BVA repris par le fonds Alcentra, 500 emplois à Toulouse menacés ?

L'offre du fonds de dettes Alcentra a été retenue par le tribunal de commerce de Toulouse pour reprendre BVA Group, dont le siège social est basé dans la Ville rose avec 500 emplois. Par ailleurs, Alcentra s'est réjouit de la décision dans un communiqué, où il en profite pour régler ses comptes avec la direction actuelle et Gérard Lopez, derrière l'offre de reprise Xpage. Ce dernier a d'ailleurs annoncé son intention de faire appel de la décision. Par ailleurs, un autre candidat estime que l'instance de justice a fait l'objet de pression, devant ce choix "absurde" face à la casse sociale pressentie.

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BVA Group appartient désormais à Alcentra.
BVA Group appartient désormais à Alcentra. (Crédits : Rémi Benoit)

C'est désormais acté, le groupe BVA (notamment réputé pour son institut de sondages éponyme) va changer de propriétaire. Placée en redressement judiciaire depuis le 5 juin par le tribunal de commerce de Toulouse, la société et ses 1 800 salariés dans le monde (dont 1 000 en France) étaient dès lors dans l'attente d'un repreneur. Après avoir auditionné les candidats à la reprise le 9 septembre, le tribunal a désigné l'offre d'Alcentra comme la plus apte à reprendre BVA, au détriment de l'offre Xpages, portée quant à elle par le management actuel.

"C'est une honte ! Nous allons faire appel et nous sommes déjà en train d'étudier les options que nous avons. Alcentra n'offre aucune garantie pour les emplois du groupe, sauf conditionnée à la réussite d'un business plan sur 24 mois. Et encore, cela ne concerne que 300 emplois en France. Il n'y a rien pour les 700 autres dans le pays, dont les 500 à Toulouse. De plus, la direction de l'entreprise va être reprise par une personne du cabinet Alvarez & Marsal, spécialisé dans la restructuration d'entreprise", réagit à La Tribune celui qui était jusqu'à présent président de BVA Group, Gérard Lopez.

À contrario, la totalité des salariés, les administrateurs judiciaires et le régime de garantie des salaires (AGS) étaient favorables à l'offre proposée par celui qui a repris l'entreprise BVA en 2003. En plus de garantir (sur le papier) une continuité dans la stratégie, Xpages promettait un maintien de l'emploi, sans condition, sur les trois prochaines années.

Lire aussi : Des salariés de BVA se mobilisent à Toulouse pour soutenir le repreneur Xpage

"Probablement la fin du groupe BVA"

Quelques jours auparavant, vendredi 11 septembre, c'est le directeur général de BVA Group, Pascal Gaudin, qui était sorti de sa réserve pour rappeler les différences sociales entre les deux offres. Surtout, il avait tenu à mettre en avant une certaine incohérence dans la potentielle décision du tribunal de commerce de Toulouse, rappelant la puissance financière (et donc indirectement politique) du fonds Alcentra, et démontrer la responsabilité de ce dernier dans la situation actuelle de BVA.

Lire aussi : BVA : "Le fonds Alcentra est responsable de la situation"

"Il ne faut pas oublier que si BVA en est là c'est parce que le fonds Alcentra a refusé que l'entreprise obtienne un PGE auprès des banques françaises, pour surmonter la crise, remémore Christophe Ginisty, un entrepreneur toulousain aussi candidat à la reprise de l'entreprise. Cela ne fait aucun doute qu'il y a un lobbying en faveur d'Alcentra car il est absurde de leur donner le groupe. Leur offre est celle qui va provoquer la plus grande casse sociale. C'est un fonds de dettes, qui n'a pas une vocation entrepreneuriale. Cette décision est très triste car c'est probablement la fin du groupe BVA."

Pour sa part, Christophe Ginisty proposait une offre de reprise qu'il qualifie de "respectueuse" à l'égard du management actuel en les conservant (ce qui n'est pas le cas d'Alcentra). Par ailleurs, il promettait un maintien de l'emploi, une évolution de BVA vers les nouvelles technologies et un nouvel actionnariat, ce qu'il estime être le point faible de l'offre Xpage, lui qui dit avoir proposé une offre commune avec cette dernière.

"L'offre Xpage est une bonne offre, hormis le fait qu'elle consiste à repartir avec le même actionnariat qu'avant avec une majorité du capital détenu par Naxicap. C'est seulement depuis une ordonnance du 20 mai que les actionnaires d'une société en redressement judiciaire peuvent se porter acquéreurs. Mais il est craint des effets d'aubaine", pointe du doigt l'entrepreneur.

À qui la faute ?

Face à ces multiples attaques, le fonds Alcentra a défendu sa future stratégie dans un communiqué publié en début d'après-midi, mardi 15 septembre. "Alcentra European Direct Lending deviendra l'actionnaire majoritaire du groupe et accompagnera l'entreprise dans sa prochaine phase de croissance", affirme le fonds de dettes. Une manière de rejeter les critiques comme quoi il ne s'inscrit pas dans la durée au sein de BVA. Par ailleurs, Alcentra rejette l'entière responsabilité de la situation sur l'équipe de direction actuelle et Naxicap, notamment en ce qui concerne la non-obtention du PGE.

"Alcentra European Direct Lending avait proposé une restructuration de sa dette obligataire (un contrat de LBO lie BVA et le fonds depuis 2017, ndlr), ainsi qu'un apport immédiat de capital qui auraient permis l'obtention d'un PGE (Prêt Garanti par l'Etat français) et évité le redressement judiciaire (face à la pandémie, ndlr). Ces solutions ont malheureusement été rejetées par les dirigeants et l'actionnaire majoritaire. Avec une gouvernance renouvelée et le soutien financier des fonds gérés par l'équipe européenne d'Alcentra Direct Lending, le groupe BVA pourra se concentrer sur sa croissance future dans un environnement stabilisé par la réunification de sa division américaine avec les activités françaises et européennes", précise les nouveaux propriétaires dans ce même communiqué.

Quelques heures après l'officialisation de cette décision et la diffusion de ce communiqué, Nicolas Besson, le directeur exécutif d'Alcentra, a accordé un entretien à La Tribune pour rassurer les salariés et exposer sa stratégie.

Lire aussi : BVA : "Nous aurons besoin de tout le monde", promet Nicolas Besson (Alcentra)

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Commentaire 1
à écrit le 15/09/2020 à 16:05
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Les call centers ont rendu le travail des sondeurs particulièrement difficile, sur 100 coups de téléphones de gens qui rentrent chez nous par la force via le téléphone, un seul l'est du fait d'un sondage du coup forcément on doute quand on les a au t...

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