Scopelec, en procédure de sauvegarde, montre les dents à Orange, qui l'appelle à "saisir toutes les perches tendues"

Après la mise sous sauvegarde de son sous-traitant Scopelec auprès du tribunal de commerce quelques jours plus tôt, Orange appelle celui-ci "à saisir toutes les perches tendues" dans les colonnes de La Tribune pour passer le creux de la vague. Mais dans ces mêmes colonnes, le président du directoire de la coopérative, Thomas Foppiani, conteste les contours de ce réel soutien et se dit prêt à se battre "avec de nouvelles armes", pour assurer la pérennité de l'entreprise prouver la responsabilité d'Orange dans ce dossier. À court terme, un millier d'emplois serait menacé chez Scopelec suite à la perte de certains contrats avec l'opérateur français représentant 40% de son chiffre d'affaires.

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Engagé dans un différent avec Orange suite à la perte de deux contrats majeurs, Scopelec va jouer sa pérennité dans les prochaines semaines.
Engagé dans un différent avec Orange suite à la perte de deux contrats majeurs, Scopelec va jouer sa pérennité dans les prochaines semaines. (Crédits : scopelec)

À près de trois semaines du premier tour de l'élection présidentielle, c'est un dossier chaud sur le plan économique pour le gouvernement. Spécialisé sur les télécommunications et l'entretien des réseaux dédiées à celles-ci, le sous-traitant occitan Scopelec vient d'être placé en procédure de sauvegarde auprès du tribunal de commerce de Lyon (la maison mère Scopelec SA et Setelen sont concernées). "Cette mise sous protection de l'entreprise était une nécessité afin de protéger l'institution Scopelec", a expliqué l'entreprise dans un communiqué publié vendredi 18 mars, elle qui emploie 3.600 salariés dont une grande partie sont sociétaires de la SCOP et qui affiche un chiffre d'affaires de 470 millions d'euros.

"Au 31 mars, nous n'aurons plus d'activité pour près de 1.000 collaborateurs de Scopelec. Au début de la crise, nous communiquions sur un nombre de 1.500 collaborateurs touchés. Mais, grâce à une réorganisation et des mobilités internes, tandis que d'autres ont quitté l'entreprise pour changer de profession ou aller travailler chez nos confrères, ce chiffre a été revu à la baisse", commente Thomas Foppiani, le président du directoire de Scopelec, joint par La Tribune.

Pour mémoire, la "crise" évoquée par le dirigeant n'est, en l'occurence, pas la guerre en Ukraine, mais la décision officielle de son premier client, l'opérateur français Orange, d'attribuer récemment à des concurrents de Scopelec (suite à un appel d'offres) deux contrats majeurs détenus jusqu'à présent par Scopelec, pesant pour près de la moitié de son activité actuelle.

"Cela fait quatre mois que nous essayons d'éviter l'impact social et économique lié à la perte de ces contrats. Le lien de cause à effet est assez indiscutable, quoi qu'on en dise. Dans les temps impartis, nous sommes dans l'incapacité de résoudre cette problématique et la perte de 40% de notre chiffre d'affaires. Cette mise en sauvegarde va nous permettre de nous y atteler et de nous donner le temps qu'il faut", ajoute Thomas Foppiani.

Lire aussi 4 mnScopelec : "Nous sommes menacés de mort", après la perte de contrats avec Orange

"La balle est dans le camp de Scopelec" (Orange)

Quelques heures plus tôt, Orange a tenu à défendre une nouvelle fois sa position et sa vision dans ce dossier épineux. "Orange ne peut pas accepter d'être mis en accusation de la sorte par Scopelec. Peut-être que d'autres raisons ont mené à cette décision (mise en procédure de sauvegarde, ndlr). Côté Orange, tout ne s'arrêtera pas brutalement au 31 mars pour eux et nous allons fournir à l'entreprise 200 millions d'euros d'activité en 2022, et ce pour pour les trois à six prochaines années", réagit Marc Blanchet, directeur technique et du système information d'Orange France auprès de La Tribune. Jusqu'à présent, l'entreprise installée en Occitanie faisait partie des deux plus gros sous-traitants d'Orange en France, dans l'entretien des réseaux, le développement de ces derniers et notamment la fibre, ainsi que le service après vente. Désormais, Scopelec sera dans le top 6 selon la direction de l'opérateur français.

