Scopelec : "Nous sommes menacés de mort", après la perte de contrats avec Orange

Après plusieurs semaines de silence, le groupe Scopelec a décidé de prendre la parole à propos de son avenir, aujourd'hui incertain. Fragilisée par la perte de deux importants contrats avec Orange, sans parler des sorties médiatiques des dirigeants de l'opérateur, la première Scop de France demande l'ouverture d'une concertation avec tous les acteurs du dossier pour sauver ses 3.600 emplois. Entretien avec Nicolas Dieudonné, membre du conseil de surveillance de Scopelec et responsable technique des infrastructures.

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Spécialisée dans les télécoms, le groupe Scopelec est menacé après la perte de deux importants contrats avec l'opérateur Orange.
Spécialisée dans les télécoms, le groupe Scopelec est menacé après la perte de deux importants contrats avec l'opérateur Orange. (Crédits : Pierrick Merlet)

La Tribune - Il y a quelques jours, dans les colonnes de La Tribune, Patricia Goriaux, la directrice Orange Grand Sud-Ouest, faisait savoir que la décision de l'opérateur de ne pas renouveler deux importants contrats avec votre entreprise se justifiait par des manquements à des engagements contractuels, mettant notamment en cause la qualité de vos interventions sur le terrain... Qu'avez-vous à répondre à ses propos ?

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Nicolas Dieudonné - Je n'ai pas envie de polémiquer dans les médias, surtout dans le cadre d'un partenariat d'une cinquantaine d'années. Néanmoins, aujourd'hui, Scopelec c'est plus de 13.000 interventions par jour sur le terrain. Donc en proportion, il peut y avoir eu quelques dizaines de réclamations au regard du volume affiché. Nous sommes dans les indicateurs du marché, on ne se prétend pas meilleur ou pire. Il n'y a pas de débat sur la qualité de notre travail, aujourd'hui le débat est sur le sauvetage de nos emplois. Il y a un vrai risque de mort de Scopelec. Quand vous êtes amputés de 40% de votre chiffre d'affaires, sur un total de 470 millions d'euros, cela fragilise l'ensemble du groupe.

Depuis 48 heures, vous avez engagé une riposte médiatique en vous offrant des pages de publicité dans plusieurs grands quotidiens nationaux pour défendre votre cause et surtout en prenant la parole, après avoir été silencieux jusqu'à présent ces dernières semaines sur ce dossier laissant plutôt la parole aux élus locaux. Qu'espèrez-vous après cette mobilisation de votre part ?

Notre attente aujourd'hui est d'obtenir une concertation avec toutes les parties prenantes du dossier, aussi bien les acteurs publics que privés. Nous devons nous mettre tous ensemble autour de la table et trouver des solutions pour éviter une mort annoncée. Le sujet aujourd'hui c'est bien la survie de la première société coopérative et participative de France.

À ce propos, avez-vous eu des contacts avec des ministères à propos de votre situation ? Avez-vous le sentiment d'être écouté sur cette demande de concertation ?

Il y a des échanges tous azimuts sur ce dossier, et avec tous les acteurs. Seulement, ce sont pour le moment des échanges informels que nous avons notamment avec le ministère de l'Économie. Mais il n'y a aucune garantie, aucun engagement et aucune réunion n'est arrêtée ou décidée.

La situation est urgente, la crise est là... Nous sommes menacés de mort.

Avec le recul, ne pensez-vous pas qu'avec le temps vous avez engagé votre politique de diversification bien trop tardivement ? Cet imbroglio révèle une certaine dépendance à l'égard d'Orange.

Cette politique de diversification est engagée et réelle, depuis longtemps, pour aller vers de nouvelles activités. Mais cela prend du temps dans un secteur ultra-concurrentiel comme le nôtre, celui des télécoms.

La décision concernant nos contrats est tellement brutale, qu'aucune entreprise ne peut résister à cela et le risque est bel et bien la disparition de la première Scop de France.

Pourtant, Orange dit avoir respecté les délais légaux et affirme avoir informé la direction de Scopelec de sa décision au cours de l'été 2021. Pourquoi vous ne réagissez que maintenant ?

Cela reste un délai très court dans notre domaine d'activité. Nous avons sollicité l'ensemble des parties prenantes depuis plusieurs mois mais force est de constater que pour le moment les choses n'avancent pas. Nous n'avions jusque-là pas pris la parole médiatiquement pour favoriser la voie des discussions. Scopelec ne pourra pas vivre avec la moitié de son activité ni la moitié de ses effectifs.

Aujourd'hui, vous employez 3.600 personnes en France, dont un tiers sont actionnaires de la société et détiennent 75% du capital. Avec la perte de ces contrats, un peu moins de 2.000 emplois seraient menacés en interne selon la Confédération générale des Scop. Mais une source de Bercy assure au Journal du Dimanche que "800 contrats de travail auraient déjà été repris" par les nouveaux attributaires des marchés concernés. Le reclassement des salariés touchés n'est-il pas la solution à court et moyen termes pour sauver l'emploi et Scopelec par la même occasion ?

Cette information est inexacte et prématurée. Sur le reclassement des salariés, nous n'avons aucune information, ni aucune garantie, à l'heure actuelle. Nous pouvons vous assurer qu'aucun salarié n'a reçu une offre officielle entre les mains.

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