Bosch Rodez : la menace de licenciements contraints met à mal l'avenir de l'usine

En raison de la menace de licenciements contraints au sein de l'usine Bosch de Rodez, syndicats et direction n'arrivent pas à s'entendre sur les contours de la réduction des effectifs qui consiste à supprimer 700 postes d'ici fin 2025. Le ministère de l'Industrie exige la garantie que le groupe allemand n'ait pas recourt à cette méthode dans ce dossier. Par ailleurs, si Bercy se réjouit des avancés sur le futur projet industriel autour de l'hydrogène, il pointe du doigt les collectivités locales qui tardent selon lui à se mobiliser sur un aspect du dossier. Les détails.

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En mars, les 1200 salariés de l'usine Bosch de Rodez ont appris qu'ils ne seraient plus que 500 à la fin de l'année 2025.
En mars, les 1200 salariés de l'usine Bosch de Rodez ont appris qu'ils ne seraient plus que 500 à la fin de l'année 2025. (Crédits : Pierrick Merlet)

L'annonce avait été vécue comme une déflagration sur l'ensemble du département de l'Aveyron en début d'année. Imaginer le premier employeur privé du territoire, à savoir Bosch, supprimer 750 emplois sur 1.250, était impossible pour de nombreux acteurs locaux jusqu'à cette réunion décisive du 5 mars.

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"Nous nous sommes arrêtés sur la jauge de 500 personnes car, certes c'est une adaptation forte et une fourchette basse, mais elle va nous permettre d'offrir une vraie garantie pour l'avenir de l'usine Bosch de Rodez et de belles perspectives d'avenir. Par ce maintien, nous reconnaissons le savoir-faire de nos collaborateurs sur ce site et nous avons cherché la solution la moins pénible pour eux", déclarait alors à La Tribune Heiko Carrie, le PDG de Bosch France Benelux.

À l'époque, le gouvernement et le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, percevaient cette annonce comme une victoire face à la promesse tenue du maintien du site industriel ruthénois, mais à quel prix ? Quelques mois après, les négociations sont bloquées en raison d'un point d'achoppement et les salariés sont toujours dans un brouillard social.

"Il y a un sujet très problématique voire bloquant dans ces négociations. Nous avions cru comprendre que cette réduction des effectifs au sein de la Bosch de Rodez se ferait sans licenciements contraints. D'après les premiers documents fournis et les premières discussions, cet engagement ne tient qu'à fin 2025 et non fin 2027, date de fin annoncée de la restructuration. La direction annonce que si nous dépassons les 550 salariés sur le site fin 2025, ils lanceront une nouvelle procédure qui pourrait prendre cette fois-ci la forme d'un PSE", explique à La Tribune Pascal Raffanel, le délégué syndical CFE-CGC de l'usine Bosch à Rodez.

"Le compte n'y est pas"

Pour le moment, cette procédure majeure est officiellement un plan de départs volontaires autonomes. Ainsi, la direction envisage 450 départs via un plan de départs en retraite anticipée, et 140 à 180 départs volontaires. Pour motiver les intéressés, des primes de licenciements ont été promises, ainsi que des indemnités supra-légales et des primes à la création d'entreprise.

Mais du côté des syndicats, des doutes demeurent sur la crédibilité de ces objectifs en matière de départs volontaires dans un territoire où les opportunités sur l'industrie automobile et l'industrie de précision, la spécialité des salariés de l'usine Bosch de Rodez, se font rares. En ce sens, des départs forcés sont craints dans quelques années.

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"Aujourd'hui, je suis très étonnée que la direction de Bosch puisse revenir sur l'engagement pris de ne pas effectuer de licenciements secs d'ici 2027. Cette condition est essentielle et est un préalable nécessaire pour mener à bien les négociations. On ne peut pas bâtir un projet de confiance si on change les règles en cours de route. J'ai rappelé avec fermeté ma position à Heiko Carrie quant à mon inflexibilité vis-à-vis des licenciements secs. Je le répète : la région est prête à continuer d'accompagner l'usine Bosch mais elle attend qu'aucun salarié ne soit laissé sans solution", a fait savoir Carole Delga, la présidente socialiste de la région Occitanie, à la sortie d'une réunion mardi 13 juillet, réunissant syndicats, élus locaux, la ministre de l'Industrie Agnès Pannier-Runacher et la direction du groupe Bosch.

