Objectif Up : bilan d'étape du dispositif de mentorat à destination des femmes

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Dominique Pon, Blaise Jaegger, Valérie Jimenez, Carole Garcia et Cendrine Martinez sont mentor. Elisabeth Gallaup (2e en partant de la droite) représente Bernard Keller et Emmanuelle Durand Ridriguez (au centre) est directrice de la rédction d'objectifNews.
Dominique Pon, Blaise Jaegger, Valérie Jimenez, Carole Garcia et Cendrine Martinez sont "mentor". Elisabeth Gallaup (2e en partant de la droite) représente Bernard Keller et Emmanuelle Durand Ridriguez (au centre) est directrice de la rédction d'objectifNews. (Crédits : Rémi Benoit)
Comment se déroule le dispositif de mentorat Objectif Up, lancé en juin dernier par La Tribune-Objectif News ? Interrogés, les "mentors" et les "mentorées" témoignent d'expériences différentes, mais positives. Tour d'horizon des neufs binômes, dont l'objectif commun est de faire avancer les projets professionnels des femmes accompagnées.

Lors de la cérémonie La Tribune Women's Awards en septembre 2014, La Tribune-Objectif News a lancé un programme de mentorat à destination des femmes de Midi-Pyrénées : Objectif Up. Cette initiative, qui s'est concrétisée en juin 2015, est la première du genre lancée par un média, et vise à accompagner des créatrices d'entreprises, jeunes diplômées ou cadres en évolution de carrière. Sur la quarantaine de candidatures reçues à la rédaction, dix-huit ont été sélectionnées et neuf candidates ont finalement été retenues. Chacune d'entre elles est suivie et accompagnée par son "mentor" pendant un an. Ces neuf "mentors" sont des chefs d'entreprises de différents secteurs et des personnalités politiques régionales.

Rana Badarani et Bernard Keller : "Elle a besoin d'être cadrée"

Rana Badarani, jeune créatrice d'entreprise de prestation de récompenses salariales personnalisées ("dream planner") est accompagnée par Bernard Keller, maire de Blagnac et vice-président de Toulouse Métropole, pour développer son concept. Ce dernier lui fait notamment bénéficier de son réseau.

"Suite à mon premier rendez-vous avec Bernard Keller, il a de suite repéré le besoin de faire valider mon projet par les professionnels des ressources humaines afin qu'ils recommandent ma prestation et/ou qu'ils fassent appel à ma société, Com Un Rêve. Donc depuis, nous avons fixé ensemble un premier objectif, celui de présenter mon projet aux cabinets de conseil en ressources humaines et aux directeurs des ressources humaines des grandes entreprises que monsieur Keller connait. Ce dernier demande, à ceux qui peuvent me recevoir, un retour de leur part concernant mon projet", explique Rana Badarani.

Pour Bernard Keller, l'expérience est "rafraîchissante" : "Rana est charmante et pleine d'énergie. Elle a un vrai pouvoir de conviction mais cela ne suffit pas, elle a besoin d'être cadrée. Je lui ai demandé de monter un dossier technique rigoureux. Je m'en veux de ne pas être plus présent pour elle". Le maire de Blagnac convie sa "filleule" sur les événements officiels auxquels il se rend.

"Me retrouver avec lui dans les événements est une grande fierté pour moi ! L'avoir comme mentor, crédibilise mon projet et suscite encore plus l'intérêt de mes interlocuteurs", se réjouit la jeune femme, qui vient de concrétiser un premier contrat.

Site internet : www.com-un-reve.com

Lucie Garrido et Valérie Jimenez : "Un poste privilégié pour observer une chef d'entreprise"

Lucie Garrido, jeune diplômée de Sciences-Politiques et de Toulouse Business School est accompagnée par Valérie Jimenez, présidente de Jimenez FVA. Ce qu'elle attend de son mentor : des conseils pour l'aider à actionner et bâtir un réseau, "qu'elle me coache et me montre comment me comporter pour convaincre".

Pour Valérie Jimenez, le dispositif Objectif Up n'est pas simple à mettre en place : "Lucie travaille en plus de ses études comme hôtesse de l'air donc elle est souvent absente, ce qui rend les choses compliquées. Je suis moi-même très prise par l'activité de mon entreprise et peu disponible. J'aurais aimé être davantage impliquée. Mais je pense que Lucie est dans la bonne branche avec le commerce et la gestion, en phase avec son projet. Il faut qu'elle continue."

