Ski : malgré les aides, le modèle économique des Pyrénées reste fragile

Les exploitants des remontées mécaniques des Pyrénées vont bénéficier d'une aide de 54 millions d'euros dans le cadre des mesures d'urgence de l'Etat face à la crise sanitaire. Viendront s'ajouter les retombées du plan Avenir montagne annoncé par le Premier ministre ce jeudi, mais aussi un soutien des collectivités locales. Un éventail d'aides qui permet aux stations d'envisager plus sereinement la reprise d'activité même si leur équilibre économique reste précaire.

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Les finances des stations de ski étaient déjà fragilisées avant la crise.
Les finances des stations de ski étaient déjà fragilisées avant la crise. (Crédits : Altiservice)

"Avec la reprise d'activité touristique dans les semaines à venir, les aides annoncées permettent d'avoir un horizon plus clair et plus optimiste pour la prochaine saison et les prochaines années", salue Yves Rougier, le PDG d'Altiserivce.

L'opérateur gère trois stations dans les Pyrénées (Font-Romeu, Saint-Lary et Cambre d'aze) qui génèrent habituellement 1,1 million de journées-ski et 27 millions d'euros de chiffre d'affaires par an. Mais sur l'exercice 2020-2021, pour l'instant le compteur reste bloqué à zéro. La conséquence directe de la fermeture durant tout l'hiver des remontées mécaniques qui ont pu seulement rouvrir le 19 mai.

Face à l'ampleur de la crise, les exploitants des remontées mécaniques du massif des Pyrénées vont bénéficier d'une aide exceptionnelle de 54 millions dans le cadre des mesures d'urgence décidées par l'Etat. Cette subvention va concerner 30 stations de ski et un train touristique à crémaillère sur les six départements du massif des Pyrénées (Ariège, Aude, Haute-Garonne, Pyrénées-Atlantiques, Hautes-Pyrénées, Pyrénées-Orientales). Elle doit permettre de compenser 70 % des charges fixes des exploitants, elles-mêmes estimées à 70 % du chiffre d'affaires. Autrement dit, l'aide de l'Etat viendra compenser près de la moitié de leur chiffre d'affaires d'avant-crise.

"C'est une aide bienvenue mais il nous reste un trou de trésorerie et une perte d'exploitation de plusieurs millions d'euros qui seront comblés via des prêts garantis par l'Etat (PGE). Ce manque à gagner va gréver nos investissements futurs", alerte le gérant d'Altiservice.

"Une station fermée coûte quand même"

Car même si les stations de ski sont restées fermées, les exploitants ont dû continuer à mettre la main au portefeuille.

"Ce n'est pas parce que nous n'avons pas ouvert que certaines charges ne doivent pas être assumées. Les remontées mécaniques, et on le voit avec le malheureux accident de téléphérique survenu il y a quelques jours en Italie, demandent une maintenance qu'il y ait exploitation ou pas.

Ensuite, une station fermée coûte quand même en charges de fonctionnement. Cet hiver, on nous a demandé de sécuriser certaines parties du domaine pour que les vacanciers puissent profiter de la montagne en toute sécurité. Nous avons dû lancer des opérations de déclenchement ou de damage dans les stations. Sans parler bien sûr du remboursement de nos emprunts pour investir dans de nouveaux équipements", énumère Christine Massoure, directrice générale du groupe N'py/Compagnie des Pyrénées.

 Avec ses sept domaines skiables (Peyragudes, Piau, Grand Tourmalet, Luz Saint-Sauveur, Cauterets, Gourette et La Pierre Saint-Martin), l'exploitant figure comme le premier acteur des Pyrénées françaises représentant plus de la moitié du marché du ski pyrénéen avec 1,8 million de journées ski et 53 millions d'euros de chiffre d'affaires pour la saison 2019/2020.

À l'automne dernier, la Compagnie des Pyrénées a vu arriver dans son capital la région Occitanie et la Caisse des Dépôts (CDC), par le biais de la Banque des Territoires. Via cette opération, le capital de la structure est passé de 60.000 euros à 3,8 millions d'euros et de grands programmes d'investissements seront déployés.

 "C'est l'ensemble des aides publiques en provenance de l'Etat et des régions, mais aussi à un moindre niveau des départements qui feront perdurer notre activité. Pour autant, la situation économique ne sera pas la même pour toutes les stations. Certains domaines skiables étaient déjà avant la crise dans des situations très précaires. Ils se sont adossés à des collectivités qui n'ont pas non plus les moyens de les aider dans la pandémie. Cela peut avoir des effets à terme sur certains domaines skiables", fait remarquer Christine Massoure.

