"Vous venez, vous avez un contrat". Plongée à Toulouse dans une filière aéronautique en manque de bras

En recherche de 40 peintres aéronautiques à Toulouse, Sabena Technics a organisé jeudi 2 décembre un job dating dans ses ateliers de mise en peinture pour tenter d'attirer les talents. Jusque-là rien d'innovant, sauf que l'entreprise qui emploie 3.000 personnes offre un CDI accompagné d'une formation après une simple visite des lieux et un court entretien. "Une marque de confiance", selon le CEO, Philippe Rochet. Immersion au coeur de cette journée pas comme les autres.

7 mn

Sabena Technics a recruté une quarantaine de peintres aéronautiques en quelques heures, à Toulouse.
Sabena Technics a recruté une quarantaine de peintres aéronautiques en quelques heures, à Toulouse. (Crédits : Pierrick Merlet)

Depuis plusieurs semaines désormais, la filière aéronautique à Toulouse est désespérément en recherche de femmes et d'hommes pour être au rendez-vous de la reprise économique. Une pénurie de main d'ouvre constatée dans plusieurs coeurs de métiers de la filière, qui rivalise d'imagination pour attirer des talents, ou tout simplement des personnes, même sans expérience ni diplôme. Dans les Landes, le groupe Potez Aéronautique vient de nouer un partenariat avec plusieurs dizaines de clubs sportifs locaux pour que ces derniers distribuent des CV au sous-traitant en aérostructure dans l'espoir de dénicher des futurs salariés.

À Toulouse, au-delà d'une enchère aux salaires pour attirer les profils, certaines entreprises bouleversent leur approche de recrutement, à l'image de Sabena Technics. Spécialisé dans la maintenance aéronautique, le groupe dispose de quatre hangars de mise en peinture à proximité de l'aéroport Toulouse-Blagnac et doit faire face à une remontée des cadences. Le ré rame-up comme il est surnommé dans la profession.

Lire aussi 13 mnAéronautique : les trois défis majeurs de la remontée des cadences de la supply chain

"Deux des trois ateliers réservés aux A320 sont remplis à 100% aujourd'hui, le troisième est à 50% mais sera plein dès la mi-juillet 2022, tandis que le quatrième dédié aux A330 et A350 sera à 80% en 2022. Par contre, en 2023, nous serons à 100% sur les quatre ateliers", expose Damien Auclair, le directeur d'exploitation de Sabena Technics, à Toulouse.

Sabena technics

Sabena Technics emploiera au total 160 personnes à Toulouse, en 2022 (Crédits : Rémi Benoit).

Face à cette remontée des cadences imposée par l'avionneur Airbus, les besoins en ressources humaines pour y répondre sont importants. La société qui emploie 120 personnes à Toulouse, mais 3.000 au total dans le monde dont une grande majorité en France, recherche urgemment 40 peintres aéronautiques pour son site local. Avec une manière pour le moins...osée.

Lire aussi 4 mnComment Sabena Technics veut recruter 40 peintres aéronautiques à Toulouse en quelques heures

"Les moyens (de recrutement) classiques ne fonctionnent plus"

Pour la découvrir, il suffit de se rendre sur place, à Cornebarrieu (Haute-Garonne), où Sabena Technics loue des terrains à l'Aéroport Toulouse-Blagnac pour y héberger son activité de peinture. À peine arrivé devant le site, une grande pancarte affiche un logo aux couleurs jaune et blanche avec le slogan "1 rendez-vous = 1 CDI". De manière indépendante, et à coups de grandes campagnes de communication au niveau local pour attirer les foules, le groupe a organisé, jeudi 2 décembre, un job dating en plein coeur de sa salle de mise en peinture dédiée aux avions long-courriers et inaugurée en fin d'année 2019.

Lire aussi 3 mnAéronautique : Sabena technics investit 20M€ pour peindre les longs courriers

"Vous venez, si vous êtes motivé, vous avez un contrat quelques instants après. Nous ne cherchons pas des compétences techniques, car nous allons les apporter, mais plutôt un savoir-être", confiait alors en début de journée Pascal Pastor, le directeur du site de Sabena Technics à Toulouse. Par cette initiative, l'idée est vraiment de proposer un contrat sous la logique du "premier arrivé, premier servi", à condition de suivre en début de processus une formation qualifiante et rémunérée de quelques mois en interne, avant d'être jeté dans le grain bain. "Un néo-peintre aéronautique a besoin d'au moins 12 mois pour maîtriser les bases du métier", justifie un salarié présent pour accueillir les candidats.

