Pourquoi Toulouse Métropole et le Sicoval ne sont pas près de fusionner

Les collectivités de Toulouse Métropole et du Sicoval ont une relation qui oscille entre la coopération et la compétition. Complémentaires sur certaines compétences, elles sont en revanche concurrentes en ce qui concerne le développement économique, le but étant d'attirer le plus d'entreprises sur leurs territoires respectifs. Et si les deux fusionnaient, ne serait-ce pas plus simple ? Pour les présidents des deux collectivités Jean-Luc Moudenc et Claude Ducert, la réponse est nuancée. Une chose est sûre : la question du PLB vient considérablement compliquer les relations entre les deux élus.
Jean-Luc Moudenc, président de Toulouse Métropole, et Claude Ducert, président du Sicoval
Jean-Luc Moudenc, président de Toulouse Métropole, et Claude Ducert, président du Sicoval (Crédits : Rémi Benoit)

Une fusion Toulouse Métropole - Sicoval ? "Ce n'est absolument pas à l'ordre du jour." Pour le président de Toulouse Métropole Jean-Luc Moudenc, la réponse est sans appel : il n'envisage pas de fusion avec la collectivité voisine. D'ailleurs, "aucun élu ne préconise cette fusion à [sa] connaissance".

En off, pourtant, certains se posent bien la question. En effet, les deux communautés d'agglomération se jouxtent et, à l'heure où l'État invite les collectivités à se rapprocher et à clarifier leurs compétences, une absorption du Sicoval dans la Métropole pourrait avoir ses avantages (en termes d'économies d'échelle par exemple, ou de maintien des dotations de l'État). D'ailleurs, en 2010, une des plus grosses communes du Sicoval, Ramonville, a souhaité rejoindre Toulouse Métropole, signe qu'une réflexion, du moins une interrogation, existe à ce sujet.

"Avant de se marier, il faut vivre ensemble un moment"

Néanmoins, là où Jean-Luc Moudenc est catégorique, son homologue Claude Ducert, président du Sicoval, se veut plus nuancé (l'octogénaire a bâti cette communauté d'agglomération, une des premières de France, en 1975). Ce dernier affirme que "la fusion est possible, mais [qu'] elle n'est pas inéluctable" :

"Cela dépendra de la loi, qui l'obligera peut-être un jour. Pour le moment, je dirais que si l'on veut se marier, il faut vivre un moment ensemble. J'ai toujours été en faveur d'un pôle métropolitain qui nous permette de travailler ensemble sur un certain nombre de sujets. Un système de poupées russes où la Métropole prendrait certains dossiers d'intérêt métropolitain et les communes seraient l'échelon de proximité. Le jour où les choses sont mûres, si on travaille bien, pourquoi pas la fusion. Il n'y a pas de tabou."

Une volonté de travailler ensemble également affirmée chez Jean-Luc Moudenc. S'il n'envisage pas la fusion, il se prononce néanmoins pour une "coopération" plus poussée, notamment en matière économique.

"Les habitants et les élus du Sicoval tiennent à leur collectivité, qui est une pionnière et qui mérite le respect. Je ne veux pas donner une seconde l'impression que Toulouse Métropole pourrait porter atteinte au Sicoval."

Coopération poussée sur l'urbanisme

Aujourd'hui, les deux collectivités (plus la communauté d'agglomération du Muretain, qui regroupe 16 communes) sont dans le même Scot (schéma de cohérence territoriale), qui permet d'harmoniser leurs politiques en matière d'urbanisme, d'habitat, de déplacements et d'équipements commerciaux. Elles partagent également le même PDU (plan de déplacements urbains) et la même autorité organisatrice des transports : le SMTC-Tisséo.

De plus, le Sicoval a adhéré en 2014 à l'EPFL de Toulouse Métropole (agence publique qui existe depuis 2006 et dont la mission est d'acheter des réserves foncières pour le compte de la collectivité).

