Idex : comment expliquer le nouvel échec de l'Université de Toulouse ?

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L'Université Jean-Jaurès a été l'objet de plusieurs semaines de blocage d'étudiants opposées au rapprochement des universités.
L'Université Jean-Jaurès a été l'objet de plusieurs semaines de blocage d'étudiants opposées au rapprochement des universités. (Crédits : Rémi Benoit)
La ministre de l'Enseignement supérieur annonce ce lundi 19 mars que l'Université de Toulouse n'a pas convaincu le jury de l'Idex de lui réattribuer le label perdu en avril 2016.

Le couperet est tombé ce lundi 19 mars. La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal annonce dans un communiqué que "malgré les avancées notables et le potentiel scientifique remarquable du site toulousain, le projet Idex Uniti n'a pu être retenu". L'Université de Toulouse qui a perdu le label Idex en avril 2016 n'a pas réussi à le reconquérir. Mercredi dernier, les présidents des quatre établissements candidats au label Idex (les universités Jean-Jaurès et Paul-Sabatier, ainsi que les écoles d'ingénieurs INP et INSA) s'étaient rendus à Paris pour exposer aux membres du jury du label leur dossier de candidature lors d'une présentation orale.

Pas "de réelle adhésion de tous les acteurs à une démarche de transformation"

"Le jury a pris acte des avancées réalisées par les porteurs du projet de Toulouse dans un contexte difficile, de leur volonté de construire une université reconnue comme telle à l'international et de l'émergence d'une nouvelle dynamique visant à tirer profit du fort potentiel scientifique et des nombreux atouts du site. Il a toutefois jugé celles-ci insuffisantes pour atteindre l'objectif que le projet Uniti s'est fixés, faute d'une réelle adhésion de tous les acteurs à une véritable démarche de transformation qui réponde aux objectifs de l'action Idex", explique le communiqué.

À l'Université Jean-Jaurès, le rapprochement des universités prévu dans le projet Idex ne fait pas l'unanimité auprès de certains élèves et membres du personnel qui ont multiplié depuis des mois les grèves et les blocus. Ces opposants craignent qu'une telle réorganisation ait des répercussions sur les fonds de l'université et les frais d'inscription.

"Ce projet ne faisait pas l'unanimité au sein de ma communauté éducative, y compris au sein du conseil d'administration, a reconnu Daniel Lacroix, le président de l'Université Jean-Jaurès. Quand le jury parle de manque d'adhésion on peut le comprendre dans ce sens mais c'est peut-être aussi une référence au fait que toutes les établissements n'étaient pas réunis dans la candidature (comme par exemple, l'Université Toulouse-I Capitole, ndlr)."

La reconquête de l'Idex aurait permis à l'Université de Toulouse de décrocher un budget commun supplémentaire de 25 millions d'euros par an. En avril 2016, cette dernière avait perdu ce label décroché une première fois en 2013. Le jury dénonçait déjà un manque d'adhésion au projet :

"L'objectif Idex est impossible à atteindre sans une dynamique toute nouvelle et des mesures de rupture. Il (le jury, NDLR) a en effet considéré qu'on ne pouvait observer une adhésion des acteurs à une démarche de transformation conduisant à une université de recherche intégrée, visible au plan international et reconnue comme telle."

Quelques mois auparavant des critiques au sein du milieu universitaire avaient été émises à l'encontre du mode de gouvernance de l'Université fédérale et de l'avancement du programme Idex.

Un problème de gouvernance ?

Ce lundi soir, les présidents d'université n'avaient pas encore eu accès à la fiche détaillée du jury. "J'ai eu la ministre au téléphone dimanche soir et d'après elle, il y a aussi un point sur la question de la gouvernance, a expliqué Philippe Raimbault, le président de l'Université fédérale de Toulouse. Pourtant par rapport à 2016, nous avons  proposé beaucoup de rapprochements entre les établissements au niveau des politiques de ressources humaines, de l'obtention des diplômes..."

Plutôt qu'une fusion des universités, le projet toulousain prévoyait un rapprochement des établissements sous forme de collèges : "Nous avions proposé 6-7 collèges : l'ingénierie qui regroupait l'INP, l'Insa et des formations de l'Université Paul-Sabatier, un autre pour les IUT, la santé avec les facultés de médecine et de pharmacie, les sciences humaines et sociales avec les formations de l'Université Jean-Jaurès,...", fait remarquer François Demangeot, vice-président du conseil d'administration de l'Université Paul Sabatier.

"Cette forme d'organisation déconcentrée est très proche de ce qu'a proposé Paris Sorbonne (qui de son côté a obtenu la confirmation de son label Idex, ndlr)", complète Daniel Lacroix.

Les présidents d'université espèrent un accompagnement financier pour recandidater

La ministre de l'Enseignement supérieur a promis de recevoir les présidents d'université "dans les jours qui viennent" pour les accompagner "dans la construction d'un projet ambitieux à la hauteur de son potentiel reconnu et capable de rassembler largement les forces scientifiques du site". Les présidents d'établissements veulent négocier une aide financière pour recandidater. "Cette décision marque un véritable coup d'arrêt. La candidature toulousaine a mobilisé 500 personnes", relève Philippe Raimbault.

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Commentaires
a écrit le 22/03/2018 à 8:12 :
Quand on voit comment certaines universités de petite dimension comme Nice ont réussi à décrocher et conserver l'IDEX alors que, de paroles de ministre, elles ne correspondait pas vraiment aux critères, on reste étonné que Toulouse et Montpellier n'aient pu accéder à ce titre et aux subventions à la clé... Même un peu suspicieux...
a écrit le 19/03/2018 à 20:08 :
Il faudra trouver l'intérêt pour les écoles d'ingénieurs de se rapprocher de l'université. Les deux systèmes sont antagonistes et les écoles cherchent absolument à se démarquer. Le système français est très spécifique et bien loin du modèle anglo-saxon où, d'ailleurs, la notion d'université est aussi assez éloignée de ce que nous avons ici.
a écrit le 19/03/2018 à 17:47 :
Entre les lignes : un machin pour capter des fonds publics supplementaires tout en augmentant les frais d'inscriptions....quel était le projet pédagogique de ce rapprochement lié à l'obtention du label? On n'en sait rien...😎

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