Rapport Spinetta : les collectivités se mobiliseront-elles pour leurs petites lignes ?

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Le rapport Spinetta menace le maintien de plusieurs petites lignes en Occitanie.
Le rapport Spinetta menace le maintien de plusieurs petites lignes en Occitanie. (Crédits : Rémi Benoit)
Selon le rapport sur l'avenir du réseau ferroviaire français remis le 15 février au Premier ministre par l'ancien patron d'Air France Jean Cyril Spinetta, les petites lignes de TER pourraient fermer au profit des autocars. Unis sur le dossier LGV, la Région, le Département et Toulouse Métropole n'ont pas commenté de manière officielle les recommandations de ce rapport. Pourtant si l'Etat se désengage, il y a fort à parier que les collectivités publiques devront payer pour assurer la survie de ces lignes, chères à nos campagnes.

Les petites lignes de TER sont "héritées d'un temps révolu" explique le rapport Spinetta dans lequel est préconisée la fermeture des petites lignes ferroviaires, peu empruntées, et dont l'entretien coûte cher. Dans son rapport de 127 pages, l'ancien patron d'Air France estime qu'il faut "recentrer le transport ferroviaire sur son domaine de pertinence", c'est-à-dire les transports du quotidien autour des agglomérations et les dessertes TGV entre les principales métropoles françaises.

Si "le rapport ne propose pas de fermeture de ligne", selon Jean-Cyril Spinetta, il préconise tout de même un état des lieux de ces liaisons, doublé d'une contre-expertise du Commissariat Général à l'Investissement. Le réseau secondaire serait ensuite segmenté en deux parties : d'un côté les lignes pour lesquelles "les investissements visant à assumer un haut niveau de performance sont justifiées" et de l'autre celles dont "la rénovation est justifiée d'un point de vue socio-économique". L'État se désengagerait complètement de ces dernières qui forment un réseau obsolète, libre ensuite aux Régions de les sauver ou pas.

Les liaisons concernées représentent le quart de l'offre des TER

Pointées du doigt par le rapport Spinetta, ces petites lignes transportent 2% des voyageurs dans 9% des trains, sur 45% du réseau. Or, elles mobilisent actuellement 16% des moyens consacrés au ferroviaire, soit 1,7 milliard d'euros par an. Chaque kilomètre parcouru par un voyageur coûterait un euro à la collectivité.

On peut donc s'étonner que nos élus régionaux, départementaux et locaux n'aient pas réagi au contenu de ce rapport. Aucun communiqué officiel n'a été publié depuis la remise de ce rapport au Premier ministre Édouard Philippe le 15 février dernier, ni de la part de Carole Delga la présidente de Région, ni de la part de Georges Méric, le président du Conseil Départemental de la Haute-Garonne, ni même de Jean-Luc Moudenc le président de Toulouse Métropole et maire de Toulouse. Rien, pas même un communiqué commun de ces 3 acteurs du territoire qui avaient pourtant pris l'habitude de parler d'une même voix pour évoquer le dossier de la LGV Toulouse-Bordeaux.

Un silence qui s'explique peut-être par les propos plutôt rassurants de la ministre des Transports, Elisabeth Borne, qui a affirmé le 18 février que "ce sujet doit être abordé au cas par cas avec les Régions et le moment venu. L'avenir de ces lignes ne sera pas défini depuis Paris mais dans chacune des régions, dans un processus adapté car ce sont elles qui ont la responsabilité du plan de transport de leur territoire". La balle semble donc bel et bien dans le camp de nos élus désormais.

Certains élus montent au créneau

Le maire d'Auch, Christian Laprébende, le président de l'agglomération Grand Auch Cœur de Gascogne, Roger Tramont, le président du conseil départemental du Gers, Philippe Martin, la députée du Gers, Gisèle Biémouret, et le sénateur du Gers, Franck Montaugé, ont appelé dans un communiqué commun à "la mobilisation de tous les élus du Gers et de la région Occitanie pour défendre la ligne Auch-Toulouse, dont l'intérêt socio-économique pour notre territoire n'est plus à démontrer. Non seulement cette ligne indispensable a de nombreux usagers et doit être maintenue, mais elle doit aussi être renforcée pour répondre aux besoins de demain".

"Après tous les efforts déployés par la Région et les collectivités pour sauver cette ligne et moderniser le pôle multimodal d'Auch, la fermeture de la ligne Auch-Toulouse n'est tout simplement pas concevable", concluent-ils.

D'autres élus locaux pourraient faire entendre leurs voix dans les jours ou les semaines à venir comme l'ont fait la Fnaut (la principale association des usagers des transports) ou encore les écologistes après la remise en cause des petites lignes ferroviaires par le rapport Spinetta. Dans ce dossier, les déclarations de Carole Delga sont très attendues. Sept jours après la parution du dit rapport, la présidente de la région Occitanie n'a toujours pas communiqué officiellement. Affaire à suivre.

Les cheminots dans la rue

Le 19 février, la direction de la SNCF a pu échanger avec le Premier ministre alors que les 4 syndicats de l'entreprise publique (CGT-Cheminots, Sud-Rail, UNSA-Ferroviaire et la CFDT Cheminots) eux, étaient reçus au ministère des Transports. Le 22 mars, jour de grève dans la fonction publique, cheminots et usagers sont appelés à se rassembler à l'appel de la CGT-Cheminots pour une manifestation nationale à Paris.

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