Réchauffement climatique : les Pyrénées perdraient un mois d'enneigement d'ici 2050

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Les Pyrénées connaîtront un moindre enneigement dans les décennies à venir.
Les Pyrénées connaîtront un moindre enneigement dans les décennies à venir. (Crédits : Altiservice)
Les Pyrénées vont-elles rester une destination d'hiver ? Un rapport publié lundi 12 novembre par l'Observatoire pyrénéen du changement climatique montre qu'à l'horizon 2050 les températures maximales pourraient augmenter entre 2 et 4°C, tandis que la période de permanence de la neige au sol réduirait de plus d'un mois. Si l'on ajoute des intempéries plus fréquentes, le tourisme devrait être profondément bouleversé, avec d'importantes conséquences économiques.

Y aura-t-il encore de la neige à Noël dans les Pyrénées au cours des décennies à venir ? La question n'est pas si absurde qu'il y paraît. Un rapport réalisé par l'Observatoire pyrénéen du changement climatique côté français et espagnol montre à quel point la vie en montagne sera affectée par la hausse des températures.

"Pour l'horizon 2030, le changement de la valeur moyenne des températures maximales par rapport à la période de référence (1961-1990) pourrait se situer, en moyenne pour toute la zone des Pyrénées, entre plus 1 ºC et 2,7 ºC", pour le scénario le plus pessimiste du Giec (RCP 8,5), relève l'étude.

En 2050, le réchauffement sera encore plus important :

"Pour les températures maximales, les fourchettes oscilleront entre 2,0 ºC et 4,0 ºC (dans le scénario le plus pessimiste, ndlr)."

D'ici la fin du siècle, l'amplitude des changements varie fortement suivant l'intensité du dérèglement climatique. Le scénario le plus pessimiste prévoit une hausse des maximales entre 4 et 7°C , elle varierait entre 2 et 4°C dans le cas le plus optimiste.

Un moindre enneigement avec de lourdes conséquences économiques

Par conséquent, ce réchauffement va induire une forte baisse de l'enneigement.

"Les premiers résultats relatifs à l'évolution de l'épaisseur moyenne de la neige dans les Pyrénées indiquent une baisse significative de l'épaisseur de la neige malgré la forte variabilité interannuelle. Ainsi, dans les Pyrénées centrales, à une altitude de 1 800 m, l'épaisseur moyenne de la neige pourrait diminuer de moitié d'ici 2050, selon la référence actuelle, tandis que la période de permanence de la neige au sol se réduirait de plus d'un mois", alerte l'observatoire.

Les auteurs de l'étude font remarquer que les stations de ski sont déjà impactées par une réduction du manteau neigeux.

"La date d'ouverture des stations de ski a été décalée progressivement avec des retards allant de 5 à 55 jours dans les stations à basse altitude et de 5 à 30 jours dans les stations à altitudes moyennes. Ce décalage se traduit par une réduction des recettes annuelles. Les stations de ski sont systématiquement obligées d'avoir recours à l'enneigement artificiel avec d'importantes répercussions économiques en raison de la dépense énergétique, sans compter les énormes frais de maintenance associés aux équipements d'enneigement artificiel" .

Durant l'hiver 2015, la station de Luchon-Superbagnères avait ainsi dû attendre la mi-janvier pour ouvrir les pistes de ski. "C'était la première fois qu'on ouvrait aussi tard. Notre chiffre d'affaires a chuté de 26 % (passant de 4,3 à 3,5 millions d'euros d'un hiver à l'autre). La fréquentation a elle aussi chuté de 23 % avec 160 000 journées de ski (contre 220 000 habituellement)", expliquait alors Patrice Gaut, le responsable de la station.

Une activité perturbée même avec de la neige artificielle

Pour autant, le rapport fait remarquer que "la hausse des températures hivernales affectera également la capacité à produire de la neige artificielle de manière efficace, conduisant d'une part à l'augmentation des coûts pour sa production et, d'autre part, à la diminution du nombre de jours aptes à la production artificielle de neige".

La carte ci-dessous met en lumière l'impact du changement climatique sur l'activité des stations de ski des Pyrénées. En bleu, les stations qui devraient maintenir leur capacité à fonctionner, en jaune les stations qui pourront maintenir leur capacité à fonctionner à condition de produire de la neige artificielle et en rouge les stations qui devraient avoir des difficultés à fonctionner d'ici quelques années même en produisant de la neige artificielle comme mesure d'adaptation.

rechauffement climatique neige

(Crédit: Observatoire pyrénéen du changement climatique).

