Fintech : la Maif dénonce la communication et la stratégie de Morning

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Nicolas Siegler, directeur adjoint de la Maif
Nicolas Siegler, directeur adjoint de la Maif (Crédits : maif)
La Maif (actionnaire à 40 % de Morning) réagit au plan de communication d'envergure mené par la startup toulousaine depuis ce weekend. Nicolas Siegler, directeur général adjoint de la Maif, assure que la "néo-banque" ne peut s'en sortir qu'en faisant entrer un industriel à son capital. Il appelle Eric Charpentier à "prendre ses responsabilités de chef d'entreprise envers ses 50 salariés". Une réunion doit avoir lieu vendredi sous l'égide du commissaire au redressement productif. Interview.

Éric Charpentier, fondateur de Morning, affirme que le comportement de la Maif met en péril l'avenir de la société. Que lui répondez-vous ?
Je lui réponds que c'est très triste de lire cela. Il y a 18 mois, nous avons investi 4 millions d'euros dans le projet de Payname, avec enthousiasme. Entendre cela maintenant, c'est beaucoup de déception. La Maif n'est pas à l'origine des problèmes de Morning. C'est Morning qui est à l'origine des problèmes de Morning.

Quels sont les problèmes à l'origine de la situation actuelle selon vous ?
Nous avons une divergence de vue stratégique avec Éric Charpentier depuis avril 2016. Avec sa néo-banque, il a voulu axer sa stratégie vers le BtoC alors que nous pensons que le modèle économique de la société n'est valable qu'avec du BtoB. Dans la perspective d'une levée de fonds avant fin 2016, il fallait des résultats probants et nous l'avons dit à Éric Charpentier. Il ne nous a pas entendus. On voit bien aujourd'hui que la stratégie BtoC n'est pas génératrice de revenus car les clients ne souscrivent pas aux options payantes.

La Maif soutient-elle toujours Morning ?
La Maif soutient Morning, d'autant plus qu'elle cherche toujours un investisseur pour entrer au capital et sauver l'entreprise. Nous avons en effet conditionné notre futur soutien à l'entrée d'un industriel au capital. Nous ne voulons plus être le seul actionnaire de référence. Nous sommes un actionnaire de 1er tour, maintenant il faut qu'un industriel investisse pour créer des synergies et rendre le modèle économique viable.

Éric Charpentier ne veut pas qu'un industriel bancaire rentre à son capital car il ne veut pas être dépossédé de son innovation. Comprenez-vous cela ?
Oui, je comprends son point de vue, mais il faut avoir les moyens de son ambition. Malheureusement, Morning ne survivra pas autrement. La startup a besoin de s'appuyer sur un vrai projet industriel. Pas forcément celui d'une banque, il peut s'agir d'un acteur de la grande distribution par exemple. Le problème, c'est que plusieurs investisseurs étaient intéressés mais qu'avec la communication opérée par Éric Charpentier ces derniers jours, ils ne risquent pas de s'engager. Ce serait bien qu'Éric Charpentier mène une communication qui aille en faveur de la survie de son entreprise et non pas l'inverse.

C'est un choix difficile pour lui : remettre son innovation dans les mains d'un autre ou mettre la clé sous la porte...
C'est de la responsabilité du chef d'entreprise de se poser les bonnes questions : il peut agir selon sa vision idéaliste ou bien assurer l'avenir de 50 salariés et 70 000 clients. Il faut qu'il accepte d'en passer par là.

Pour lui, les délais sont intenables, que répondez-vous?
Je confirme ! Mais cela fait 6 mois que nous lui disons de trouver un nouvel investisseur.

Le projet de Morning était de rentrer en bourse en mars prochain, souteniez-vous ce projet ?
En soi, rentrer en bourse n'est pas une mauvaise idée, mais ce n'était pas le moment et cela n'aurait pas réglé les problèmes de la société. Il manquait environ 4 millions d'euros à Morning pour faire une bonne entrée en bourse. Il faut régler les problèmes dans l'ordre.

Êtes-vous encore en contact avec Éric Charpentier ?
Non, Éric Charpentier ne donne plus de nouvelles aux actionnaires depuis un mois. La Maif ainsi que les autres actionnaires, notamment La Dépêche du Midi, Wiseed et l'investisseur Denys Chalumeau, ont demandé des informations et davantage de transparence sur les intentions d'Éric Charpentier. Il ne nous a pas répondu.

Il estime que la Maif bloque la situation en ne soutenant pas Morning, tout en restant au capital.
Je crois qu'Éric Charpentier ne comprend pas bien ce qu'il se passe. Nous pourrions sortir du capital, mais il faudrait le revendre, or, pour le moment, il n'y a personne. Comme je l'ai dit, plusieurs banquiers étaient intéressés mais après les propos tenus par Éric Charpentier, ils ne souhaitent pas donner suite.

Il y aura une réunion vendredi 16 décembre sous l'égide du commissaire du Redressement productif, pourquoi faire ?
Les actionnaires seront réunis ainsi qu'Éric Charpentier, mais aussi la Banque de France et d'autres institutionnels. Le but est de "faire le point sur la situation de l'entreprise" selon l'invitation de la préfecture.

