Commerce, Pacte Vert, IA, Brexit...Que retenir du sommet franco-allemand tenu à Toulouse ?

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Plusieurs chantiers ont été lancés à Toulouse pour renforcer la coopération des deux pays.
Plusieurs chantiers ont été lancés à Toulouse pour renforcer la coopération des deux pays. (Crédits : Rémi Benoit)
À l'issue du 21ème Conseil des ministres franco-allemand, les deux pays se sont engagés sur une feuille de route commune, baptisée "La Déclaration de Toulouse". Le président de la République et la chancelière allemande ont prévu de renforcer leur collaboration notamment dans le spatial et autour d'un programme commun de R&D consacré à l'intelligence artificielle. Surtout, ils appellent l'Union européenne à revoir ses règles commerciales, à la veille du Brexit, pour lequel les deux dirigeants croient à un accord "dans le sprint final".

À la veille du Brexit et de l'entrée en vigueur des nouvelles taxes douanières américaines sur les produits européens de 7,5 milliards d'euros (dont 10% pour les avions importés de l'Union européenne et donc fabriqués par Airbus), il était certain que le 21ème Conseil des ministres franco-allemand, qui s'est tenu à Toulouse le 16 octobre, donnerait la part belle à ce sujet.

"En compagnie de nos ministres respectifs, la chancelière et moi avons partagé nos préoccupations sur la situation économique mondiale en raison des tensions commerciales qui règnent actuellement. Mais ces tensions commerciales ne font pas tout et l'Europe doit être en mesure de reprendre la bataille de l'investissement et de l'innovation. l'Union européenne doit également revoir ses règles de la concurrence et du commerce, et réguler les géants du numérique, pour s'adapter aux évolutions de notre écosystème", a déclaré le président de la République, Emmanuel Macron, lors d'une conférence de presse conjointe avec Angela Merkel à l'issue de ce sommet franco-allemand.

Macron et Merkel à Airbus

Une conférence de presse d'une heure devant 150 journalistes européens pour afficher leur bonne entente, "pas suffisante pour faire avancer l'UE" (Crédits : Rémi Benoit).

Preuve de l'importance du sujet, il est le second point abordé dans "La Déclaration de Toulouse", feuille de route commune publiée par les deux gouvernements après leurs échanges. En effet, le couple franco-allemand a toujours regretté le rejet en février dernier, par Bruxelles, de la fusion entre le Français Alstom et l'Allemand Siemens afin de mettre sur pied un champion européen du ferroviaire, basé sur le modèle d'Airbus, pour faire face à la concurrence chinoise.

"La France et l'Allemagne soutiennent la prochaine Commission (présidée par Ursula Von Der Leyen et qui doit prendre ses fonctions le 1er décembre, ndlr) dans ses efforts pour définir un agenda commercial réformé, en faveur de l'égalité des conditions de concurrence internationale et de l'amélioration du suivi des règles et accords commerciaux", stipule le document.

Une taxe carbone aux frontières de l'Europe

Des ambitions qu'ils ont rappelées à la future numéro 1 de l'Union européenne, venue à Toulouse en fin de journée, pour échanger avec le duo mais aussi des entreprises appartenant au puissant lobbyiste l'European Roundtable of Industrialists, autour d'un dîner. En plus du ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, étaient également conviés à cette entrevue le PDG d'Orange, Stéphane Richard, le CEO d'Air Liquide, Benoit Poitier, le CEO de Philips, Frans Van Houten, ou encore le PDG du groupe chimique BASF, Martin Brudermuller, pour ne citer qu'eux. Angela Merkel et Emmanuel Macron, veulent peut-être une Europe plus forte sur le plan commercial, pour autant ils ne veulent pas négliger leurs ambitions environnementales.

Macron et Merkel à Airbus

Les deux dirigeants ont reçu à Toulouse la future numéro 1 de la Commission européenne à l'issue du 21ème Conseil des ministres franco-allemand (Crédits : Rémi Benoit).

"Les deux pays sont favorables à ce que notre politique commerciale soit compatible avec les politiques climatiques de l'UE et leurs dimensions sociales et environnementales", ajoute la Déclaration de Toulouse.

"Nous sommes extrêmement actifs pour participer favorablement au Green Deal voulue par la présidente élue de la Commission Européene", a même lancé la chancelière allemande, Angela Merkel, en conférence de presse.