Autre conséquence annoncée du dérèglement du climat, les événements climatiques extrêmes, comme les inondations, deviendront plus fréquents, plus intenses et causeront plus de dégâts.

"Cet élément d'instabilité est capable de causer d'importants dégâts aux infrastructures liées directement et indirectement au secteur touristique dans les Pyrénées (complexes hôteliers et appartements ruraux, refuges, installations de télécommunication, routes de montagne et sentiers touristiques) et même parfois compromettre l'intégrité des populations de ces lieux".

Les Pyrénées davantage prisées en dehors de la saison hivernale

Le seul avantage que pourraient tirer les Pyrénées de la hausse des températures est un regain d'attrait en dehors de la période hivernale.

"L'allongement de la saison estivale et l'apparition de températures plus douces au printemps et en automne, alliés à la hausse des températures minimales, pourraient se traduire par un accroissement du choix des destinations touristiques de montagne.

Cela pourrait être un avantage concurrentiel majeur pour les Pyrénées par rapport aux régions touristiques de soleil et plage, car les touristes choisiraient de plus en plus les zones montagneuses pour leurs vacances au lieu des zones littorales, où les températures moyennes et maximales plus élevées pourraient réduire considérablement l'adéquation climatique des basses altitudes."

Les stations de ski ont déjà pris la mesure de ce bouleversement. Depuis quelques années, elles se diversifient en proposant des alternatives au ski l'hiver et des activités pour devenir des stations "quatre saisons". En Haute-Garonne, le Conseil départemental a repris le contrôle des stations de Luchon Superbagnères, Bourg d'Oueil, Le Mourtis et Peyragudes. En parallèle, un office de tourisme unique pour le pays de Luchon, Saint Béat et le Comminges a été lancé. Objectif : unir ses forces pour mieux faire connaître l'offre touristique de montagne en Haute-Garonne. L'autre enjeu est de développer une fréquentation des Pyrénées tout au long de l'année pour permettre aux stations d'être moins dépendantes des cumuls de neige.

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a écrit le 17/11/2018 à 8:55 :
Encore des prévisions délirantes...
D'après Al Gore et ses sbires, le Groenland aurai dû fondre il y a plusieurs années...
Bref...il y a 6 mois, dans les Pyrénées : https://www.toulouse7.com/2018/05/01/pyrenees-sauvetage-sous-la-neige-pour-les-gendarmes-du-pghm-de-luchon-2/
a écrit le 15/11/2018 à 4:34 :
S'il n'y a plus la neige, il restera les ours!
a écrit le 14/11/2018 à 16:49 :
Quand on pourra se faire entendre dans ce pays on découvrira avec étonnement qu'il y a des solutions simples et économiques au problème du réchauffement climatique et à la pollution. Ceci nécessite que l'opinion publique en ai marre de l'inéfficacité des bavardages pseudo-écologiques,qu'elle demande des résultats et que la pression soit telle sur les hommes politiques qu'ils soient obligés de se tourner vers d'autres conseilleurs. Surtout ne vous inquiétez pas nous avons encore le temps, il faut à peu près quinze ans pour commencer à obtenir des résultats visibles, donc vers 2035 2040.
A cette date on commencera à observer un déclin du gaz et du pétrole et il faudra avoir développé des solutions alternatives pour pouvoir maintenir nos consommations d'énergie sans déclencher des guerres.
a écrit le 14/11/2018 à 13:53 :
'à l'horizon 2050 les températures maximales pourraient augmenter entre 2 et 4°C'
En fait pour être un bon climatologue ou un bon journaliste , il suffit de savoir conjuguer le conditionnel!
Réponse de le 15/11/2018 à 9:57 :
"jardinier", un petit commentaire sur votre propos.
L'étude du climat implique une bonne dose d'observations mais aussi et surtout de projections avec des variables inévitables.
Un exemple pour illustrer mon propos concernant le changement climatique déjà très engagé (demandez aux agriculteurs !).
Entre les zones dites de plaine et de montagne , les différences peuvent être fortes car le dénominateur s'appelle l'altitude voire l'exposition.
Il en est de même entre les zones tempérées (l'Europe) et le continent Arctique.
Comme toutes les sciences , celle consistant à étudier le climat n'y échappant pas , il y a un conditionnel nécessaire car les certitudes n'existent pas sauf dans certains esprits ...

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