La chute de Fram en 6 dates

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Manifestation des salariés de Fram devant le siège de Toulouse en 2011 (© Rémi Benoit).
Manifestation des salariés de Fram devant le siège de Toulouse en 2011 (© Rémi Benoit).
Voyagiste toulousain emblématique dans le paysage touristique français, Fram devrait annoncer d'ici la fin de semaine son dépôt de bilan et tient ce jeudi 29 octobre un comité central d'entreprise (CCE) extraordinaire à Toulouse. Affecté par la crise économique, les printemps arabes et les mésententes au sein de l'actionnariat familial, Fram n'a pas su redresser ses comptes. Retour en 6 dates sur la chute du voyagiste.

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2005 : l'entreprise familiale déstabilisée

Créé en 1949 à Toulouse, le tour opérateur Fram est détenu à près de 80% par deux actionnaires familiaux : Georges Colson et Marie-Christine Chaubet. Actuel président du conseil de surveillance, Georges Colson détiendrait 39,7 % des parts, tandis que sa demi-sœur en possèderait 40,93 %, selon les sources.

Tous deux se disputent le contrôle de l'entreprise depuis de longues années. Une mésentente qui aboutit en 2006 à l'éviction de Marie-Christine Chaubet de la présidence du directoire qu'elle occupait.

"Marie-Christine Chaubet a été mise en minorité par l'assemblée générale, Georges Colson (39,7% du capital) ayant pu compter sur les voix d'Air France, actionnaire à hauteur de 8,7%, et de Marie-Hélène Vieuille, sa sœur et vice-présidente du conseil de surveillance (8,6% du capital)", écrivait à l'époque La Tribune.

2006 : Antoine Cachin tente de relancer Fram

Présenté comme un proche de Georges Colson, Antoine Cachin avait occupé des postes de direction au Club Méditerranée et chez Thomas Cook France, avant de se consacrer à son propre cabinet de consulting, et d'être nommé nouveau président du directoire de Fram en décembre.

À son arrivée, l'entreprise affiche une baisse de 3 % de son chiffre d'affaires, à 454 millions d'euros, et de 6 % de sa clientèle, à 502 000 personnes. Fram enregistre alors une perte de 5 millions d'euros. Elle peut cependant compter sur une trésorerie de 100 millions d'euros.

Malgré ces mauvais résultats, Antoine Cachin vise une marge d'exploitation de 3 % en 2010 et une hausse de la clientèle à 650 000 personnes par an. Sa stratégie, fondée notamment sur le développement de l'hôtellerie légère semble porter ses fruits. Dans un premier temps, les comptes se redressent et Fram peut afficher un résultat net de 1,5 millions d'euros en 2008.

L'année suivante, face à la détérioration du marché, Fram réduit la voilure et les investissements. La solidité de l'entreprise rassure cependant les commentateurs. En 2009, Fram dispose de "119 millions d'euros de capitaux propres face à seulement 23 millions d'endettement financier", selon La Tribune. Rétrospectivement, Antoine Cachin qualifiera l'année 2009 de "pire crise depuis 40 ans" pour Fram.

2011 : Le printemps arabe et la première grève

Frappé de plein fouet par la crise économique, le voyagiste est affaibli à partir de décembre 2010 par les soulèvements populaires au Maghreb.

"Fram a été très touché par le printemps arabe en Tunisie. Le tour opérateur était l'un des grands spécialistes du Maghreb et l'essentiel de sa production était à l'époque destiné à la Tunisie et au Maroc", remarque Jean-Pierre Mas, le président du Snav (le syndicat des agents de voyage).

Cette spécialisation est l'une des composantes de la réussite de l'entreprise. Ainsi en 1986, cinq ans après sa première campagne publicitaire, Fram est devenu le premier tour opérateur sur les pays du Maghreb et le troisième voyagiste français derrière Nouvelles Frontières et le Club Med.

En 2011, les touristes français se détournent de ces destinations. Les ventes chutent de 7% et les pertes pour l'entreprise s'élèvent à 11 millions d'euros pour l'exercice 2010. Le groupe décide de supprimer la prime de fin d'année des salariés, déclenchant une grève de plusieurs jours en décembre 2011. Il s'agit du premier mouvement social au sein de Fram depuis 1955. "Les actionnaires ont reçu 3 millions d'euros de dividendes en juillet dernier et dans le même temps, on nous demande de renoncer à notre prime annuelle", expliquait alors Fabrice Richetin, secrétaire du comité d'entreprise. La mobilisation sociale tombe au plus mauvais moment pour Fram alors que Antoine Cachin a quitté début décembre la présidence du groupe.

Autre facteur de déstabilisation, le voyagiste accuse un retard par rapport à ses concurrents sur sa présence en ligne : "Fram n'a pas réussi à prendre le virage d'internet. Même en 2015, les ventes sur internet ne représentent que 5% de son activité, ce qui est très faible", observe Jean-Pierre Mas.

