Des ruches connectées à l'université de Toulouse pour surveiller le déclin des abeilles

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l'université Paul-Sabatier va installer au mois d'avril prochain cinq ruches équipées de capteurs pour suivre l'état de santé des colonies d'insectes.
l'université Paul-Sabatier va installer au mois d'avril prochain cinq ruches équipées de capteurs pour suivre l'état de santé des colonies d'insectes. (Crédits : Université Toulouse III)
Dans le cadre du projet APIcampus, l'université Paul-Sabatier va installer en avril prochain cinq ruches équipées de capteurs de température, de poids et même de son. Développés par des étudiants et la startup Beeguard, ces nouveaux outils doivent faire avancer la recherche sur les abeilles actuellement menacées par les pesticides mais aussi aider les apiculteurs à mieux anticiper la récolte.

Les objets connectés vont-ils permettre de sauver les abeilles ? Premières victimes des pesticides et de la propagation du frelon asiatique, les abeilles sont menacées de disparition. Certaines ruches en Europe affichent déjà des taux de mortalité de 80%. Cette disparition pourrait bouleverser toute la chaîne alimentaire étant donné que les pollinisateurs conditionnent la récolte des arbres fruitiers mais aussi du café et du cacao. Mais pour le moment, les chercheurs n'ont pas assez de données pour démontrer ce qui tue les abeilles. Pour y remédier, à Toulouse l'université Paul-Sabatier va installer au mois d'avril prochain cinq ruches équipées de capteurs pour suivre l'état de santé des colonies d'insectes.

"Le campus dispose déjà depuis quelques années d'une cinquantaine de ruches pour de la recherche. Elles ne sont pas équipées de capteurs, les seules informations que nous avons sur leur état de santé proviennent de l'apicultrice qui s'en occupe", explique Mathieu Lihoreau, chargé de recherche CNRS au Centre de recherche sur la cognition animale (CRCA) et spécialiste du bourdon.

Un capteur de son pour prédire les migrations d'abeilles ?

Pour mettre au point les ruches connectées, l'université de Toulouse a noué un partenariat avec la startup Beeguard, basée à Labège (31). Cette jeune société fondée en 2016 a déjà déployé plus d'un millier de ruches connectées auprès d'apiculteurs français. "Un boîtier connecté est mis à l'intérieur de la ruche, il permet de détecter la température interne et centralise les informations d'autres capteurs. Un détecteur de poids permet à l'apiculteur de savoir à distance si les abeilles ont travaillé.", détaille Christian Lubat, fondateur de Beeguard.

Dans le cadre du projet APIcampus, l'université a demandé à ses étudiants en systèmes embarqués d'inventer des capteurs avec des fonctionnalités plus poussées pour répondre aux besoins de la recherche.

"Par exemple, ils travaillent sur un capteur de son qui sera installé à l'intérieur de la ruche. Cela pourrait permettre de prédire la phase d'essaimage (autrement dit quand une partie des abeilles quitte la ruche après la naissance d'une nouvelle reine). On sait en effet qu'avant cette phase, des vibrations particulières sont émises dans la ruche", informe, Mathieu Lihoreau.

Des abeilles idiotes à cause des pesticides ?

D'autres découvertes scientifiques pourraient advenir en croisant la douzaine de paramètres récoltés via les capteurs. On pourrait ainsi bientôt savoir si les abeilles sont en train de devenir idiotes à cause des pesticides. Le laboratoire de recherche toulousain CRCA travaille depuis des années sur le cerveau des abeilles. "Les abeilles ont besoin de se répérer dans l'espace pour retrouver le chemin de la ruche sinon elles meurent. De même, si elles remarquent qu'une plante jaune d'une certaine forme a un nectar de qualité, elles vont avoir tendance à rechercher d'autres plantes ressemblantes. Or, des études ont montré que les abeilles exposées aux pesticides néonicotinoïdes récoltent moins de pollen que la normale", avance Mathieu Lihoreau.

"L'objectif du projet à terme est d'implanter d'autres ruches connectées, en milieu urbain et rural, en France et ailleurs en Europe par le biais des apiculteurs avec lesquels travaille la société Beeguard mais aussi en nouant des partenariats avec d'autres universités, complète Nathalie Del Vecchio, maître de conférences et coordinatrice du projet APIcampus. De quoi avoir un réseau de ruches sentinelles pour observer les menaces qui pèsent sur les abeilles.

"Aujourd'hui, le frelon asiatique est présent quasiment dans toute la France mais pas en Allemagne, on pourrait observer les effets sur la santé des abeilles", poursuit-elle.

En attendant l'installation des ruches, des ateliers ouverts aux riverains, aux étudiants et profs seront organisés régulièrement dans une optique de vulgarisation scientifique. De même, une centaine d'arbres mellifères (fournissant beaucoup de pollen) comme des tilleuls des bois ou des poiriers sauvages ont été installés sur le campus. À noter que les porteurs du projet recherchent des fonds pour financer des thèses afin de déployer l'observation des ruches connectées à grande échelle.

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