À la veille d'un conseil européen qui se tiendra jeudi et vendredi à Bruxelles pour préparer la mise en place de la nouvelle Commission, les deux dirigeants ont fait part de leurs projets en la matière. Ils appellent à l'instauration d'une "taxe carbone aux frontières compatibles avec les règles de l'OMC", "à l'introduction dans le système d'échange de droits d'émission de l'UE (ETS) d'un prix minimum du carbone" et "d'un système d'échange de droits d'émission européen (ETS) couvrant tous les secteurs". Enfin, le couple franco-allemand veut que la Banque européenne d'investissement puisse financer des actions climatiques.

Avancer ensemble sur l'intelligence artificielle

D'ailleurs, ce n'est pas le seul investissement qu'espèrent les deux plus gros PIB de la zone euro. "Au niveau bilatéral, l'Allemagne et la France encouragent le "Conseil pour l'Innovation" et l'"Agentur für Sprunginnovationen" à développer et à soutenir des projets communs en 2020. À cette fin, les deux gouvernements ont signé une feuille de route pour un réseau franco-allemand de recherche et d'innovation en matière d'intelligence artificielle", informe la déclaration commune. Autrement dit, une aubaine pour Toulouse.

En avril dernier, l'écosystème de la Ville rose a appris qu'elle était retenue pour accueillir un institut interdisciplinaire d'intelligence artificielle (3IA) grâce à son projet Aniti. Consacré aux véhicules autonomes et à la santé via une IA hybride, ce projet mobilise des dizaines d'entreprises locales, de nombreux laboratoires et le tissu universitaire de la région. Grâce à ce label, les porteurs de projets vont ainsi recevoir quelques dizaines de millions d'euros de financements publics, mais cette annonce à l'issue du Conseil franco-allemand pourrait peut-être leur permettre d'obtenir une rallonge de l'enveloppe. Mais ce n'est pas la seule bonne nouvelle en perspective pour Toulouse...

Conseil des ministres Franco-Allemand à Toulouse

Le conseil des ministres franco-allemand a réuni au total une vingtaine de membres des deux gouvernements (Crédits : Rémi Benoit).

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"Préférence européenne pour les lancements de satellites"

"Une politique industrielle de souveraineté passe aussi par une politique spatiale européenne. Nous avons ensemble acté le principe d'une préférence européenne pour les lancements de satellites car nous ne pouvons pas à la fois financer Ariane 6 et choisir la concurrence", a déclaré Emmanuel Macron.

Cette initiative est un point positif pour l'écosystème toulousain puisqu'une grande partie de la filière spatiale en lien avec les satellites se trouve dans la région Occitanie. D'ailleurs, c'est la Ville rose qui a été choisie à la mi-juillet pour accueillir le nouveau Commandement militaire de l'Espace. "Il va commencer avec 200 personnes puis va monter en puissance au fil du temps", avait alors déclaré Florence Parly, la ministre des Armées.

Un accord sur le Brexit dans "le sprint final" ?

Enfin, le duo de dirigeants a fait part de son optimisme quant au dénouement du Brexit alors que se tient actuellement un sommet européen sur le sujet à Bruxelles avec tous les États membres. Au cours des derniers jours et même des dernières heures, les tractations se sont intensifiées et un accord serait proche d'être acté entre l'Union européenne et le gouvernement britannique.

Macron et Merkel à Airbus

Le couple franco-allemand espère une sortie de l'UE ordonnée des Britanniques (Crédits : Rémi Benoit)

"Nous sommes dans le sprint final et je pense de plus en plus que nous allons obtenir un accord, d'après nos informations. Je tiens à rendre hommage à Monsieur Barnier (négociateur en chef de l'UE dans ce dossier) et à son travail effectué dans des conditions difficiles", a tenu à déclarer Angela Merkel.

"Je veux croire qu'un accord est en train d'être finalisé" a alors ajouté le chef d'État français. Verdict dans les heures à venir...

Lire aussi : La filière aéronautique bien préparée au Brexit ?

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Commentaires
a écrit le 17/10/2019 à 13:25 :
Que notre argent public a été une fois de plus mal utilisé d'ailleurs les allemands veulent donner moins à l'UE dixit Merkel ! Ils ont bien compris eux...

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