"L'entreprise a perdu des zones géographiques et s'est renforcée dans d'autres. Cela impose une transformation. Nous avons envie et besoin que Scopelec réussisse cette transformation car la société reste un partenaire historique important pour Orange et nous avons des réunions presque tous les jours avec eux sur ce sujet. Si Scopelec se saisit de toutes les perches tendues, elle parviendra à réussir sa transformation. La balle est dans leur camps", est persuadé Marc Blanchet.

Le dirigeant fait référence a des contrats additionnels de quelques millions d'euros qu'Orange pourrait attribuer à Scopelec le temps d'amortir le choc et "des négociations sont en cours sur ce point", selon Thomas Foppiani, qui ajoute néanmoins que "les perches tendues ne sont pas à la hauteur de (nos) réalités". Par ailleurs, le représentant d'Orange évoque entre les lignes les éventuels accords sur des transferts de salariés entre Scopelec et les nouveaux sous-traitants d'Orange afin de sauver les emplois concernés par la perte des contrats du premier en faveur des seconds. "Ces dernières semaines, les discussions ont permis d'avancer sur ce point à travers des propositions opérées par une partie de nos confrères et concurrents, mais nous ne pouvons pas forcer les salariés à accepter ces propositions", commente le président du directoire de Scopelec.

"Nous demandons des accords tripartites entre Scopelec, ses salariés et les nouveaux sous-traitants sur cette question du transfert des salariés. Nous voulons conserver notre ancienneté, notre rémunération et nos acquis sociaux. Mais pour le moment, tout est bloqué car ils veulent recruter pas cher des gens expérimentés qui ont fait cela toute leur vie. Les salariés sont déboussolés et inquiets pour la suite. Si nous sortons de cette période sans suicide, ce sera un miracle", lance Frédéric Mazars, délégué FO et élu au CSE de Scopelec.

En colère de la situation, l'intersyndicale de Scopelec prépare des actions "de premier plan", qui seront "très visibles" à court terme. L'objectif ? Faire prendre conscience de la situation dans laquelle se trouve Scopelec.

Changement de ton du côté de la direction de Scopelec

De par ce contexte, le dialogue entre Orange et Scopelec semble atteindre un point de non retour dans la forme après que le tribunal de commerce de Lyon ait tenté de mener à bien une procédure de conciliation à l'amiable.

"Jusqu'à présent, nous étions un sous-traitant docile et attelé à sa tâche, soucieux de préserver le secret des affaires. Maintenant, nous devons faire entendre notre voix avec de nouvelles armes et faire intervenir de réels arbitres dans ce différend qui nous oppose, prenant par la même occasion une tournure désormais judiciaire. Nous n'avons pas prévu d'aller gentiment à l'abattoir. En soit, nous ne contestons pas le changement de prestataire mais on conteste la méthode et le non-accompagnement qui va avec", prévient Thomas Foppiani.

Dès lors, Scopelec espère d'Orange un dédommagement financier sous n'importe quelle forme pour l'accompagner dans cette phase de transformation. Par ailleurs, le sous-traitant occitan conteste les délais de prévenance du grand groupe français. Le premier dit avoir été informé officiellement "il y a quelques semaines" de la perte de ces contrats, tandis que l'autre évoque un délai beaucoup plus lointain. "Nous avons tout fait pour donner le temps à nos partenaires de s'adapter. Scopelec le sait depuis juillet dernier et cette décision fait suite à de très gros défauts et problèmes de qualité", ajoute le directeur technique et du système information d'Orange France. "Dans des zones perdues, ces derniers mois, nous avons eu une suractivité de plus de 25% par rapport au contrat qui s'achève alors qu'on dit de nous qu'on est de piètre qualité dans nos interventions. C'est incohérent...", lui répond le président du directoire de Scopelec. La position des deux parties n'a jamais semblé aussi éloignée depuis le début de ce bras de fer.

Lire aussi 4 mn"Scopelec, en Occitanie, n'a pas respecté ses engagements contractuels" (Orange)

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Commentaires 2
à écrit le 22/03/2022 à 15:14
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C'est la dure loi des prestataires et des sociétés de service. Si on perd un marché, on ne sait plus quoi faire de ses salariés. Ce n'est pas la "faute" du client (orange) qui fait des appels d'offres (offrant au contraire plus d'équité et d'ouvertur...

à écrit le 22/03/2022 à 13:20
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"Nous n'aurons plus d'activité pour près de 1.000 collaborateurs de Scopelec. " 1000 salariés. Le collaborateur libéral exerce son activité en toute indépendance, sans lien de subordination tandis que le collaborateur salarié est sous la hiérarchi...

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