Aéroport de Toulouse : l'inquiétude d'une nouvelle candidature chinoise

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L'émergence d'un groupe chinois parmi les candidats attise l'inquiétude des actionnaires locaux.
L'émergence d'un groupe chinois parmi les candidats attise l'inquiétude des actionnaires locaux. (Crédits : Rémi Benoit)
De nouveaux candidats ont montré ces derniers jours leur intérêt pour racheter les parts de Casil Europe dans l'aéroport de Toulouse. Un groupe chinois en ferait partie, ce qui inquiète les actionnaires locaux. Ces derniers seront reçus fin mars par le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, pour demander à l'État d'éviter une majorité privée à la tête de la plateforme.

À chaque jour, son nouveau rebondissement pour l'aéroport de Toulouse. La semaine dernière, on apprenait que trois groupes avaient été retenus parmi la dizaine de candidats à la reprise des 49,99% de Casil Europe dans le capital de la plateforme aéroportuaire  : Vinci adossé à la Caisse des dépôts et Predica (filiale de Crédit Agricole Assurances), son rival du BTP, Eiffage, ainsi que le groupement avec le fonds d'investissement Ardian, la Banque Populaire Occitane, la Caisse d'Épargne Midi-Pyrénées et le fonds Mirova de Natixis.

De nouveaux candidats

Lundi 25 février, le groupe français Edeis a officialisé à son tour son intérêt pour l'aéroport. "Edeis est très implanté en Occitanie où le groupe gère déjà les aéroports de Nîmes, de Tarbes et de Toulouse-Francazal", précise l'entreprise qui veut avec son projet baptisé "Aéroport d'Occitanie" faire de la région "le deuxième hub aéroportuaire français derrière la région parisienne". D'après La Dépêche du Midi, Edf Invest serait également sur les rangs ainsi qu'un groupe chinois dont le nom n'est pas connu.

Tous les candidats à la reprise doivent remettre leur proposition ferme pour le 15 mars. Casil Europe espère plusieurs offres au-delà de 500 millions d'euros pour ses parts achetées 308 millions d'euros en 2015. Mais le contrat de régulation économique (CRE) entre l'aéroport et l'État s'arrête au printemps, ce qui pèse à la baisse dans la valorisation de l'aéroport. Les actionnaires chinois pourraient ne pas revendre leur participation s'ils estiment que les offres sont trop faibles.

"La Chine veut étendre son influence dans le monde"

L'émergence d'un groupe chinois parmi les candidats attise l'inquiétude des actionnaires locaux. "On a l'impression que les groupes français ont servi de lièvres pour faire monter les enchères. Ce n'est pas rassurant", fait remarquer Bernard Keller, vice-président de la Métropole qui siège au conseil de surveillance de l'aéroport. De son côté, Jean-Louis Chauzy, président du Ceser Occitanie, affirme :

"C'est une surprise sans en être une. La Chine veut étendre son influence dans le monde en rachetant des infrastructures comme les ports et les aéroports pour construire de nouvelles routes de la soie. Elle n'est pas prête à renoncer à l'aéroport de Toulouse, car c'est là qu'est implanté Airbus, c'est une opportunité d'être au coeur de l'industrie aéronautique française."

L'avocat du collectif opposé à la privatisation de l'aéroport, Christophe Lèguevaques, met l'accent pour sa part sur le fait que "la cession des parts de Casil Europe pourrait échapper à tout impôt en France sur les plus-values" étant donné que la société Casil Europe (dont le siège est à Paris) "est détenue par une autre société basée à Hong-Kong qui fait partie de la liste grise des paradis fiscaux". Il estime qu'au moment de la cession des parts de l'État, "Bercy aurait dû s'intéresser à ce montage opaque".

casil europe

Casil Europe est détenue par des actionnaires chinois via un montage complexe de sociétés.

L'avocat a annoncé par ailleurs vendredi dernier que le président du Tribunal de Commerce de Paris a autorisé la CGT31, FSU31 et Solidaires31 à assigner Casil Europe le 13 mars prochain, demandant "la mise sous séquestre des actions que Casil Europe détient dans le capital de la société Aéroport Toulouse-Blagnac". L'objectif affiché est d'empêcher la revente des actions chinoises "tant que la justice administrative et commerciale n'a pas validé définitivement la cession opérée en avril 2015 entre Casil Europe et l'Etat". Le collectif a mené un recours pour annuler la vente qui est toujours à l'étude par la Cour d'appel de Paris.

Une rencontre avec Bruno Le Maire fin mars

Enfin, les opposants à la privatisation ont adressé mardi 26 février une lettre ouverte en demandant à être reçus par Bruno Le Maire à l'occasion de sa rencontre avec les élus locaux. Une rencontre était prévue initialement le 6 mars, mais celle-ci a été décalée à fin mars en raison de l'examen de la loi Pacte.

Les actionnaires locaux (CCI, Département de Haute-Garonne, Toulouse Métropole et Région Occitanie qui détiennent 40% du capital) veulent profiter de cette entrevue pour demander au gouvernement de garder ses 10,01% de parts restantes dans l'aéroport et empêcher ainsi un acteur privé de devenir majoritaire dans la société d'exploitation de l'aéroport Toulouse-Blagnac.

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Commentaires
a écrit le 28/02/2019 à 9:39 :
Le problème n'étant pas réellement d'ordre économique mais diplomatique car surtout d'espionnage, les chinois ayant tout intérêt sur les aéroports à faire profil bas afin de pouvoir les acquérir dans un premier temps pour les utiliser pleinement dans un second temps pour leur fin expansionniste.

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