Ski : comment les stations pyrénéennes s'adaptent au changement climatique

Avec le réchauffement climatique, les stations de ski des Pyrénées pourraient perdre un mois d'enneigement par an. Déjà lourdement endettés, les établissements ne parviennent pas toujours à rentabiliser leurs investissements face aux chutes de neige aléatoires. Entre mutualisation des stations, lutte contre l'usure et diversification, tour d'horizon des stratégies des acteurs du ski face à la contrainte environnementale.

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Fin janvier, Superbagnères ne pouvait compter que sur 20 cm de neige
Fin janvier, Superbagnères ne pouvait compter que sur 20 cm de neige (Crédits : Rémi Benoit)

La saison de ski vient vraiment de débuter et le directeur de la station de Luchon Superbagnères estime qu'il a déjà perdu un million d'euros cette saison. "Du jamais-vu depuis 30 ans", pour la société qui affiche plus de 4 millions de chiffre d'affaires annuel.

"Nous faisons 25 % de notre chiffre d'affaires pendant les vacances de Noël. Même si les vacances de février s'annoncent très bonnes, on ne rattrapera pas ce qui a été perdu", estime Patrice Gaut.

La faute à un début de saison très peu enneigé. Ainsi, à la fin janvier, Superbagnères n'enregistrait que 20 cm de neige à 1 800 mètres d'altitude contre plus d'un mètre habituellement. "Le réchauffement climatique est aujourd'hui un fait qu'on ne peut pas contester", concède Henri Mauhourat, directeur de la station Grand Tourmalet (Hautes-Pyrénées).

Dans un rapport de la Cour des comptes publié l'an dernier, Météo France estime que, "selon différents modèles, la hausse attendue des températures serait comprise entre 1 et 1,4 degré en 2030, jusqu'à + 3,5 degrés à horizon 2080" et qu'"une hausse de température moyenne de deux degrés ferait perdre jusqu'à un mois d'enneigement en moyenne montagne".

Premières touchées par le changement climatique, les petites stations de basse altitude. Ainsi, Camurac (1 220 mètres d'altitude moyenne), unique station dans l'Aude, "a ouvert moins de 25 jours pendant trois saisons au cours des dix dernières années étant donnée qu'elle ne possédait pas d'équipement d'enneigement artificiel", écrit la Cour des comptes.

"Gagner du temps sur le réchauffement"

Pour les plus grosses stations, la neige de culture permet d'ouvrir sans interruption :

"Grâce aux canons à neige, nous sommes ouvert en continu depuis le 5 décembre. Depuis quelques années, il y a eu de gros progrès techniques avec des canons à neige qui peuvent fonctionner avec des températures plus clémentes se rapprochant de 0°C. Il existe aussi des canons qui permettent d'enneiger avec des températures positives mais nous ne souhaitons pas les utiliser car ce sont des équipements très énergivores", explique le directeur de la station Grand Tourmalet (600 000 journées de ski par an).

La station a également mis en place des barrières pour bloquer la neige qui se déplace avec le vent et mesures de balisage contre l'usure des pistes dues à la surfréquentation hivernale. "Ces moyens techniques nous permettent de gagner du temps, quelques années sur le réchauffement climatique", ajoute-t-il.

Mais, comme le relève la Cour des comptes, "les investissements en faveur de la neige de culture ne sont pas sans impact sur l'environnement : les volumes d'eau utilisés présentent des niveaux importants. De manière plus générale, les objectifs de développement économique associés aux projets touristiques dans les stations se heurtent de plus en plus à des considérations environnementales dont la réceptivité auprès de l'opinion publique progresse."

En 2008, à Mijanès-Donezan, les militants du comité écologique ariégeois (CEA) se mobilisent contre la création d'un téléski et la création de trois pistes supplémentaires dans la station, dénonçant "une fuite en avant" sur le plan économique et environnemental. Les opposants obtiennent raison devant le tribunal administratif de Toulouse en 2011.

"Ce sont les arguments économiques qui ont pesé. Nous avons mis en évidence que l'utilisation des canons à neige est très onéreuse pour le contribuable. Les stations de ski sont endettées, elles ont besoin d'énormément de subventions publiques pour que leur développement subsiste mais elles n'arrivent pas à être rentables. On fait croire aux habitants que c'est le ski qui apporte de l'activité à leur commune mais, à l'inverse, c'est parce que l'argent du contribuable est injecté dans le ski que cette activité subsiste", observe Marcel Ricordeau, secrétaire du CEA.

Selon la Cour des comptes, deux tiers des stations de ski dans les Pyrénées ne dépassent pas les 5 millions d'euros de chiffre d'affaires, avec parfois un endettement alarmant. À l'image de Puigmal, la station cerdane, fermée depuis juillet 2013 car "dans l'incapacité de rembourser sa dette contractée pour financer un nouveau télésiège". Le rapport insiste "sur la nécessité d'atteindre une taille critique pour ces stations", "une mise en commun des politiques commerciales entre les stations" et "la professionnalisation des moyens de gestion et le développement d'activités sportives autres que le ski alpin".

De fausses solutions pour le directeur des services de la mairie des Angles, endettée à hauteur de 30 millions d'euros pour des emprunts à destination de la station de ski : "Sans le ski, l'économie locale s'écroule. Les raquettes et le ski de randonnée ne permettent pas de faire vivre le village. Ensuite, la mutualisation avec les stations voisines ne permet que des économies minimes. Que va-t-on mettre en commun à part un poste de comptable ?", s'interroge Nicolas Rapoport. Selon les professionnels du ski, 1 euro dépensé dans les remontées mécaniques permet de générer 6 euros de retombées économiques, contre 1 à 1,5 euro seulement pour les activités hors ski alpin (raquettes, ski de randonnée) plus respectueuses des milieux naturels.

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