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Commentaires
a écrit le 16/12/2016 à 7:18 :
Morning a sûrement commis des erreurs, mais quand on voit l'immobilisme interne de la MAIF, on comprend vite pourquoi ces deux là ont du mal à se comprendre!
MAIF investit à tout va dans les start'up, moi comme prof et sociétaire je n'y vois aucun bénéfice hormis ma cotisation qui va augmenter! Alors peut être que ça ne marche pas avec Morning mais attention à ne pas nous tenter avec un Good bye!!!!
a écrit le 14/12/2016 à 12:16 :
Eric Charpentier est l'incarnation du système Delga : on dépense sans compter, on met en scène, on courtise les élus, on pioche dans l'argent public, on fait pression, on fait du chantage. Il serait temps d'ouvrir les yeux sur ce système d'incompétence, de Morning à l'Occitanie. #jenesoutienspasmorning
a écrit le 14/12/2016 à 11:52 :
En criant son désespoir sur les réseaux professionnels cet entrepreneur a précipité la mort de son entreprise ... Ce n'est d'ailleurs pas son premier échec, déjà 2 entreprises montées par ce monsieur ont coulées laissant des salariés sur le carreaux. Peut-être est-il temps de se remettre en question ?
C'est bien d'avoir de l'ambition mais c'est dans l'intérêt de tous (patron, salariés, MAIF) que le business model génère du profit. Avant de se lancer dans des levées de fonds sur le marché boursier ce monsieur doit proposer une alternative rentable.
Mais pour cela il devrait écouter ses partenaires ...
a écrit le 14/12/2016 à 8:53 :
La MAIF s'est peut être fourvoyée dans l'investissement de cette Fintech"Morning" qui ne trouve pas de gros investisseur et dont la trésorerie est négative.
On n'est pas aux USA avec des milliers de Business Angels et de capital risqueurs et le fondateur de cette start up n'a pas les moyens de son rêve d'indépendance mais ne veut pas d'établissements bancaires comme investisseurs ? Lol
a écrit le 14/12/2016 à 8:30 :
Mais il vit où ce monsieur?
Si morning a des clients c'est parce qu'ils n'en veulent plus du secteur bancaire actuel, alors si un banquier rentre au capital, c'est la mort de morning. Je trouve que vous avez d'un coup beaucoup d'informations sur quel banquier est intéressé ou pas....
Réponse de le 14/12/2016 à 10:12 :
Pour le moment le plus important est de savoir si les 70 000 clients de Morning vont revoir leur argent car d'après les médias, la start up aurait pioché dans les fonds des clients pour son développement au lieu de le financer sur ses fonds propres et comme Morining n'est pas une banque ,pas de garantie de 100 000 euros pour les clients dont les comptes sont maintenant gelés.
a écrit le 14/12/2016 à 8:30 :
ca resume bien le dilemne de l'entrepreneur, et du capital risque
y a bcp de gens qui n'y reflechissent pas avant
apres y a ceux qui ont un peu de chance et managent bien le projet, comme bill gates
il a garde une grosse part sans en rester unique proprio......
ca se gere des le debut
pour ce gars c'est trop tard
bon, s'il y a depot de bilan, il y aura bien une ame charitable pour lui racheter pas cher ses brevets.......
a écrit le 14/12/2016 à 4:45 :
Bonjour,

J'ai créé une cagnotte avec Morning pour mon voyage de noce, celle ci étant bloquée maintenant avec 100% des sommes versées par nos familles et amis.

Est ce que la Maif comprend que cela leur coûtera plus cher en image et en clientele future, que de débloquer la situation rapidement (pour peut être 500k€?) ?

Cordialement
Réponse de le 15/12/2016 à 0:23 :
la maif n'y est pour rien , c est un actionnaire qui a joué et perdu 4m€
d'autres comme tous les pigeons clients de wiseed ont aussi perdu des fonds en croyant que des spécialistes allaient bien les conseiller
ce n'est pas leur role de recapitaliser s'ils ne le souhaitent pas
le dirigeant a détourner des fonds et devrait etre en prison pour cela
a ce moment la un investisseur aurait pu racheter le truc a 1 euro a la barre du tribunal en s'engageant a indemniser les petits porteurs mais le dirigeant est au lieu de cela en train de détruire l'image de sa boite dans les journaux. aujourd'hui sa boite vaut zéro car personne ne mettra un centime dedans avec une telle image
Réponse de le 15/12/2016 à 10:46 :
@Pierre T
Wow, faut redescendre sur terre! 500 k€ n'est pas juste un chiffre et la MAIF a déjà mis 4 millions, ce n'est pas rien. Et la prochaine fois ça sera combien? Encore un ou deux millions? Ben voyons, en jouant à ce jeu avec tout le monde (il n'y a pas que Morning dans la vie), on aura un peu plus que 50 salariés sur le carreau.
Désolé pour votre voyage de noces, vous avez quand même pris des risques et il faut assumer. Je ne dis pas qu'il faut se taire, mais qu'il ne faut pas rejeter la faute sur n'importe qui, et certainement pas sur le plus facile.
Réponse de le 15/12/2016 à 11:46 :
Si je comprend bien, Morning a continué à recueillir l'argent tout en sachant qu'ils allaient dans le mur... Nous sommes une petite association et avons de l'argent bloqué maintenant... d'un montant non négligeable pour nous. La Maif assure qu'elle cherche une solution... J'espère que cette solution inclus le remboursement intégral des fonds aux petits usagers...

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