 2012 : Pertes record et premier plan social

La situation financière de Fram s'aggrave. Le voyagiste enregistre en 2011 une perte nette de 22 millions d'euros pour un chiffre d'affaires consolidé de 441,78 millions. Le successeur d'Antoine Cachin, Olivier de Nicola annonce à l'été 2012 le premier plan social de l'histoire du groupe. Dans la première version, 67 emplois sont menacés dont 46 dans la branche tour opérateur et 21 dans les agences sur les plus de 700 salariés que le groupe compte alors en France. Finalement, ce sont 59 emplois qui seront supprimés.

2013-2014 : nouvelle stratégie et redressement partiel des comptes

La valse des dirigeants s'accélère à la tête de l'entreprise qui connaîtra 6 dirigeants différents en l'espace de 30 mois. Olivier de Nicola tient 11 mois avant de laisser sa place en février 2013 à Daniel Cohen. Pourtant spécialiste du redressement d'entreprises en difficulté, le président du directoire de Fram quitte son poste quatre mois seulement après sa nomination. À l'été 2013, Thierry Miremont un autre manager de transition prend sa place (il restera en poste 9 mois). Le président du groupe inaugure au mois de novembre une nouvelle agence à Toulouse qui symbolise la montée en gamme de Fram. "Nous avons donc décidé de réduire la largeur de notre offre, tout en faisant en sorte qu'elle soit plus qualitative et plus différenciante", détaille alors Thierry Miremont.

Le voyagiste mise par ailleurs sur un redéploiement vers des destinations touristiques plus stables, moins sujettes à des bouleversements politiques, comme la Croatie, les îles grecques, Malte, la Sicile, ou même l'Espagne. Fram cède ses locaux historiques de la rue du Poids de l'Huile, à Toulouse et une partie de ses actifs hôteliers en Espagne.

En mai 2014, le groupe annonce un redressement partiel des comptes. Malgré un chiffre d'affaires en baisse de 10 %( qui s'établit à 408 millions d'euros), le voyagiste fait état d'un bénéfice de retour à l'équilibre. Le résultat net du groupe, bien que toujours négatif, opère quant à lui un redressement remarquable, passant de - 35 millions à - 1,8 million d'euros.

 2015 : Vers le dépôt de bilan

Lorsque Marie-Laurence Vieuille-Feral, nièce de Georges Colson, est placée en mars 2014 à la tête du directoire, sa feuille de route est claire : il faut renflouer la trésorerie de l'entreprise et assurer sa pérennité en accueillant de nouveaux actionnaires. Sur le plan de la trésorerie, le pari est tenu. En 2014, le résultat net est positif à hauteur de 4,4 millions d'euros malgré un chiffre d'affaires consolidé de 373 millions d'euros, en baisse de 8 % par rapport à 2013.

À l'été 2015, Fram confirme l'ouverture de son capital. Deux offres de reprises sont déposées : celle du consortium chinois HNA adossé au réseau français d'agences de voyage Selectour Afat et d'autre part une offre du Français Karavel-Promovacances. Mais nouveau rebondissement, le 18 octobre dernier le groupe HNA retire son offre. "Le consortium chinois a pris connaissance de l'état effectif des finances de Fram (qui seraient plus mauvaises que prévu, NDLR). Mais d'autres facteurs ont pu entrer en ligne de compte. Il y a eu également des conflits en interne au sein du consortium HNA", commente Jean-Pierre Mas.

Seul en lice, le Français Karavel conditionne de son côté son offre de reprise au dépôt de bilan de Fram pour épurer les dettes. Ce jeudi 29 octobre, un comité central d'entreprise (CCE) extraordinaires est prévu pour "dresser un point sur la situation de Fram" selon la direction. Le voyagiste devrait déposer le bilan d'ici la fin de semaine auprès du tribunal de commerce de Toulouse. En cas de reprise par Karavel, une question reste en suspens : quelles seront les conséquences pour l'emploi ? Selon plusieurs sources, Karavel proposerait d'investir 50 millions d'euros dans Fram à condition de réduire de 25 % ses effectifs qui s'élèvent à 659 personnes aujourd'hui dont 400 salariés à Toulouse, selon la direction, et 1500 selon la CFDT qui inclut les filiales.

"Fram a 60 ans derrière lui et surement 100 ans devant lui", prédisait Georges Colson en 2009. Six ans plus tard, l'avenir s'assombrit pour le voyagiste toulousain.

Fram en chiffres

Le voyagiste compte 659 salariés dont 400 à Toulouse. Les effectifs sont répartis de la manière suivante : Voyages Fram ( 324), Fram agences (256), Plein Vent (68) et Fram nature (11). En 2014, 400 000 clients ont voyagé avec Fram, dont le slogan est "la grande marque à vos côtés".

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Commentaires
a écrit le 30/10/2015 à 8:40 :
Il est certain que le virage Internet a mal été négocié mais l'ancienneté des salariés a causé de grosses difficultés à ce changement. La direction n'a pas su mettre en place les mesures pour adapter et préparer les salariés au changement.
A cela s'est ajoutée la disparition de la rente Afrique du nord.
S' il y a reprise, les seniors peuvent faire leurs valises...

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