"Cette démarche a été lourde et signifie que Toulouse Métropole va lever des impôts chez nous dès l'année prochaine. Mais elle nous permet de faire des réserves foncières pour le Sicoval et ses communes. Nous n'allions pas créer nous-mêmes une structure alors qu'une autre existe déjà à coté. On passe ainsi par dessus obstacles historiques et épidermiques", affirme Claude Ducert.

Accueil des entreprises : la saine compétition ?

Le CEA Tech, Thales, Berger Levrault... ces entreprises ont choisi récemment de s'implanter sur le Sicoval. Toulouse Métropole accueille quant à elle, notamment, le siège d'Airbus Group. Le choix pour un chef d'entreprise d'opter pour l'une ou l'autre des deux collectivités n'est pas simple. Bruno Vialle, directeur de l'entreprise Fahrenheit (plateforme de mutualisation des connaissances sur le thermique) s'est posé la question :

"Nous sommes sur le territoire de Toulouse Métropole mais le Sicoval nous a fait une offre intéressante. Finalement, ce n'est pas le loyer qui a été déterminant mais l'environnement économique. Nous avons décidé de nous rapprocher de l'IRT et donc de rester sur Toulouse Métropole. S'installer sur le Sicoval avait moins de sens pour nous car nous souhaitons nous rapprocher des acteurs du spatial."

Une "petite compétition" à laquelle Claude Ducert veut se prêter avec fairplay : "Pour Fahrenheit, nous avons fait une proposition correcte sans pour autant casser les prix, mais finalement Toulouse Métropole les a retenus. C'est très bien, il n'y a pas de problème !"

Pour le président du Sicoval, la compétition entre les deux collectivités pour attirer des entreprises est "plutôt saine, du moment qu'il n'y a pas de surenchère".

"Nous ne faisons pas de forcing effréné pour piquer des entreprises à Toulouse Métropole."

Du côté de l'arche Marengo, la vice-présidente de Toulouse Métropole en charge du Développement économique Dominique Faure approuve l'idée d'une "saine concurrence" :

"Nous sommes partenaires pour attirer des entreprises sur le territoire face aux autres métropoles françaises et européennes. Nous sommes concurrents quand il s'agit de l'implantation finale d'une entreprise. Le prix des loyers ou du foncier n'est d'ailleurs qu'une composante d'un marketing territorial plus global."

Malgré la sérénité affichée, l'implantation du CEA Tech sur le Sicoval (il était envisagé un temps sur Montaudran) reste une déception : "La décision a été prise de façon précipitée juste après notre élection. Nous n'avons pas eu le temps de mettre en place notre marketing territorial et de faire valoir nos arguments. Sur ce point-là, le Sicoval a clairement marqué un point", reconnaît Dominique Faure.

Comment aller vers plus de coopération économique

Jean-Luc Moudenc, qui a en partie placé son mandat sous le signe de l'entreprise, réaffirme sa volonté de coopération avec le Sicoval :

"Je suis partisan d'un travail en commun pour accueillir les entreprises. Il y a une carence de ce côté-là. Il y a des connexions à opérer."

Aujourd'hui, le Sicoval et Toulouse Métropole se présentent main dans la main sur les principaux salons nationaux et internationaux d'immobilier d'entreprises (le SIMI et le Mipim). "Nous pourrions par exemple aller ensemble sur des congrès de filières stratégiques, sur des grands salons thématiques. Le Sicoval se démarque par exemple sur le secteur des biotechs", suggère Dominique Faure.

Jean-Luc Moudenc a par ailleurs invité le Sicoval à participer à l'élaboration du schéma économique métropolitain, qui sera présenté aux forces économiques le 23 juin prochain. "Il s'agit de bâtir un schéma économique commun aux deux territoires, d'établir un cadre, des modalités de travail. Le Sicoval a des expertises en matière d'accueil d'entreprise et d'innovation", explique-t-il.