Du côté de Bercy, on regrette cette posture du groupe Bosch qui ne semble pas décidé à modifier l'échéance à partir de laquelle il pourra procéder à des licenciements. "De nombreuses interrogations persistent sur l'aspect social et le compte n'y est pas, notamment sur cette garantie d'absence de départs contraints. La ministre a demandé des modifications à Bosch sur ce point dans les mois à venir. Le groupe doit prendre ses responsabilités", commente-t-on du côté du cabinet de la ministre Agnès Pannier-Runacher. Contactée à ce sujet, la direction du groupe Bosch France-Benelux rappelle que la réunion du milieu de semaine consistait surtout à "faire un point d'étape" et que "les discussions se poursuivent".

"Nous avons toujours exprimé le souhait très fort d'éviter tout départ contraint. Mais nous avons l'objectif de ramener les effectifs à 500 salariés sur place d'ici fin 2025, avec une tolérance à 550. Cela est nécessaire pour garantir la pérennité et la compétitivité du site", ajoute le groupe joint par La Tribune.

L'hydrogène au coeur du renouveau, mais...

Quant au pivotage industriel de ce site majeur de l'Aveyron, "des clarifications bienvenues et attendues depuis le 19 mars", selon Bercy, ont été opérées ces dernières semaines et lors de cette réunion exceptionnelle mardi, après des critiques reçues de toutes parts par Bosch quelques mois en arrière. Pour mémoire, l'usine ruthénoise est plongée dans une incertitude sociale à propos de son avenir depuis plusieurs années en raison de sa mono-production dédiée aux injecteurs pour moteur diesel. Face à la chute des ventes de ce type de motorisation en Europe, la direction a jugé bon de procéder à "des ajustements". Par ailleurs, ces ajustements dans les effectifs sont couplés à un changement de stratégie industrielle pour l'usine de Rodez. Depuis plusieurs mois, une équipe d'ingénieurs développe une pile à combustible pour les groupes froids dédiée au transport, avec pour ambition de la produire en Aveyron. "Bien que prometteuse, la technologie doit encore être finalisée", tempère-t-on dans l'entourage d'Agnès Pannier-Runacher.

"La direction fait un pari entrepreneurial avec ce projet et espère y consacrer la moitié des effectifs du site en 2027. Mais pour le moment, nous en sommes encore à la phase du démonstrateur et il n'y a pas de contrat signé. Néanmoins, un grand groupe se montre très intéressé par la technologie. À terme, l'idée est d'utiliser celle-ci pour d'autres applications que celle du transport. Mais là encore, sur ce produit, on veut des garanties de production sur la durée pour le site de Rodez. Si c'est pour utiliser notre savoir-faire pour la développer puis envoyer sa production en Europe de l'Est, ce n'est pas la peine", prévient Pascal Raffanel de la CFE-CGC.

Selon divers participants à la réunion qui s'est tenue à Paris, le groupe allemand promet une trentaine de millions d'euros d'investissement pour le site industriel de l'Aveyron et ce projet nommé Fresh 2. Ce dernier a par ailleurs déjà reçu un soutien financier dans le cadre de France Relance et les collectivités locales devraient en faire de même par la suite.

"La région accompagnera les projets avec des aides sur le volet Recherche et Innovation ainsi que sur la formation, sous condition du maintien de l'emploi. Dans la diversification de l'activité, j'ai rappelé la nécessité de mener un travail partenarial avec d'autres industriels, notamment dans le secteur de l'hydrogène, où la région Occitanie a un temps d'avance. À cet égard j'entends les propositions de Bosch de faire du site d'Onet-le-Château "l'usine mère" du produit dédié aux transports froids, mais encore faut-il qu'elle soit dotée d'une capacité de recherche et de développement. Pour ce faire, il est primordial que Bosch Rodez soit intégrée au consortium des trois entreprises Bosch sur l'hydrogène. Le protectionnisme de l'Allemagne ne peut être tolérable dans une compétition entre l'Europe et le reste du monde sur les technologies de la mobilité", peste la présidente socialiste du conseil régional d'Occitanie, aussi nouvelle présidente de l'association Régions de France.