Valérie Jimenez a proposé à Lucie Garrido un stage dans son entreprise, et l'a emmenée sur plusieurs événements pour lui présenter son réseau. Pour la jeune femme, le mentorat permet avant tout "d'observer comment travaille une femme chef d'entreprise". "Je suis davantage dans un rôle d'observatrice, j'ai une place privilégiée pour voir comment ça se passe", assure-t-elle.

À noter que Valérie Jimenez a également pris sous son aile Rana Badarani.

Claire Gréco et Laurence Arribagé : "Nous travaillons en confiance"

"Tout se passe très bien avec Claire et je ne regrette absolument pas de m'être lancée dans cette aventure. Nous nous voyons le plus régulièrement possible. Elle m'a accompagnée lors de la visite de Manuel Valls en Haute-Garonne ainsi qu'à une rencontre avec l'ordre des experts-comptables. J'essaie de l'associer au maximum à mes activités malgré un emploi du temps chargé. Nous travaillons en confiance et je suis ravie de pouvoir lui transmettre mon expérience politique".

Laurence Arribagé, députée LR de Haute-Garonne, a choisi de "mentorer" Claire Gréco, jeune cadre chez Veolia qui souhaite faire évoluer sa carrière et acquérir une dimension managériale. Un binôme qui fonctionne bien :

"J'apprécie beaucoup l'implication de Laurence dans tout ce qu'elle entreprend et surtout la proximité qu'elle maintient avec ses interlocuteurs. Nous avons prévu d'ici la fin de l'année d'aller voir un match ensemble et de faire une visite de quartier sur une journée". Claire Gréco, également membre de la Jeune Chambre Économique de Toulouse, étend ainsi son réseau parmi les décideurs économiques et politiques de la région.

Sylvie Hernando et Dominique Pon : "Il faut accepter d'être bousculée"

Pour Sylvie Hernando et Dominique Pon, le hasard a bien fait les choses : "Dominique Pon ne faisait pas partir des personnes que j'avais sélectionnées au départ pour m'accompagner, mais finalement, il m'apporte une vision des choses et des gens différente, pleine de bienveillance et de positif", indique la jeune cadre en développement commercial dans l'assurance.

Pour ce binôme, pas question pour le moment de parler réseau ou plan de carrière. "On travaille sur elle, pour qu'elle soit plus libre, qu'elle fasse des choses qu'elle aime vraiment dans sa vie", assure le directeur de la Clinique Pasteur.

"Nous avons une relation de confiance et la démarche est sincère : Dominique Pon n'est pas là pour m'embaucher donc je n'ai pas peur d'afficher mes faiblesses ou mes difficultés. Il faut accepter d'être bousculée", confie Sylvie Hernando.

Pour le mentor, "il est touchant de voir ces femmes courageuses, qui ont du mérite. Le monde du travail est discriminatoire. Il y a la pression professionnelle, familiale, sociétale. Les femmes qui choisissent d'investir leur carrière ont du courage".

Cécilia Skroder Safir et Alain Di Crescenzo : "Un travail sur l'autre, et sur soi-même"

"J'ai postulé à Objectif Up parce que je voulais faire progresser ma réflexion sur l'évolution de ma carrière. Il était important pour moi que mon mentor soit quelqu'un qui ne me connaisse pas, si nous discutons qu'avec des personnes qui nous connaissent bien, nous ne sommes pas forcément challengés dans notre réflexion", explique Cécilia Skroder Safir.

Juriste dans un grand groupe, elle souhaite évoluer vers un poste à responsabilités :

"Mon mentor apporte cette 'vue nouvelle' et me challenge dans ce je pense, ou plutôt dans ce que je pense que je pense. Ça m'oblige à me remettre en question, et ça m'aide à repositionner mes priorités".

Le projet de la jeune femme n'est pour l'instant pas dépendant du réseau de son mentor : "Avoir un mentor n'est pas pour moi une histoire de récupérer un carnet d'adresses".

Pour Alain Di Crescenzo, président de la CCI de Toulouse, ce mentorat est surprenant :

"Je ne m'attendais pas à ça car je pensais plutôt faire du réseautage avec elle, mais finalement ce n'est pas du tout ça. C'est davantage un travail sur elle, son projet, son positionnement et sa façon d'aborder les relations professionnelles. Par ailleurs, faire un travail sur l'autre, c'est souvent réaliser un travail sur soi aussi !"