"Les moyens classiques, Pole Emploi et réseaux sociaux, ne fonctionnent plus pour recruter des profils. Ou parfois, quand nous recrutons des personnes suite à un entretien, certaines arrêtent au bout de quelques jours parce qu'elles ne se font pas à l'environnement de travail après l'avoir découvert. Il ne faut pas avoir le vertige, accepter de travailler parfois de nuit, ou le week-end. Bref, il y a des cases à cocher... C'est comme ça que nous avons eu l'idée de ce dispositif au coeur de notre entreprise. Nous voulons montrer aux candidats toutes les facettes du métier de peintre aéronautique", raconte Pascal Pastor.

Sabena technics

Pascal Pastor est le directeur du site de Sebena Technics à Toulouse (Crédits : Rémi Benoit).

Une visite des lieux puis un entretien

Un concept qui a semblé séduire... Dès le début de la journée, les intéressés arrivent par grappes de dizaines. Au cours de la matinée, pas loin d'une centaine de personnes se présente pour obtenir leur contrat. Ils sont ainsi accueillis par une armée de salariés de Sabena Technics, mobilisés pour l'occasion et équipés d'un polo blanc décoré du logo du dispositif "Un rendez-vous = un CDI". Échanges de manière attentionnée, buffet d'accueil sous format petit-déjeuner... Tout est fait pour chouchouter les candidats, bluffés par le décorum face à l'avion en peinture. "Waouh, c'est géant", lâche une candidate impressionnée par ce qui se dresse devant elle.

À peine le temps d'admirer l'environnement que déjà un autre salarié emmène un premier groupe pour visiter l'atelier. Pendant presque 45 minutes de visite autour de l'avion en peinture, tous les aspects du poste sont abordés : du rythme de travail et de ses conditions, à l'équipement, en passant par les potentielles évolutions ainsi que le salaire, sans oublier les pré-requis.

Sabena Technics

Plusieurs dizaines de personnes se sont succédé entre 9 heures et 17 heures dans les locaux de l'entreprise, situés en périphérie de Toulouse (Crédits : Pierrick Merlet).

"Il faut être prêt à travailler en hauteur, jusqu'à 17 mètres, pouvoir travailler dans des positions pas toujours à l'aise, être respectueux des règles en raison des risques chimiques, aimer travailler en équipe et avoir de la disponibilité en acceptant de travailler en horaires décalées", présente aux candidats le salarié qui mène la visite.

À l'issue de la visite, vient alors le très attendu entretien avec le service des ressources humaines de Sabena Technics. Chacun leur tour, pour les intéressés, les candidats disposent d'une dizaine de minutes pour répondre à une série de questions sur leur disponibilité, leur motivation et leurs parcours.

Les recrues débutent dans quelques jours

Si alors l'échange est satisfaisant, le "visiteur" n'a qu'à faire quelques mètres pour se présenter au DRH de la société, Damien Denefeld, et signer la promesse d'embauche. Le planning est effectivement très serré. "Nous allons intégrer un premier groupe dès le mercredi 8 décembre, un autre le mercredi suivant et un dernier à la rentrée de janvier", fait savoir le directeur d'exploitation, Damien Auclair. "C'est une marque de confiance donnée par l'employeur", commente Philippe Rochet, CEO du groupe, qui était présent dans les locaux pour suivre le bon déroulé de la journée. À la fin de la journée, ce sont 30 nouveaux peintres aéronautiques qui ont été signés.

Face à cette nouvelle vague de recrutements en CDI, l'entreprise a décidé de mettre fin aux contrats de ses intérimaires à Toulouse. "Ceux qui nous apportent satisfaction, nous les gardons pour les intégrer à notre cursus de formation et leur offrir un contrat et nous avons remercié ceux qui ne font pas l'affaire", précise le dirigeant.

Face au succès de cette première édition, Sabena Technics ne s'interdit pas de renouveler le dispositif une nouvelle à Toulouse quand les besoins seront là, ou sur d'autres sites du groupe.

7 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 1
à écrit le 03/12/2021 à 9:19
Signaler
c'est sûr, fallait pas virer tout le monde ! "La cigale ...se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue..."

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.