Des finances exsangues déjà avant la crise

Face aux mastodontes des Alpes, la chaîne pyrénéenne a la particularité d'offrir de petites stations familiales dont le modèle économique est durement attaqué depuis des années. Dès 2015, la Cour des comptes tirait la sonnette d'alarme : deux tiers de la trentaine de stations pyrénéennes ne dépassent pas les cinq millions d'euros de chiffre d'affaires, avec un endettement allant jusqu'à 400% ! Et les choses ne sont pas près de s'arranger. Selon Météo France citée dans le rapport, avec une hausse de température moyenne de deux degrés dans les décennies à venir, les stations de ski pourraient perdre un mois d'enneigement. Résultat : en 2018, le département de Haute-Garonne est venu à la rescousse de trois stations (Luchon-Superbagnères, Le Mourtis et Le Bourg d'Oueil) en assainissant leurs dettes et en créant un syndicat mixte pour mutualiser les coûts fixes.

Cette année, pour préparer une ouverture des stations en respectant les contraintes sanitaires, le département avait déjà prévu un nouveau système de billetterie "mains libres" (avec rechargement en ligne, zéro attente en caisse). Sans compter les cinq millions d'euros d'investissements pour installer une cinquantaine d'enneigeurs en cas de manque de neige.

"L'annonce de la fermeture des remontées mécaniques à Noël par le Premier ministre a été la douche froide. Cela représente un manque à gagner d'un million d'euros pour Haute-Garonne Montagne (sachant que sur la saison 2019/2020, seulement 1,2 million d'euros de chiffre d'affaires a été généré). Il va falloir frapper à la porte du département pour voir s'il est possible de rééquilibrer son budget de fonctionnement", se désolait en janvier dans nos colonnes Maryse Vezat Baronia, vice-présidente du département en charge en tourisme.

On s'oriente donc vers un nouveau renflouement par la puissance publique des stations de Haute-Garonne.

Castex plaide pour une accélération de la diversification des stations

Un nouvelle enveloppe devrait soulager l'économie des montagnes avec le plan Avenir Montagne de 650 millions d'euros annoncé ce jeudi 27 mai par Jean Castex. L'objectif de ce plan d'investissement "n'est pas d'abandonner le ski" mais de "diversifier l'offre et de conquérir de nouvelles clientèles", a expliqué le Premier ministre. "Le modèle économique doit évoluer", a insisté Jean Castex qui a souligné l'intérêt du VTT et a demandé qu'une partie du plan vélo de l'Etat contribue à développer cette activité en montagne.

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Des pistes engagées depuis des années par les exploitants des Pyrénées. Au Tourmalet, l'arrivée dans le capital de la région Occitanie et de la Banque des Territoires va notamment permettre de déployer un programme d'investissements de 32 millions d'euros sur les dix prochaines années afin d'opérer la diversification des activités de la station. Objectif : accompagner les Pyrénées vers une exploitation 4 saisons, autrement dit développer des revenus toute l'année sans se reposer uniquement sur les forfaits de ski.

Même chose pour les stations de Haute Garonne."Cela fait trois ans que le Département est engagé avec le Syndicat Haute-Garonne Montagne dans un plan de diversification du tourisme de montagne, tourné vers un tourisme durable et respectueux de la nature. Nous y consacrons un plan d'investissements de 25 millions d'euros sur cinq ans. Nous avons depuis l'été dernier expérimenté de nouvelles activités sur nos sites (VTT et VTT électrique, biathlon, fatbike, trail, Devalkart...) qui ont rencontré un beau succès et emmené de nouveaux touristes dans nos montagnes. Superbagnères est une station reconnue au niveau européen pour ses circuits de VTT. Cet hiver, les équipes ont également fait preuve d'une grande créativité et d'un grand dynamisme pour proposer des solutions alternatives au ski alpin", énumère Maryse Vezat Baronia.

Sans pour autant que les retombées soient significatives. "Nous nous attendons cet été à un fort engouement et beaucoup de touristes qui ont besoin de venir se ressourcer à la montagne. Nous avons développé par exemple à Saint Lary des activités comme le Bike park (une dizaine de pistes de VTT en descente, ndlr) qui sont très prisées et qui sont dans le top ten des stations de France. Maintenant, l'été ne représente que 1% de notre chiffre d'affaires. Cela reste excessivement faible sur l'économie globale du ski", conclut le PDG d'Altiservice

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Commentaire 1
à écrit le 28/05/2021 à 9:53
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Je suis interloqué par la masse d'investissement dans le ski alpin, est-ce bien nécessaire ?

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