À Toulouse, le discours politique "anti-Amazon" n'a pas eu d'effet. Reportage

Malgré les nombreux appels des élus locaux au boycott d'Amazon pour les achats de Noël et ainsi soutenir les commerces de proximité, les consommateurs sont restés sourds à cette demande de solidarité. C'est en tout cas le ressenti offert par une plongée au coeur de l'agence de livraison de Toulouse, où les flux de colis sont plus importants de moitié par rapport à une période classique. Reportage dans les coulisses du géant américain de l'e-commerce.

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L'appel au boycott d'Amazon pour réaliser les achats de Noël n'a pas eu d'effet.
L'appel au boycott d'Amazon pour réaliser les achats de Noël n'a pas eu d'effet. (Crédits : Rémi Benoit)

Un slogan, pour une ambition folle : un #NoëlSansAmazon. Il y a quelques semaines, tel était le court message de dizaines voire de centaines d'élus locaux, la présidente de la région Occitanie Carole Delga (PS) en tête, pour appeler les Français à se rendre dans les commerces de proximité afin d'effectuer leurs emplettes de Noël, et non pas commander sur la plateforme du géant américain du e-commerce. Mais cette prise de conscience collective, ou l'espoir qu'elle a suscité, pour aider économiquement des commerces à la dérive en raison de deux confinements ces derniers mois, aura été vain.

Lire aussi : Green New Deal : "Amazon est le contre-modèle de ce que nous voulons", prévient Carole Delga

Pour le confirmer, il suffit de se rendre le long du périphérique de Toulouse, avenue d'Espagne, là où en 2017 la multinationale de Jeff Bezos a fait le choix d'implanter une agence de livraison de 6.400 m2 pour desservir la quatrième ville de France et son aire urbaine (Montauban, Albi, Cahors, etc). Dès la première heure du jour, un jeudi de décembre, des dizaines de camionnettes se ruent vers cette adresse au point de former un embouteillage qui rend complexe l'accès au site logistique. "Nous avons 23 camionnettes qui partent toutes les 15 minutes du site, pour aller effectuer ce que nous appelons la livraison du dernier kilomètre", autrement dit la dernière étape avant la réception du colis par le client, explique Anabelle Alvarez, la directrice de la plateforme à Toulouse.

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Des centaines de camionnettes défilent chaque jour sur le site (Crédits : Rémi Benoit).

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Les colis ne restent que quelques heures au sein de l'agence à Toulouse

Pour générer un tel flux, ce sont en moyenne 25.000 colis qui transitent chaque jour derrière les murs de cette base à l'allure encore récente. "Mais la période des fêtes de fin d'année, nous sommes sur une augmentation moyenne de +50% du nombre de colis traités au quotidien", se permet de préciser la manageuse, preuve que la parole politique "anti-Amazon", n'a eu que peu voire pas d'effet auprès du consommateur. Face à une telle frénésie des Occitans pour des achats en ligne sur Amazon, encouragés davantage cette année par la crise sanitaire, 60 intérimaires viennent en cette fin d'année renforcer les rangs des équipes à Toulouse, déjà composées de 86 CDI. Chez certains, l'appel au boycott d'Amazon a son effet.

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Des dizaines de milliers de colis transitent au quotidien sur cette agence de livraison ouverte en 2017 (Crédits : Rémi Benoit).

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"Personnellement, ces critiques ne m'atteignent pas. Nous sommes dans une ère où les personnes achètent beaucoup sur Internet. Toutes les activités ont des avantages et des inconvénients et travailler chez Amazon est un emploi comme un autre. Avec ce qui se dit sur l'entreprise, certains craignent de le dire quand ils travaillent ici, mais de mon côté je ne m'en cache pas", témoigne Zidan, embauché à Toulouse depuis la mi-août, entre la manipulation de deux colis prêts à partir pour leur destination finale.

Avant d'arriver entre les mains de ce salarié pour être adressé au client à l'origine de la commande, les paquets ont la plupart du temps traversé la France durant la nuit. "Les camions et les colis arrivent la veille entre 17 heures et 4 heures du matin, en provenance des centres de tri de Brétigny ou de Montélimar, ou bien directement des centres de tri de Saran, Lyon ou Lille", explique Anabelle Alvarez, qui mène la visite de l'entrepôt. Une fois les colis déchargés du camion, répartis dans de grands chariots, les voilà vidés sur trois différentes lignes de convoyeurs. Chaque marchandise fait alors l'objet d'un premier scan, qui informe le client que son colis vient d'arriver à Toulouse.

