Quelles pistes de sortie de crise pour Morning et la Maif ?

Plusieurs investisseurs ont manifesté leur intérêt pour Morning lors de la réunion de crise du 16 décembre. La Maif s'est engagée à financer à court terme la startup de la fintech en attendant de trouver de nouveaux investisseurs.

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Eric Charpentier
Eric Charpentier (Crédits : Rémi Benoit)

Épinglée par l'ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) le 1er décembre, Morning risquait de fermer ses portes avant la fin de l'année. La startup haut-garonnaise connaissait de graves difficultés financières depuis septembre. Difficultés aggravées par les désaccords de stratégie entre Éric Charpentier, son fondateur, et la Maif, son principal actionnaire.

Vendredi 16 décembre, à l'issue de deux réunions entre les actionnaires de Morning, "l'assureur militant" a proposé de financer à nouveau l'entreprise pour "quelques semaines" afin de "permettre à Morning de poursuivre son activité" et de payer les salaires des 49 employés jusqu'en janvier. Présentés ce mardi 20 décembre en fin de journée à l'ACPR, les détails de ce plan de continuation demeurent confidentiels.

"Notre priorité reste de rétablir les services", s'est contentée de réagir la direction de Morning. "Éric Charpentier est prêt à tout pour assurer l'avenir de sa société, insiste Christophe Lèguevaques, l'avocat de la startup. L'important est que l'ACPR annule la suspension de l'agrément, que la confiance des clients soit assurée et que l'on puisse étudier les offres des investisseurs."

Ce déblocage temporaire doit en effet donner le temps à Morning de faire entrer de nouveaux actionnaires au capital. "Les deux parties ont décidé qu'un acteur industriel pourrait intégrer le capital de Morning en janvier, précise Christophe Lèguevaques. La Maif ne veut plus être l'actionnaire principal."

Selon nos informations, trois acteurs ont fait part de leur intérêt pour Morning, vendredi à la préfecture : une société dont le projet n'aurait pas assuré l'avenir des 49 salariés, la banque Edel (Labège) et Treezor, une entreprise parisienne proposant des services de paiements.

"L'agrément de Morning ne lui permet de gérer que 3 millions d'euros de flux financier par an et sa plateforme coûte cher, nous confie aujourd'hui Grégoire Bourdin, le président de Treezor. Si un investisseur injecte du capital, nous pourrions proposer nos services techniques à Morning qui continuerait à exploiter la marque."

Un modèle et un entrepreneur controversés...

Malgré ce répit, l'actualité de la startup suscite de nombreuses réactions à Toulouse.

"Morning a pivoté vers la néobanque en avril. La Maif a été mise devant le fait accompli et a constaté que la gestion financière de Morning n'était pas optimale, euphémise un connaisseur du secteur fintech. 49 salariés, c'est beaucoup quand le produit n'est pas finalisé et que le modèle économique n'est pas validé."

Président de Lyra Network, qui fournit les plateformes de paiements de la startup financière, Alain Lacour s'interroge quant à lui sur la communication d'Éric Charpentier :

"Son agressivité envers les banquiers requins est pour le moins étonnante, voire irresponsable, car les paiements de Morning sont collectés par Crédit Agricole Payments et ses comptes sont gérés par le Crédit Agricole Pyrénées Gascogne".

Pour Benjamin Böhle-Roitelet, le directeur d'Ekito, l'affaire pourrait affaiblir le "fragile" écosystème toulousain des startups : "Ce type d'affaire, tout comme celle récente de Meet My Designer, peut mettre en danger la crédibilité de l'ensemble d'une filière, tant du côté investisseurs, que startups, grands groupes ou structures d'accompagnement associés à ces projets. J'en appelle donc clairement à plus de maturité, d'exigence, de transparence et d'attention."

... mais fermement soutenus par la Région

Malgré cette controverse, la Région Occitanie, qui a appuyé la société auprès de l'ACPR lors de sa demande du premier agrément et alloué 72 000 euros pour la construction de son siège social, maintient sa confiance dans la jeune entreprise basée à Saint-Élix-le-Chateau.

"Nous n'intervenons pas financièrement pour soutenir les entreprises en difficulté mais Carole Delga a insisté auprès de la Maif pour que se tienne une réunion de transparence financière vendredi, explique Nadia Pellefigue, la vice-présidente socialiste en charge des Finances, de l'enseignement supérieur et des usages numériques.

L'approche Fintech de Morning et son offre en font une startup prometteuse et innovante. C'est la première à avoir obtenu l'agrément bancaire d'établissement de paiement en Occitanie. Cinquante emplois dans un territoire rural, cela mérite que nous nous mobilisions pour trouver des solutions."

Ce soutien du conseil régional fait écho aux messages de solidarité diffusés sur Twitter via #JesoutiensMorning, à l'image de celui de Denys Chalumeau (un des actionnaires minoritaires) : "Morning est un espoir de banque sans banquier. Une banque citoyenne. Pour moi, sa vision et ses prises de risque sont les stigmates de son génie."

Un engouement partagé par Édouard Forzy, le coprésident de La Mêlée (au même titre qu'Éric Charpentier) qui retient de cette aventure entrepreneuriale "une vraie équipe soudée autour d'un projet et surtout d'un homme".

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Commentaires 8
à écrit le 22/12/2016 à 6:26
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Le compte de cantonnement est intouchable et c'est bien peut-être parce que Eric CHARPENTIER ne cesse de crier haut et fort qu'il n'est pas une banque comme les autres, qu'il a décidé d'enfreindre les dispositions légales. Monsieur CHARPENTIER a prou...

le 30/12/2016 à 18:28
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Oui c'est une faute grave qui va porter aussi atteinte à la e-réputation (la confiance) de la Fintech. Néanmoins aviez-vous lancés vos cries d'orfraie lorsque les banques tradi. jouaient en bourse vos salaires, spéculaient sur les matières premières ...

à écrit le 21/12/2016 à 14:23
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La sortie de crise c'est qu'il faut sortir de cette boite le fondateur qui a puisé dans le compte de cantonnement clients normalement intouchable.Je connais des gens qui ont ouvert une cagnotte pour leur mariage et n'arrivent plus à récupérer leur ar...

le 21/12/2016 à 18:57
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ils ne sont pas adossés au crédit mutuel arkea. arkea est l'actionnaire majoritaire. a noter que le pot commun qui lui appartement à BPCE proposent les mêmes services et ne tape pas dans le compte de cantonnement. il ne reste qu'un bien de valeur c'e...

à écrit le 21/12/2016 à 14:21
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Bonjour, Autrement dit, les entreprises prêtes à injecter des fonds dans Morning sont : - La Maif, mais à titre temporaire (mais pas pour l'avenir, contrairement au nom du fonds) - Une société inconnue qui ne reprendrait pas les salariés - U...

le 21/12/2016 à 17:39
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Non les Fintechs locales ou nationales ne sont pas en cause mais c'est à nous ,clients, d'être vigilants et de sélectionner les fintechs fiables si l'ont veut leur confier notre argent car elles n'ont pas de garanties pour les dépôts comme l'ont les ...

le 30/12/2016 à 18:22
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Ce que l'on sait, c'est que l'on ne sait rien, juste que Morning (outre la bétise d'Eric qui a voulu aller plus vite -c'est de mise pour les projet disruptif- et forcer son actionnaire majo.) a un avenir en tant que tel. A moins d'attendre les GAFA g...

à écrit le 20/12/2016 à 23:51
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La Région, toujours aussi clairvoyante.

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