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La mission de prospection économique au point mort

Par ailleurs, ces derniers mois, le site de Rodez et ses salariés ont récupéré à l'échelle du groupe la production de plusieurs pièces, auparavant externalisées ou réalisées sur un autre site de Bosch. "On a commencé à recevoir de nouvelles pièces à partir de 2018 avec la production des barres de torsion et là, en l'espace de quatre mois, nous avons reçu cinq pièces supplémentaires. Ce sont essentiellement des pièces liées aux camions diesel", explique le syndicaliste, non sans une pointe d'amertume, alors que le dossier (social) Bosch Rodez est en lien direct avec la chute des ventes sur ce segment dans le marché "voitures".

De part cette diversité de production, 50 emplois devraient être sauvés dès début 2022, ce qui permet aujourd'hui à la direction de Bosch de tolérer 550 emplois sur le site à fin 2025 et non 500 comme annoncé dans un premier temps. Pour sauver davantage d'emplois, Bercy a activité le dispositif "Choc Industriel" de son programme "Territoires d'Industrie" pour Rodez et sa région suite à l'annonce de ce plan social. Un dispositif qui consiste à mettre à disposition des acteurs économiques et collectivités locales trois experts, pendant 145 jours, pour repérer des projets créateurs d'emplois, avant que l'État les soutiennent financièrement. Ainsi, l'idée est d'absorber le choc social des annonces du groupe allemand qui compte se délester de 700 salariés sur le département.

"Récemment, l'État a annoncé son soutien à l'entreprise Actia sur un projet de production de pack batteries pour les véhicules lourds. Ce projet pourrait s'implanter à Rodez avec le soutien de Bosch et des collectivités et ainsi créer des emplois", se réjouit-on à Bercy.

Néanmoins, la réunion d'installation de cette mission de prospection économique avec le trio d'experts n'a toujours pu avoir lieu en raison de la faible disponibilité de certains élus locaux, ce que regrette fortement Agnès Pannier-Runacher. "Elle était fixé début juillet, désormais une autre échéance se détache autour de la mi-septembre, ce qui est trop tardif. Chacun doit faire sa part du travail", peste le cabinet de la ministre.

À titre de comparaison, le territoire de Béthune bénéficie actuellement du même accompagnement et en quelques mois, sur les 80 projets d'investissement identifiés, une vingtaine ont été accompagnés. Le lot a obtenu un total de 11 millions d'euros de subventions pour 30 millions d'investissements productifs, et va générer 150 emplois dans cette ville orpheline de son usine Bridgestone. Un potentiel que ne peut se permettre de refuser le territoire ruthénois.

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Commentaires 7
à écrit le 16/07/2021 à 12:29
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merci la panierunacher, sinistre bonne femme.

à écrit le 16/07/2021 à 9:10
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Vive le tourisme vert et la culture bio. Que les ouvrieres plantent des salades et les ouvriers fassent serveurs dans les gites. C'est ce que veulent les ecolos islamo gauchiste. Et QUID des sous traitants? 1 emplois chez Bosch donne 2 emplois dans l...

à écrit le 16/07/2021 à 9:09
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Vive le tourisme vert et la culture bio. Que les ouvrieres plantent des salades et les ouvriers fassent serveurs dans les gites. C'est ce que veulent les ecolos islamo gauchiste. Et QUID des sous traitants? 1 emplois chez Bosch donne 2 emplois dans l...

à écrit le 15/07/2021 à 19:43
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Manifestement, quand vous êtes de droite, vous mettez un point d'honneur à être incompétent et à être totalement incapables d'anticiper quoi que ce soit, mais vous êtes champion pour reporter la faute sur les autres. Si vous connaissiez votre sujet, ...

le 16/07/2021 à 8:24
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C'est vrai que les 35 heures, la retraite à 60 ans et autres joyeusetés de la gauche ont propulsé la compétitivité française à des niveaux stratosphériques.

le 16/07/2021 à 11:11
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@didou "C'est vrai que les 35 heures, la retraite à 60 ans et autres joyeusetés de la gauche ont propulsé la compétitivité française à des niveaux stratosphériques". Je n'ai pas vu les gens de droite refuser les 35 h et la retraite à 60 ans da...

à écrit le 15/07/2021 à 19:03
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he ben donnez leu la liste des politiciens de gauche qui ont vote pour la fin du diesel, et qui ne vont pas tarder a hurler contre les patrons capitalistes qui licencient......que chacun et surtout chacune prenne ses responsabilites

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