Une invitation acceptée par Claude Ducert, qui suggère que le Sicoval pourrait se spécialiser dans les TIC et Toulouse Métropole dans les biotechs. "Notre pépinière pourrait ainsi déménager sur l'Oncopole", imagine-t-il, ajoutant néanmoins que "l'économie ne se décrète pas par un schéma".

En tout état de cause, "il faut d'abord régler le problème du prolongement du métro à Labège, sinon il sera difficile de travailler sereinement", rappelle le président du Sicoval. On touche le point sensible.

Le PLB, le caillou dans la chaussure

Pour la vice-présidente de Toulouse Métropole aussi, toute fusion ou coopération approfondie est suspendue au dénouement de l'épineuse question du PLB :

"On peut imaginer, une fois la question du PLB résolue, un rapprochement des deux collectivités, dans une dizaine d'années, évoque-t-elle. Mais c'est clair qu'après plusieurs mois d'enthousiasme, ce sujet a ralenti le travail entre Jean-Luc Moudenc et Claude Ducert."

Le prolongement de la ligne B du métro jusqu'à Labège a semé le trouble dans les relations d'ordinaire cordiales entre Jean-Luc Moudenc et Claude Ducert. Ce dernier, fervent défenseur du PLB, ne comprend pas que le maire de Toulouse puisse remettre le projet en question, à la faveur d'une troisième ligne de métro dont le financement n'est pas établi.

"J'approuve l'objectif d'une troisième ligne de métro, mais il ne faut pas annuler le PLB pour mener à bien cette troisième ligne !", s'agace Claude Ducert, qui y voit là une mauvaise stratégie politique de Jean-Luc Moudenc :

"Je ne sais pas s'il réalise politiquement l'impact qu'aurait l'annulation du PLB. Jean-Luc Moudenc est rééligible en 2020, j'espère qu'il va comprendre que c'est dans l'intérêt général et dans son intérêt électoral de mener à bien le PLB. Il se donnera ainsi l'image d'un maire qui fonce, qui fait des choses positives. 46 % des gens qui travaillent à Labège et qui attendent le PLB sont des électeurs toulousains."

Les conclusions de l'enquête publique sur le prolongement de la ligne B sont attendues vers le 18 juin. D'ici là le président de Toulouse Métropole devrait encore être soumis au lobbying intense des chefs d'entreprise du Sicoval, soutenus par Claude Ducert.

Et la politique dans tout ça ?

Quelles seraient les conséquences politiques d'une éventuelle fusion Toulouse Métropole / Sicoval ? La première d'entre elles : "Jean-Luc Moudenc (Les Républicains) perdrait la majorité", pronostique Claude Ducert (EE-LV). La nouvelle assemblée, qui serait composée d'élus du Sicoval et de Toulouse Métropole (au total 73 communes) accueillerait en effet, entre autres, les deux importantes communes de Labège et Ramonville, toutes deux dirigées actuellement par la gauche.

Autre conséquence prévisible : le combat des petits villages pour être représentés. Quid des petites communes comme Baziège ou Montgiscard ? "Le Sicoval pourrait être coupé en deux, avec d'une part les grosses communes qui ont intérêt à adhérer à Toulouse Métropole, et d'autre part les petites communes, qui auront du mal à se faire entendre avec très peu d'élus dans la grande assemblée" note un élu du Sicoval. "Par ailleurs, les élus des petites communes auront peu de chance d'accéder à des postes de vice-présidents. Ils auront donc moins d'influence sur la politique de l'agglomération, et aussi moins d'indemnités" poursuit cet élu.

Un autre élément viendra probablement modifier l'échiquier politique, fusion ou pas : en 2020, les conseillers métropolitains seront élus au suffrage universel.

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Commentaires 2
à écrit le 09/06/2015 à 7:45
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Réglons d'abord le problème du transport en commun et l'arrivée du métro à LABEGE en passant par la gare TGV et l'aéroport et aprés on verra !!!!!

à écrit le 08/06/2015 à 23:31
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Il en est ainsi depuis le début. L'accumulation des décennies n'a rien changé, sinon ajouter des adversités.

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