Comment Toulouse veut décrocher un institut universitaire d'intelligence d'artificielle

L'université fédérale de Toulouse a déposé le 28 septembre dernier un dossier de candidature auprès de l’Agence nationale de la recherche pour accueillir l'un des cinq instituts dédiés à l'intelligence artificielle suggérés par le député Cédric Villani. En compétition avec d'autres pôles universitaires français, Toulouse compte se distinguer par sa maîtrise de l'intelligence artificielle hybride, une autre logique que le pur deep learning prôné par les GAFA.

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Le robot Ziggy a été présenté au public fin février à l'université Paul-Sabatier de Toulouse.
Le robot Ziggy a été présenté au public fin février à l'université Paul-Sabatier de Toulouse. (Crédits : Rémi Benoit)

Toulouse n'a pas pu reconquérir l'Idex, parviendra-t-elle à décrocher son institut universitaire d'intelligence artificielle ? L'Université fédérale de Toulouse a déposé le 28 septembre dernier, auprès de l'Agence nationale de la recherche, un dossier de candidature pour accueillir un institut interdisciplinaire d'intelligence artificielle. Une initiative en réponse à l'appel à manifestations d'intérêt porté par le député et mathématicien Cédric Villani.

Dans son rapport sur l'IA demandé par le gouvernement, le scientifique plaidait pour la création d'"un réseau de recherche d'excellence" consacré à cette thématique à travers des instituts interdisciplinaires répartis sur tout le territoire" et affichait l'objectif de tripler le nombre de personnes formées à l'IA d'ici à 2020. Quatre à cinq lauréats devraient être désignés en France à l'issue de la procédure de sélection.

"À ma connaissance, une dizaine de projets sont déjà en réflexion en France", observe Philippe Raimbault, le président de l'Université fédérale de Toulouse.

Une intelligence artificielle alternative au deep learning des GAFA

Face à la concurrence, la Ville rose compte se distinguer par une approche originale de l'intelligence artificielle.

"Depuis 40 ans, nous sommes l'un des seuls pôles universitaires à travailler sur l'intelligence artificielle symbolique. Cette dernière est née dans les années 50, elle comporte l'avantage de fournir des résultats toujours fiables. En revanche, elle n'est pas capable d'apprendre toute seule. Contrairement au deep learning, l'autre forme d'intelligence artificielle qui a connu un grand succès depuis les années 90 et qui est privilégiée par les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple).

Mais le deep learning ne fournit pas des résultats toujours fiables et explicables. Or, à l'heure où les avionneurs comme Airbus nous demandent de réfléchir à des avions sans pilote, on ne peut pas se permettre de voir un appareil géré par du deep learning plonger à pic et s'écraser pour une raison inconnue. Le deep learning présente aussi des problèmes éthiques avec le risque de biais des données. Si des femmes sont très peu représentées dans un laboratoire, l'IA chargée de sélectionner les profils peut décider d'écarter toutes les candidatures féminines et renforcer les inégalités. Pour éviter ces situations, il faut mettre un cadre à l'IA.

Les chercheurs toulousains planchent donc sur une intelligence artificielle hybride, qui insère la logique de l'IA symbolique dans du deep learning", détaille Nicholas Asher, le porteur de projet scientifique et par ailleurs directeur de recherche CNRS au sein de l'Irit (institut de recherche en informatique de Toulouse).

Le chercheur relève qu'"à Paris, où se sont installés récemment les géants américains Facebook et Google, les universitaires travaillent surtout sur le deep learning pur".

Au-delà de cette particularité, l'université table aussi sur la puissante filière économique toulousaine pour appuyer son projet baptisé ANITI (Artificial and Natural Intelligence Toulouse Institute). "Nous avons la chance de bénéficier d'un écosystème dense avec l'industrie aéronautique, spatiale et automobile", relève Philippe Raimbault. D'ailleurs, selon le président de l'Université fédérale, les industriels pourraient apporter un tiers des 20 millions d'euros annuelles nécessaires au fonctionnement de cet institut, les fonds restants étant à chercher du côté du programme d'investissements d'avenir de l'État (PIA) et des universités.

Doubler les étudiants formés à l'IA à Toulouse

L'implantation de cette structure pourrait permettre d'accroître les formations en IA.

"Toulouse recense déjà 500 chercheurs qui travaillent sur l'intelligence artificielle. L'ambition est de doubler le nombre d'étudiants formés à l'IA à l'horizon 2023, ainsi que d'augmenter significativement le nombre de docteurs dans les domaines de l'IA. Nous comptons à ce jour une centaine de docteurs qui soutiennent chaque année une thèse sur l'IA. 500 diplômés de master sont également formés. L'enjeu est aussi de toucher un public plus large, comme par exemple les BTS informatique", précise Philippe Raimbault.

Toulouse devrait avoir un premier retour de l'État sur sa candidature fin octobre.

Lire aussi : IA : "Les données sont devenues de l'or" selon le patron d'IBM France

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Commentaires 6
à écrit le 14/10/2018 à 20:06
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"universitaire d'intelligence d'artificielle" un d' en trop ? "universitaire d'intelligence artificielle" plutôt ?

à écrit le 14/10/2018 à 17:06
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"L' IA terme " à la mode, c'est du grand n'importe quoi ! Logiciels et algorithmes ne sont pas la panacée loin delà , prudence. Nous avons déjà un président/gouvernement artificiel sauf pour les taxes... méfiance. Je vous...

à écrit le 11/10/2018 à 11:29
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Une photo de robot qui est incapable d'attacher ses lacets et ça y est on a notre sujet sur l'IA ! LE truc qui n'existe pas mais que l'on vend déjà. Aliénant... -_-

le 14/10/2018 à 17:27
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Les bonimenteurs n'ont pas disparus ... y' en a de plus en plus, exemple Macron !

le 14/10/2018 à 20:10
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L'IA n'est pas censée faire apprendre à lacer ses lacets. L'IA de reconnaissance de grains de beauté douteux, voire mélanome, elle n'a pas de pieds. :-) Elle se fait son expérience par analyse de données en quantités avec le résultat associé (sinon ...

le 15/10/2018 à 19:36
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"L'IA n'est pas censée faire apprendre à lacer ses lacets" Heu c'est une blague cette phrase ? Si vous savez ce que doit apprendre ou pas une IA c'est que vous ne parlez pas d'une IA, réfléchissez svp, merci.

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