche sur une constellation pour l'observation de la Terre. Enfin, Thales travaille sur le lancement industriel de la constellation Kinéis, dédiée aux objets connectés. Sur ce projet, l'entreprise collabore avec la prometteuse jeune pousse toulousaine Nexeya. "C'est une immense étape pour nous de nous retrouver avec des partenaires comme Thales et le Cnes", souligne Nicolas Multan, directeur de la business line de Nexeya. Au-delà de la réduction des coûts de fabrication, les constellations de satellites doivent permettre de réduire les temps de conception. "L'objectif est qu'à terme il n'y ait plus que six à neuf mois entre la commande et la livraison du produit", ajoute-t-il.

Dans cette course aux constellations, l'Europe est confrontée à une concurrence abrupte des États-Unis de la part du très médiatique SpaceX ou de Jeff Bezos, le fondateur d'Amazon, doté d'une capacité de financement "quasi infinie". "On parle beaucoup des Etats-Unis mais la Chine a investi de manière abrupte en quelques années et réussi à lancer un satellite pour les montres connectées", note François Alter, venture and business officer au Cnes.

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Les lauréats des trophées du Space forum en partenariat avec le Club Galaxie (Crédits : Rémi Benoit).

Au terme des débats, six entreprises ont été récompensées. Nanoxplore est lauréate dans la catégorie innovation, JV Group dans la catégorie supply chain et Syrlinks pour le trophée croissance à l'international. De plus, la startup Immoblade reçoit le trophée dans la catégorie transfert de technologies, Didier Mesnier de Mecano ID a reçu la distinction de manager de l'année et enfin Symétrie a été désignée pour un prix spécial du jury.

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