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Les colis arrivent jusqu'à 4 heures du matin à Toulouse, pour mettre aux internautes de commenter le plus tard possible la veille (Crédits : Rémi Benoit).

Une application interne dédiée aux livreurs pour gagner du temps

L'opérateur qui intervient à cette étape dépose également sur le colis une petite vignette jaune, sur laquelle sont inscrits une lettre et un chiffre. Après avoir parcouru quelques dizaines de mètres sur un tapis en tubes d'acier roulant, le colis arrive ainsi dans un long couloir, auquel sont perpendiculaires des dizaines d'allées composées de centaines de sacs entassés et alignés.

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Le bâtiment est organisé de manière à ce que les colis circulent dans un sens unique (Crédits : Rémi Benoit).

"La vignette jaune indique l'allée à laquelle doit s'arrêter le colis. Ensuite, un opérateur réceptionne ce dernier au niveau de l'allée indiquée et le dépose sur un charriot. Un autre opérateur le scanne à son tour et sa tablette, munie d'un logiciel, lui indique un numéro de sac qui s'illumine avec des leds bleues, dans lequel il doit déposer le colis. Chaque sac correspond à une zone géographique", raconte Anabelle Alvarez.

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Les diodes électroluminescentes indiquent l'emplacement dans lequel doit être rangé le colis (Crédits : Rémi Benoit).

Malgré une formation de deux heures à l'embauche pour apprendre les bons gestes de manutention et éviter des douleurs récurrentes notamment au dos par la répétition du port de charges, ces sacs à la forme carrée ne doivent pas excéder 15 kilos. Une fois un certain nombre de sacs saturés, l'opérateur informe un de ses homologues en agitant un drapeau. Non pas pour demander la paix comme en temps de guerre, mais c'est le signe de la délivrance pour ces sacoches qui, par lot de neuf, vont être directement amenées par un autre opérateur dans une camionnette, prête à se diriger pour leur destination finale. Et même pour cette dernière étape, rien n'est laissé au hasard par Amazon. "La société a développé une application en interne (Amazon Flex, ndlr, qui nous indique l'ordre des livraisons sur ce dernier kilomètre pour être le plus efficace, tout en nous indiquant le trajet à emprunter grâce à un GPS intégré à l'application directement", indique un livreur d'UTS, l'un des sous-traitants d'Amazon, en transit sur le site, en interposant son téléphone professionnel entre nous. "Deux mètres !", crie alors un lutin vert au loin dans notre direction pour indiquer la distance à avoir entre deux personnes au sein de l'entrepôt. Le rappel que la magie de Noël opérera en cette année 2020 dans un contexte particulier et que les livraisons du Père Noël s'en seront que perturbées.

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Commentaires 5
à écrit le 14/12/2020 à 23:38
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On nous gave sur Amazon...Si cette firme est tellement plébiscitée par tant de consommateurs en France (22% de PDM du e-commerce, soit 2% du commerce total) c'est qu'elle doit combler un vide que l'ensemble du secteur national n'a pas su combler. Poi...

à écrit le 14/12/2020 à 17:24
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Je ne suis pas une adepte d'amazon et je privilégie le régional et français pour tout ect néanmoins il m'est arrivé à de nombreuses reprises de ne rien trouver dans les magasins (barrière sécurité bébé à une taille atypique il y a 5 jours ect) et de ...

à écrit le 14/12/2020 à 14:36
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Les politicards sans talent glosent en permanence sur la défense du "pouvoir d'achat". Qu'ils ne s'étonnent pas après si les gens vont acheter sur Amazon pour gratter trois francs six sous. Flatter la radinerie ne dynamise pas l'économie.

à écrit le 14/12/2020 à 14:27
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les élus ne manquent pas de toupet. En 2005 ils ont TOUS (droite et gauche) ignoré le non au référendum sur le traité UE qui ouvre les frontières à la concurrence déloyale et à la désindustrialisation. Maintenant ils nous demandent de dire non à Amaz...

à écrit le 14/12/2020 à 12:42
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LOL ! Quand je suis d'accord avec un politicard quelconque, je remets systématiquement mon analyse en question de ce simple fait, ils ont des intérêts qui ne sont pas les nôtres ces gens là, il est évident que pas un actif ou un jeune ne va écout...

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