Nathalie Vedie et Blaise Jaeger : "plus du coaching que du mentoring"

Nathalie Vedie, jeune cadre en développement de carrière, souhaite développer son réseau pour évoluer dans le domaine du spatial. Elle est suivie par Blaise Jaeger, ex vice-président de la division aérospatiale et défense chez CapGemini. Pour ce dernier, "Nathalie recherche davantage du coaching que du mentoring. Je l'aide à préciser son projet, à se 'marketer' elle-même. Elle est ambitieuse et prudente, ce sont des qualités. elle a également une bonne vision du monde du spatial qui est en pleine mutation". Blaise Jaeger a notamment fait rencontrer à Nathalie Vedie des femmes manageurs dans le spatial.

"Ce dispositif me permet de rencontrer une personne avec une carrière intéressante qui peut me donner des conseils sur mes orientations professionnelles et m'aider à dessiner une trajectoire de carrière cohérente. Il me permet de mieux dessiner mon projet en répondant à certaines questions que je me posais" commente la jeune femme.

Qing Wang Bousquet et Nadia Pellefigue : "Donner de la crédibilité au projet"

Nadia Pellefigue, vice-présidente de la région Midi-Pyrénées en charge de Finances, de l'égalité femmes / hommes et de l'enseignement supérieur (réélue sur la liste de Carole Delga), conseille Qing Wang Bousquet, jeune créatrice d'entreprise, qui développe son activité de soutien aux PME souhaitant s'implanter en Chine. Principale mission de l'élue : accompagner la jeune femme dans la mise en relation.

"Son projet nécessite crédibilité et visibilité, donc un bon portefeuille de réseau. Mon rôle est de favoriser ce réseau. Qing est très volontaire et rigoureuse, et me fait un compte-rendu de chaque rencontre qu'elle a faite avec quelqu'un, afin d'affiner mon rôle".

Les deux femmes travaillent également sur le business model de l'entreprise, Ansino Consulting.

"Actuellement je suis en relation avec un client chinois, un accélérateur de startups, qui travaille à son implantation en Europe. Avec Nadia, nous étudions les opportunités de venir à Toulouse pour lui" explique Qing Wang Bousquet. "Elle me guide et m'oriente vers les personnes qui me conseillent. Elle donne de la crédibilité à mon projet."

Nadia Pellefigue a notamment permis à sa jeune protégée de se rendre sur le sommet franco-chinois de Toulouse (en juillet 2015).

"Pour moi, c'est la découverte de quelqu'un de bien et aussi des subtilités de la culture chinoise. On rigole beaucoup" complète l'élue.

Site internet : www.ansino.fr

Julie Leleu et Carole Garcia : "Un échange qui donne de l'énergie"

Jeune créatrice d'entreprise, Julie Leleu a imaginé un concept d'objets connectés à destination des propriétaires d'animaux de compagnie. Les deux femmes évoquent "une super expérience".

"Cet échange donne de l'énergie, je l'espère, à double sens. Les problématiques de Julie sont exactement les miennes ! Des plannings, de l'industrialisation, des recherches de financements, des réflexions sur la distribution... Pour ma part, je lui pose mille questions ! Je ne lui apporte peut-être pas plus que la nécessité d'y répondre, de formaliser sa pensée. Je suis également à la disposition de l'équipe pour leur donner ma lecture des plans marketing et financiers selon l'avancée du projet", décrit Carole Garcia, cofondatrice de la marque de cosmétiques Graine de Pastel.

"Carole m'apporte son expérience, et aussi son réseau : en juin dernier, elle a même pitché mon projet devant des investisseurs !", sourit la jeune entrepreneure, qui vient de rejoindre l'espace de coworking At Home et envisage une levée de fonds. Les prototypes devraient être bientôt lancés, pour une industrialisation d'ici un an.

 Site internet : www.catspad.com

Charlotte Ronfaut et Cendrine Martinez : "Accélérer la réflexion et gagner du temps"

Jeune créatrice d'accessoires de mode, Charlotte Ronfaut souhaite développer sa marque sur tout le territoire. Aux côtés de Cendrine Martinez, directrice générale de La Tribune Toulouse, elle a complètement revu son projet :

"Mes discussions avec elle ont permis d'accélérer la réflexion. Je me suis repositionnée sur de haute-de-gamme. Au début, je faisais de la papeterie, des accessoires de mode, de la déco. Désormais, je fais uniquement des accessoires de mode, en cuir végétal notamment. J'ai travaillé et affiné mon business plan".

Pour sa "mentor", l'échange est mutuel :

"C'est une grande satisfaction de transmettre une expérience et de s'inscrire en support bienveillant d'une jeune entrepreneure talentueuse et motivée. J'apprends beaucoup moi aussi, au travers de l'expérience de Charlotte : nouveau secteur, nouveau marché, nouveau business modèle, ...C'est une chance de participer à une aventure entrepreneuriale".

Site internet : http://mallow-shop.fr/

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